27 juillet 2006

Les nuits sont parfois longues et difficiles

Les nuits sont parfois longues et difficiles.

Surtout en été.

Et surtout par cette chaleur.

 

Enfin...

 

C’est surtout compliqué quand le lendemain, tu es censé te réveiller tôt. Parce qu’il faut bien le dire c’est surtout cela qui risque de compliquer les choses... N’empêche que tu pourrais me dire, — et tu n’aurais pas forcément tort, note bien... — que je n’ai qu’à me coucher plus tôt... Et c’est sûr que d’une certaine manière cela réglerait beaucoup des problèmes auxquels je suis confronté. Le manque de sommeil par exemple, mais également une certaine dépendance — plus psychologique que physiologique encore à l’heure actuelle — à l’alcool consommé en bande à des horaires nocturnes, sans oublier un sérieux et profond problème de découvert financier, ainsi qu’une trop forte consommation nicotinique. Et encore, je suis certain d’en oublier pas mal...

 

Mais bon d’une certaine manière je pourrais aussi te rétorquer —  et d’ailleurs je ne m’en prive pas, car c’est ce que je m’apprête à faire — qu’en cette période de fortes chaleurs parisiennes j’ai un mal fou à pouvoir imaginer que je puisse trouver le sommeil à une heure décente, je veux dire avant deux ou trois heures du matin... Et c’est vrai ce que je te dis. En ce moment, c’est à peine si j’arrive à réellement me sentir vivant et apte à quoi que ce soit avant vingt-trois heures ou vingt-trois heures trente. Et cela complique réellement pas mal de choses, je t’assure.

 

Bon ceci dit, c’est un  peu compliqué pour moi de reprendre le fil de mes récits précédents après cette trop longue période de silence. Certains d’entre vous ont pu croire —  peut être —  que cela sonnait le glas du récit de mes aventures personnelles, ou qu’un quelconque événement extérieur m’avait rendu absolument incapable de m’atteler à l’écriture bi ou tri-hebdomadaire de mes petits billets ; et moi- même voyant avec quelle facilité j’abandonnais toute velléité d’écriture ces derniers temps, j’ai bien fini par croire, que je pourrais me passer facilement de cette joyeuse astreinte à laquelle je m’étais consacré activement les précédentes semaines.

 

Et puis bon, d’une certaine manière, il faut bien se rendre à l’évidence, je crois que j’aime bien cela. Et par conséquent je crois que je ne suis pas près de m’arrêter d’écrire, même si je ne peux pas promettre à qui que ce soit — et surtout à moi-même, et c’est bien là le seul véritable souci auquel je dois faire face, hein... — la moindre régularité dans l’exposé de mes aventures à caractère plus ou moins personnelles...

 

Et puis pour me trouver des excuses, il faut bien dire, que entre la coupe du monde, et mes activités professionnelles du mois de juillet, je n’avais que l’embarras du choix dans les dérivatifs auxquels j’ai pu me livrer.

 

Tout cela pour vous dire que les nuits sont longues en ce moment à Paris et qu’il n’y a que peu de raisons que cela s’arrête du jour au lendemain. Donc, sauf catastrophe extérieure qui aurait pour effet de réduire ma capacité à écrire à néant —  je ne sais pas, par exemple une amputation involontaire de mes des deux mains, suite à un pari stupide ou la survenu d’une météorite dévastatrice sur Paris... — vous aurez sûrement la chance de suivre mes aventures parisiennes et nocturnes sur cet écran. D’autant plus que l’avenir professionnel à brève échéance ne semble pas être — pour le moins —  véritablement encombré de nuages chargés d’occupations multiples, accaparantes et fortement rémunératrices.

 

Quoi qu’il en soit — et pour en finir avec cette petite mise en bouche — je voulais juste vous prévenir de l’arrivée de nouveaux personnages au Bistrot D’à Côté, et dans ses différentes dépendances... Nous pourrons compter sur les multiples errements nocturnes d’une certaine Ma* qui à la fâcheuse tendance de ne donner des rendez-vous qu’à partir de deux ou trois heures du matin, sur la survenue de deux jeunes touristes norvégiennes, ayant comme particularités, entre autres, de n’être visible que fortement avinés, vêtues de mini-jupes absolument improbables et de ne pas être en possession de tickets de retour, de l’irruption dans le paysage d’un nouveau serveur qui a la particularité — outre sa mèche de cheveu dont le ridicule ne dépasse que de peu son prénom — de ne pas être homosexuel et par conséquent de draguer les filles avec qui tu avais l’intention de finir la nuit...

 

Entre autres choses, je pourrais aussi vous divertir en vous expliquant comment on peut éviter une troisième guerre mondiale avec seulement deux doigts, ou comment il est parfois idiot d’aller se coucher tôt...

 

Sur ce à très vite, et encore toutes mes confuses pour ce long silence obstiné...

 

 

 

 

 

 

 

 

22 juin 2006

Le Doc' du Bistrot d'À Côté...

Vous connaissez peut-être ce proverbe idiot :

« On voit plus de Vieux Ivrognes que de Vieux Médecins »

Mon père, lui-même médecin était l’heureux propriétaire d’un petit panonceau humoristique offert par une de ses amies médecins — par ailleurs très portée sur la boisson, elle... — où était inscrite cette phrase grotesque. Bien évidemment vous vous doutez également que — et en ce qui concerne mon père et en ce qui concerne cette amie — en plus de porter cette marque d’infamie d’avoir passé le plus clair de leur jeunesse à tripoter des macchabées en salle de dissection, ils cumulaient et partageaient une autre tare — bien plus dangereuse et pernicieuse, celle-ci — qui était d’être du côté Casher de la force... — comme quoi, même eux ont été infoutus de faire mentir l’adage selon lequel tous les psychiatres, tous les médecins, et tous les archevêques de Paris feraient partie d’une secte complotant secrètement pour la domination du monde par des moyens détournés...

Je me souviens qu’il avait accroché le panonceau en question dans la cuisine de cette maison de campagne où nous allions souvent pendant mon enfance. Cette phrase me faisait plutôt marrer quand j’étais petit. Je ne la comprenais pas vraiment à vrai dire, mais il y avait quelque chose de très irrévérencieux à l’encontre de mon papa, et cela devait nécessairement être très utile à mon complexe d’Œdipe ou même à sa résolution — si tant est qu’on puisse être totalement débarrassé de l’envie de tuer Papa...

Non je dis cela car, même si l’envie d’emmener ma mère loin du joug paternel afin de lui construire un palais d’or et de lumière où nous vivrons et heureux et d’amour et d’eau fraîche pendant de très longues années m’a un tout petit passé — pour ne pas dire totalement abandonné, parce bon à mon âge, il était tout de même temps de songer à aller fricoter sous d’autres jupes que celles-ci... — je me surprends tout de même de temps à autre à avoir une forte et inextinguible envie d’assassiner le Père...

Non dès fois, je vous jure, il est à tuer ... tuant.

Mais bon, en même temps je n’ai pas du tout l’intention de te parler de lui, mon cher lecteur attentif et assidu, mais plutôt d’une autre personnalité qui combine avantageusement les deux qualificatifs cité plus haut:

Alcoolique et Médecin.

Enfin, médecin, c’est ce qu’il dit, parce que vous comprendrez bien, que personnellement, je ne suis que très peu tenté par tester ces capacités en la matière...

« Le Doc » qu’ils l’appellent au Bistrot d’À Côté. Et c’est un mythe là-bas, y’a pas à dire. Bon, il faut tout de même te dire que le Doc’ en question, la première fois que l’on t’explique qu’il est médecin, tu as vraiment du mal à y croire, tant l’aspect du bonhomme est à peu près tout sauf conforme à l’idée que l’on se fait d’un docteur.

Bon tu me diras — et certes, dans d’autres circonstances, je serais même tenté de te donner raison... — que l’habit ne fait pas l’apparence et qu’il ne faut pas se fier au moine — surtout si tu es un petit garçon pré-pubère... — mais je t’assure que si tu croisais le Doc’ en question — et plus spécialement à dix heures du soir au comptoir du Bistrot d’À Côté — tu en aurais vite fait de conclure que l’épave chevelu et notablement alcoolisé n’est rien d’autres qu’un des nombreux, quoique branlant, piliers que se doit d’arborer tout bistrot parisien sous peine de se faire taxer de concurrence déloyale par toutes les fédérations de toutes les ligues anti-alcooliques de la planète entière.

(si si, je vous assure, si vous relisez attentivement cette phrase trente trente-six fois de suite sans respirer, vous vous rendrez compte qu’elle n’est pas totalement dénuée de sens...)

Le truc, si tu veux, c’est qu’il est psychiatre. Mais que bon, vu son état de délabrement personnel, le seul type de thérapie pour laquelle je puisse lui reconnaître la moindre compétence, c’est la thérapie par comparaison relativiste. En effet, je t’assure qu’avec un psy comme ça, quelle que soit l’étendue ou l’emprise de tes névroses diverses, tu as très vite fait de te dire que, tout comptes faits, tu ne vas pas si mal que ça, et que c’est bien ton médecin et pas toi , qui n’a pas encore le cul sorti des ronces, comme dirait l’autre...

Il faut bien te dire — pour que tu aies l’immense heur et chance de visualiser les choses de manière un tant soit peu plus panoptique — que le Doc’ en question habite et exerce directement en face du Bistrot d’À Côté. Bon en soit ce renseignement ne serait que de peu d’utilité si tu ne te rendais pas compte — à force d’y avoir passer quelques après-midi de désoeuvrement à bouquiner tranquillement — que le Doc’ passe son temps à faire des allers-retours entre son cabinet et le comptoir du Bistrot.

Non je te jure, c’est pas une image, c’est vraiment comme ça que ça se passe.  

Entre deux patients, il descend, traverse la rue, s’installe au comptoir, s’enfile deux bières en à peine plus de temps qu’il ne faut au barman pour les tirer du fût, et remonte chez lui pour accueillir sa prochaine victime. Bah oui, « victime », parce que je t’assure que si tu connais un réalisateur qui cherche quelqu’un pour incarner Barbe-Bleue, le doc’, c’est le casting idéal...

En réalité je ne sais pas bien s’il a tant de clients que cela, mais en tout cas il est clair que s’il descend au bistrot au rythme de ses patients, il est loin d’être sur la paille, le Doc’.

Un des trucs dont tu ne peux pas te rendre compte, là où tu es, mon tendre lecteur attentif, c’est sa diction et son timbre de voix. Non, parce que je t’assure ça change tout quand même. Tu sais quand des enfants te posent des questions, un tout petit peu compliqué comme , par exemple, qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire que pochtron oui, c’est un exemple tiré complètement au hasard, et je vous interdit de douter de mon sens aigue du hasard, s’il vous plaît !  bah forcément au départ tu es un tout petit peu décontenancé, et puis après avoir essayé de te défiler en expliquant que ç’est à peu près pareil qu’ivrogne, tu en viens à la solution de facilité — qui n’est pas, loin s’en faut, la moins efficace — en lui parlant comme la pire caricature imaginable d’un ivrogne. Et bien crois-moi si tu veux — car si tu ne veux pas, mon loulou, autant te dire que ce n’est peut-être pas la peine que tu t’esquintes les yeux ici plus longtemps... — mais la voix du Doc’ du Bistrot d’À Côté, en comparaison à ton imitation lourdingue, avec voix pâteuse, tête dodelinante qui a un tout petit peu de mal à se soutenir toute seule et phrases abandonnées en pleine mer sans possibilité de secours d’aucune sorte, ça restera toujours quelque chose de l’ordre de l’euphémisme poussé à son point culminant le plus érodé que l’on puisse concevoir.
 

Évidemment, il va sans dire que le Doc’, après une  bonne journée de travail ponctuée de pauses rafraîchissantes, a tout de même un petit peu la sensation d’être totalement déshydraté, et a donc souvent pour habitude de venir au bistrot, histoire de se détendre un tout petit peu autour de quatre ou cinq litres de bière.

D’une nature libidineuse, le Doc’, oubliant qu’il n’a plus tout a fait vingt ans — ni trente, ni même quarante ans d’ailleurs — en vient souvent à faire de charmants compliments —entrecoupés de borborygmes ineptes — à de non moins charmantes jeunes filles, tout en essayant tant bien que mal, de prendre leur pouls à des endroits rarement mentionnés dans les manuels des écoles de médecine, ainsi qu’à prodiguer gratuitement, sans ordonnance ni rendez vous, un dépistage approfondi des cancers des différents seins à sa portée...

Par ailleurs, il ne faudrait pas vous laisser penser — lecteur de mon cœur que je ne voudrais en aucun cas égarer sur une mauvaise piste — que le Doc’ est un type fondamentalement désagréable, non. Il est plutôt gentil, assez perspicace et relativement drôle tant qu’il n’a pas atteint son seuil de résistance à l’alcool. Et totalement inoffensif, une fois celui-ci dépassé...

Qui plus est c’est plutôt un gars serviable, toujours prêt à te rendre service, à donner à  qui en a besoin un arrêt de travail ou même une ordonnance. Et quand il est trop bourré crevé pour repasser chez lui chercher son bloc d’ordonnances, il pique un bout de nappe en papier, ou même un post-it et te rédige fissa la liste des médications de ton choix... Et le plus dingue là dedans, c’est que ça marche ! Si tu vas à la pharmacie du coin, avec ton post-it jaune sur lequel est  déposé très approximativement par ailleurs — les hiéroglyphes que le Doc’ y a déposé, la tenancière, peut-être décontenancé au départ, te filera sans aucun soucis les médocs en questions, à partir du moment où tu prononceras le nom du Doc’ le plus alcooliquement délabré de la place de Paris...

Sérieusement, je n’y foutrais même pas un orteil dans son cabinet, et serais bien en mal de recommander, même à mon pire ennemi, d’aller se faire soigner là-bas —  Il ne faut tout de même pas déconner trop longtemps, là !

Un jour, à l’heure de l’apéro — c’est-à-dire à un stade de son alcoolémie lui permettant encore tout à fait de suivre une conversation normale, alors que la même dose rendrait n’importe quel éléphant saoul comme le pire des cochons — le Doc’ me parlait des vacations qu’il assurait pour le compte d’une association d’aide et de soutient aux personnes précaires.

« Tu vois là-bas, Y’aaaaa ..... trois consultations ......... Psychopatha... euh.. Psychopathologie .... .... du travail, ............ Psycho.. Ô... thérapie, et ... hum hum ... Alcoologie.... Moi ... euh... je m’occupe que... euh... de deux : ... Psychopatholo .... gie du travail ... ET ... PsychothéÉraApie. »

...

Ce jour-là je crois bien que j’ai dû me mordre la joue quasiment jusqu’au sang pour m’empêcher de lui hurler de rire au nez.

16 juin 2006

Mais la télé, elle marche chez toi ? — ou comment notre jeune héros s’est retrouvé en Afrique en allant s’en jeter un au Bistrot d’À Côté...

Ça y est, c’est officiel.

Depuis vendredi dernier et jusqu’au neuf juillet, c’est la coupe du monde. Du foot en veux-tu en voilà à foison, jusqu’à satiété et même plus si affinités — c’est-à-dire jusqu’à la nausée, l’indigestion ou la régurgitation, c’est selon...

Alors, non — rassurez-vous — je ne m’apprête nullement ici à vous expliquer ni mon amour du football, ni ma profonde aversion pour le ballon rond, pas plus que je ne vous ferais l’historique des résultats de telle ou telle équipe, ou la liste d’activités possible pour échapper à la déferlante du phénomène. Après tout chacun a son avis sur la question et je suis certain que rajouter le mien à cette liste déjà trop longue ne servirait à rien, non.

Quant à vous donner des pronostics ou quoi que ce soit de cet ordre, sachez que, d’une part, il en est absolument hors de question, et d’autre part j’en suis totalement incapable.
 
Alors franchement si vous vous attendiez à ça, il va falloir songer à changer de crémerie et fissa — s’il vous plait — parce que je veux pas de ça chez moi — Non mais dès fois, y’a des gens, j’te jures, y’s’croient tout permis, ET ils s’étonnent après...

Bon par contre — et pour être tout à fait  honnête avec toi, mon cher lecteur attentif et assidu que j’ai délaissé pendant quasiment une semaine... — je peux tout de même vous dire que je suis un tout petit peu amateur de foot. Pas des masses non plus, non. Pas le genre à suivre le championnat journée après journée et à angoisser comme un dingue si à l’heure à laquelle commence un match avec son équipe favorite il ne se trouve pas à moins de cinquante mètre d’un écran de télévision, non — je  dis ça parce que j’en connais des comme ça, je te jures...
 
Mais bon, tout de même assez pour me dire que la coupe du monde c’est quand même la coupe du monde, si tu vois ce que je veux dire — ce qui n’est tout de même absolument pas certain, étant donné la construction un peu plus que hasardeuse de la phrase précédente...

Et donc Vendredi après-midi dernier, après avoir enfin réussi à poster la note précédente, depuis le café Internet, je me suis dit, n’ayant rien d’autre à faire de mieux, que j’avais bien envie de voir le match d’ouverture.

Il faut te dire qu’au Bistro d’À Côté ils ont acheté un écran exprès pour. Alors bon forcément, aller voir le match là-bas, ça semblait être une bonne idée au départ...

Bon lorsque je dis écran, il ne faudrait pas tout de suite vous imaginer un truc fou, hein. Non parce que évidemment, moi aussi, lorsqu’ils ont annoncé qu’ils allaient s’équiper pour la coupe du monde, j’ai tout de suite imaginé — comme tu viens de le faire, je le sais, ne me mens pas, je vois clair dans ton jeu, mon tendre lecteur... — qu’ils allaient investir dans de l’écran plasma haut de gamme, avec un minimum de 109 cm de diagonale au niveau des dimensions, et des enceintes capables de rendre sourd — a minima — tous les habitants de l’arrondissement réunis.

Mais bon, ils ne sont pas comme ça au Bistrot d’À Côté. J’avais oublié.
 
Non, tu vois, leur truc à eux, c’est plutôt le tombé du camion. Mais pas non plus d’un camion qui allait livrer à la fnac ou chez Bang & Olufsen, non, mais juste un camion tout pourri qui s’apprêtait à rejoindre on ne sait quel revendeur d’un quelconque pays du Tiers monde. La télé qu’ils ont acheté, outre le fait que, bon, même si il n’est pas totalement ridicule ou infamant, on ne peut tout de même pas dire que l’on s’approcher de l’écran géant, c’est plutôt du genre Copie marocaine de copie chinoise d’un modèle d’une marque coréenne un peu pourrie... Et encore j’exagère à peine.

Mais ça encore c’est pas le plus drôle.

J’arrive là-bas sur les coups de cinq heures et demi, me pose, et commande un Coca Light. L’écran n’est pas encore allumé. Et apparemment il y a quelques problèmes d’ordre technique à régler avant de pouvoir espérer regarder quoique ce soit... Ils sont cinq ou six à s’acharner autour de l’écran, mais, visiblement, ils ne savent pas du tout quoi faire à part constater le fait que cela ne marche pas. Je réussis à poser à l’équipe de techniciens improvisés et incapables quelques questions, et arrive enfin à cerner l’origine du problème. C’est l’antenne. Ou plutôt l’absence de prise d’antenne qui est en cause.

Car, non contents d’avoir acheté un écran à la limite de la légalité douanière en vigueur dans ce pays, mes camarades du Bistrot d’À Côté n’ont pas jugé réellement utile de se préoccuper de savoir comment faire pour qu’il y ait une image à l’intérieur du poste. Mais tout ceci n’aurait que peu d’importance s’ils n’avaient eu la bonne idée de s’en rendre compte une demi-heure seulement avant le match d’ouverture de la Coupe du Monde de Football, raison pour laquelle — je le rappelle pour les cancres — ils s’étaient équipé d’un tel écran.

Ils en étaient à raccourcir la rallonge du câble d’antenne au couteau à steak — je te jures que je n’en rajoute pas — lorsque F., le patron, craignant que l’assemblée ne se décide à changer de crèmerie — étant donné la désormais très faible probabilité de voir la moindre image apparaître sur l’écran de télé avant le retour de la gauche au pouvoir — se décida à prendre la parole et à annoncer l’arrivée imminente du messie en la personne du voisin du dessus qui avait promis qu’il laisserait un libre accès à sa prise d’antenne...

Mais quand mon voisin de tablée — que nous appellerons Gé***, parce que c’est son nom — demande au Patron quand le voisin est sensé arriver, étant donné que le coup d’envoi est tout de même sensé — lui — être donné dans moins d’un quart d’heure, nous commençons à comprendre, Gé*** et moi que nous ne sommes tout de même pas près de voir le moindre ballon se ballader sur l’écran. En effet F. élude la question. Puis demande à quelqu’un d’autre, qui lui même ne sait pas quoi répondre d’autre que de se demander s’il n’est pas déjà là. Bien entendu personne n’a pris la peine de prendre son numéro de téléphone, et, personne ne semble capable de dire si il est présent dans l’immeuble, en train de bosser ou de rentrer du boulot, ou bien même au Caraïbes ou sur la route de Cabourg à bord d’une décapotable rouge accompagné d’une sublime blonde à ses côtés — à moins que ce ne soit l’inverse...

En attendant l’hypothétique arrivé du non moins hypothétique voisin, la sympathique et très peu efficace — et oui, c’est un doux euphémisme — équipe de techniciens autoproclamés continue à essayer d’obtenir la syntonisation des canaux depuis un cable d’antenne relié à rien...

Et contre toute attente, le Messie arriva enfin. Vous imaginerez très bien l’accueil triomphal qui fut réservé au voisin, au point même que — la liesse l’emportant — F. et ses acolytes en oublièrent presque de mettre en pratique ce fameux « plan B » attendu par une assemblée de plus en plus nombreuse, à mesure que l’heure du coup d’envoi approchait.

Et en même temps, Le narrateur ne peut s’empêcher de penser que, dès ce moment-là, quelque chose commençait à merder grave — pour rester dans les mesures acceptables de la bienséance — pour la simple raison qu’en règle générale, le Messie n’est jamais reconnue de son vivant que par une très faible minorité des personnes qu’il est venu sauver...

Le voisin, comprenant enfin la relative urgence de sa nécessaire intervention entreprit de monter chez lui, non sans avoir, dans un premier temps, oublié de prendre le câble de l’antenne. C’est à partir de ce moment-là que nous avons plongé dans une dimension légèrement parallèle par rapport à la réalité où la majorité de nos concitoyens ont l’heur d’évoluer.

Le voisin penché sur son balcon, commença à faire descendre le câble de l’antenne depuis le deuxième étage, pendant qu’en dessous un des techniciens décérébré essayait de le récupérer en tentant d’éviter que celui-ci ne vienne finir sa chute dans le verre de bière du malencontreux client assis à la, désormais, plus mauvaise place de la terrasse. Il faut bien évidemment prendre en compte le fait que — suite aux nombreuses manipulations précédentes de l’équipe d’incompétents et néanmoins chaleureux techniciens — le câble était totalement emmêlé, et que par conséquent, sa descente s’effectua avec une lenteur toute inopinée, vu la longueur redoutablement ridicule qui séparait le balcon du voisin de la télévision.

Mais bon, comme dit le proverbe : Tout vient à point à qui sait attendre, et après quelques minutes inénarrables le câble était enfin arrivé à sa destination, c’est-à-dire la prise d’antenne situé dans le dos de l’écran. Un des gars le branche, puis commence à lancer la recherche automatique des canaux.

Mais rien ne se passe.

Et quand je dis « rien », je pense « rien ».
 
À part, peut-être, un fou rire qui commence doucement mais sûrement à s’emparer de Gè*** ainsi que de moi même... Les gars s’échinent comme des beaux diables, tout le monde y va de son conseil, tous plus absurde les uns que les autres, alors même que la réponse est affiché clairement sur l’écran sous la forme d’un petit message informatif , certes court et lapidaire, mais radicalement précis quand à l’origine de la situation.
 
Ce message disait clairement : PAS DE SIGNAL.

Alors bon, étant donné que les désormais douze types s’acharnant à essayer de faire marcher la bête ne comprenait visiblement rien à la situation, Gè*** pris sur lui de demander au Patron de vérifier que le voisin ait bien pris le soin de brancher le bout du cordon resté présent dans son humble demeure à la prise d’antenne de celle-ci. F. n’écoutant que son courage — et commençant sérieusement à craindre de passer pour un blaireau auprès de sa clientèle à qui il avait abondamment fait la publicité de l’écran — fonça dehors et, interpellant le voisin depuis le milieu de la rue, arriva à avoir confirmation de la bonne connexion du câble, non sans provoquer chez moi un fou rire supplémentaire...

La scène commençait à tourner réellement au grotesque car, pendant ce temps, une partie des gars lançait une seconde syntonisation des canaux, pendant que l’autre discutait sérieusement  de la pertinence du couteau à steak pour remédier la situation.

Déprimé, dépité, et de très mauvaise humeur, le patron mit un terme — provisoire — au bordel ambiant en demandant au gars de débrancher le câble, puis en demandant au voisin de remonter celui-ci, finissant de dégoûter le malheureux client de la terrasse...

Pendant ce temps Gé*** et moi n’arrêtions pas de nous étonner et de nous marrer de l’amateurisme total de l’équipée œuvrant au Bistrot d’À Côté, tout en faisant le diagnostic — assez simple je vous le concède — que la « panne » le pouvait avoir que deux sources différentes. Soit c’était le tuner de l’écran maroco-sino-coréen qui était en cause, incapable qu’il était de détecter la présence d’un signal, soit c’était l’antenne collective qui était en cause, s’il était avérée qu’elle existait réellement.

Gé*** ayant tout de même l’envie d’en avoir le cœur net, demanda au voisin lorsque celui-ci redescendit au café la chose suivante :

Gé*** : - Mais, dis-moi ; la télé, chez toi, elle marche bien ou pas ?
Voisin : - Ah bah, je sais pas, j’ai jamais essayé. J’ai pas la télé, moi.

...

Tu t’imagines bien — mon cher lecteur attentif, assidu et malin comme tu l’es — que le fou rire qui suivit cette réplique restera encore longtemps gravé dans les tympans des différents clients du Bistrot d’À Côté...

Devant tant de n’importe quoi n’importe qui de normalement constitué aurait jeté l’éponge et déserté le bistrot, terrassé par l’incomensurable grandeur de l’incompétence, de la bêtise et de la poésie surréaliste de la situation. C’était l’Afrique. Ils sont plein de bonne volonté au Bistrot d’À Côté, ce n’est pas ça le problème, mais c’est juste qu’au niveau pratique, ils ont encore quelques efforts à produire...

Mais — au cas où tu ne l’aurais pas remarqué, cher lecteur manquant de temps à autre d’à propos — votre serviteur n’a pas pour habitude de se prendre pour n’importe qui, ni de désespérer aussi facilement de la capacité de ses congénères à vivre en accord avec la réalité...

Mettant en pratique ce principe, je réussis à obtenir l’attention du Patron des lieux — un exploit, soit dit en passant, tant il était occupé à s’énerver tout seul, presque résolu qu’il était à foutre en l’air l’écran qu’il incriminait — pour lui expliquer que la seule solution s’ouvrant à lui était d’acheter un décodeur TNT ainsi qu’une antenne idoine, s’il ne voulait pas se ruiner à payer l’installation d’une antenne râteau. Au bout de quelques minutes d’âpres échanges, où j’arrivais à lui faire comprendre ce qu’est un décodeur TNT — ou pour le moins de lui faire accepter l’idée que ce n’est pas un dangereux explosif... — F. se rendit compte que c’était là sa seule chance de garder un semblant de dignité face à ces clients amateurs d’événements sportifs à caractère universel ou tout du moins mondial.

Je lui expliquai donc — pour la quatrième fois dans la même minute, mais bon nous n’étions plus à ça près — qu’il pouvait se procurer l’antenne et le décodeur dans une des boutiques de hi-fi du quartier, et F. était déjà quasiment parti, quand il se retourna pour me demander :

- C’est quoi déjà ce que je dois acheter ? Redis-moi.

Sentant qu’il n’y avait que peu de chances qu’il réussisse à s’en sortir tout seul je décidai de l’accompagner, et malgré quelques retardements dus, entre autres, à l’organisation foireuse et du magasin où nous allâmes acheter le matériel et à celle non moins foireuse du patron du Bistrot d’À Côté, nous réussîmes à ramener assez rapidement le décodeur ainsi que l’antenne au Bistrot.

Là, l’installation prit un eu plus de temps que cela n’aurait dû, car malgré un bon début en solo, je me vis adjoint de quatre ou cinq acolytes, donnant leurs avis à torts et à travers, racontant les pires absurdités sur le fonctionnement des dits appareils. Et puis, je ne sais pas si cela vous fait le même effet, mais souvent, lorsque je suis entouré d’autant d’incompétence, cela à tendance à influer et sur mes facultés de concentration, et sur mes facultés tout court...

Au final, après quelques essais de placement de l’antenne, je réussis, avec l’aide de Fr*** à faire fonctionner cet écran, et à faire apparaître le match.

Autant vous dire que cette soudaine incursion de l’image télévisuelle, en couleur qui plus est, au beau milieu de la brousse qu’était devenu ce petit bout de quartier parisien, n’eût rien — ou presque — à envier à l’effet que fit l’arrivé du train en gare de La Ciotat...

Fêter dignement comme le sauveur et le libérateur que j’étais, je restais savourer ma nouvelle gloire, sans pour autant m’attarder trop longtemps ce soir-là, devant préparer ma valise pour mon départ du lendemain.

Je n’osais pas imaginer de devoir vous en parler avant que, le lendemain, dans le train m’emmenant vers l’Océan, je ne reçusse un coup de fil du patron du Bistrot d’À Côté, me demandant de passer de toute urgence, pour rebrancher la télé, car il ne se souvenait plus du tout comment il fallait faire...

09 juin 2006

"Chez toi ou chez moi? Non? Alors on fait comment?" — Où notre jeune héros apprend à composer avec les contingences du moment...

Mea Culpa, Mea Maxima Culpa.

 

J’ai pêché. J’annonçais la suite de la note dans les heures qui suivaient, mais, bon, cela n’a pas été le cas...

 

Pourquoi ? Bah tout d’abord il faut bien dire que ma flemmardise —  dont la légende reste encore à ce jour à écrire, Mais par qui, Là, est toute la question — n’est pas tout à fait étrangère à la chose. Mais je plaide les circonstances atténuantes, Monsieur le Juge ! C’est pas vous qui devez vous coltinez avec un fournisseur d’accès aussi merdeux que Noos—Upc. C’est pas toi, lecteur de mon cœur, qui a dû te fader quatre coupure de service — sans explication, sans un mail d’excuse, sans proposition commerciale à la clé... LES CHIENS ! — en l’espace de moins d’une semaine. Ce n’est pas toi qui a dû — quoique, là je n’en sais rien... — passer trois heures pour réussir à envoyer ta déclaration d’impôts par Internet, parce que, pour on ne sait quelle raison, sous Mac Os, il faut faire des manips que si t’es pas un Geek surdiplômé, t’as aucune chance de même y penser tout seul. C’est pas toi qui doit te coltiner avec ces crétins des Assedic, qui ont entre un mois et un mois et demi de retard sur le traitement des dossiers. C’est pas toi qui.... Bon bref, j’arrête ici les raisons de mon silence — raisons, qui, quoi qu’il en soit, n’explique que partiellement les choses, tu n’auras pas été sans le remarquer, mon cher lecteur attentif, assidu et avisé, hein... — pour enfin expliquer un peu plus concrètement ce qu’il s’est passé au cours de la soirée qui m’a inspiré le texte de la note précédente...

 

 

 

 

Tu vois, en fait ce qui s’est passé à cette soirée, c’est un peu plus simple que ça.

 

C’était un anniversaire. Mais, bon, en réalité, l’anniversaire c’était quand même beaucoup un prétexte, tu vois... C’est-à-dire qu’en fait, les gens s’en foutaient un peu de souhaiter ou non son anniversaire au type en question. Bon évidemment pas au début, c’est sûr. Ceux qui étaient arrivés tôt, c’étaient les amis, ils avaient même prévu un cadeau, c’est pour te dire à quel point ils avaient fait les choses bien... Mais bon, si je commence à te raconter la partie « anniversaire » de la soirée, tout de suite je sens — me demande pas pourquoi, je le sens comme ça... — que ça va beaucoup moins t’intéresser, là.

 

Notre jeune héros se retrouve donc dans cette fête où — une fois n’est pas coutume, me direz-vous, taquin comme vous êtes... — il est dûment invité. C’est l’anniversaire d’un ami. Pas réellement d’un ami proche, mais, disons, tout de même assez proche pour qu’il pense à inviter notre jeune héros pour fêter ses trente ans. Et puis vous savez comme ça fonctionne les groupes d’amis. Lorsque vous commencez à inviter les uns, vous ne pouvez pas décemment ne  pas inviter les autres sans risquer de provoquer de graves crises diplomatiques à côté desquelles la crise des missiles de Cuba pourrait paraître pour tripette — pour ne pas dire peau de couilles car c’est un peu vulgaire à mon humble avis — aux yeux des observateurs internationaux les plus pointus sur le marché des paranoïaques apocalypticiens...

 

Et donc cet ami avait décidé de fêter dignement son quart de siècle additionné d’une demi-douzaine d’unité moins une, en conviant moult et moult jeunes gens de son âge — ou s’en approchant sensiblement dans le cas de notre jeune héros — dans un appartement fort sympathique, assez grand pour contenir la foule en liesse, et suffisamment pourvu en alcools divers, en musiques entraînantes et alcôves à l’abri des regards pour susciter leur joie, ou tout du moins —  soyons nuancé — leur divertissement ou leur amusement.

 

Et puis bon, vous savez ce que c’est les groupes d’amis. À force de se fréquenter on connaît tout le monde, on s’attache, et parfois même on s’ennuie un peu sans même vraiment oser ni le dire, ni se l’avouer. Ceci est à ce point vrai que dès qu’une nouvelle tête apparaît, on la remarque tout de suite. Surtout si cette nouvelle tête vous paraît fort délicieuse et pleine de promesses d’une aube toujours renouvelée... Et — sans vouloir non plus tomber dans le lyrisme le plus échevelé, ce serait mal me connaître... — c’est un peu ce qui s’était passé pour notre jeune héros quelques semaines plus tôt, au cours d’une autre fête. Et, le hasard faisant parfois bien les choses en ce bas monde, cette charmante jeune fille était là ce soir-là, aussi.

 

Mais bon, autant lors de la première rencontre, il était évident qu’une rencontre avait eu lieu entre notre jeune héros et cette demoiselle dont le narrateur — il vous prie de l’excuser bien bas — n’as malheureusement plus la souvenance du nom ; autant le soir en question, ce n’était plus tout à fait du même ordre... Comment te faire comprendre — mon tendre lecteur assoiffé de ma prose — ? Il y avait eu plus qu’un simple contact entre ces deux jeunes gens. C’était plutôt de l’ordre de la reconnaissance. Quelque chose qui te fait dire, que le hasard —  Ha tiens, le revoilà, lui — n’y était que pour peu dans cette rencontre — ha, en fait, non... Notre jeune camarade n’avait que très peu parlé à la demoiselle lors de cette précédente fête, et pour tout dire très tardivement. Mais rien n’aurait pu les empêcher de se reconnaître tant leurs regards n’arrêtèrent pas de se croiser et d’engager un dialogue, certes muet, mais d’une grande éloquence pour quiconque sait distinguer ces choses-là...

 

Les choses en étaient restées à ce point, car — comme le narrateur s’est déjà évertué à vous l’expliquer lors de sa précédente note — la demoiselle était engagée ailleurs et n’avait que peu l’intention — pour ne pas dire pas du tout — de se livrer aux affres de la duplicité amoureuse.

 

La retrouvant ce soir-là, notre jeune héros ne pu s’empêcher de se prendre à espérer que peut-être la demoiselle aura — du moins en partie — changer d’humeur et de point de vue sur la chose... Mais non. Et pire encore, car dans les regards forts nombreux qu’ils échangèrent à nouveau, il ne pu que se résoudre à lire le refus. Poli, sans la moindre trace d’agressivité par ailleurs, mais le refus tout de même. Avec en plus — et c’est peut-être ça qui a touché et provoqué notre jeune camarade avec le plus d’acuité — une certaine qualité de consolation qui tendrait au regret ou à la pitié...

 

« Non mais ça va t’es dingue, toi ! Qu’est-ce que tu me fais chier avec ta commisération, là... Tu m’as pris pour une huître ou quoi ? »

 

Telles auraient pu être — entres autres amabilités — les paroles entendues de la part de notre camarade par quiconque doué du don de lire dans les pensées. Mais heureusement, à ce jour, le peu de personnes doués de cette faculté — par ailleurs très utile et très amusante — est toujours sous le contrôle et la férule des services de renseignements des plus grandes puissances, et a tout de même d’autres félins à lapider qu’à baguenauder dans des sauteries de trentenaires (ou presque) en proie au doute, tant sur leur avenir professionnel et  sentimental que sur le choix de la meilleure combinaison d’alcool pour se mettre minable sans pour autant vomir sur tout ses amis...

 

En proie à de tels sentiments, notre camarade se résolut à passer le reste de la soirée à tromper sa colère dans l’ingestion de divers alcools ainsi que dans des manifestations physiques de défoulement jubilatoires à caractère giratoire et entraînant.  En clair — pour ceux de mes lecteurs qui, décidemment, auraient décidé de faire exprès de ne rien comprendre à ce que je peux bien écrire ! — il décida de faire la fête en dansant, et buvant et fumant et ri-ri-go-go-lant-lant comme un damné, afin de faire passer ce goût âcre de défaite et d’humiliation qui lui collait le palais mieux que n’importe quel Stéradent...

 

C’est dans cette disposition d’esprit — ainsi qu’après avoir reprogrammé la play-list de la soirée et bu les trois-quarts du champagne restant à disposition, et je n’en rajoute qu’à peine ! — que notre jeune héros se rendit compte de la présence de Pénélope.

 

Bien entendu, tendre lecteur désormais habitué aux divagations et autres incises du narrateur de ton cœur, tu auras compris de toi-même que la jeune fille en question ne s’appelait pas — et d’ailleurs ne s’appelle toujours pas — Pénélope. Mais pour des raisons qui tiennent à la discrétion du garçon qui raconte ses pérégrinations sur ses pages, il ne saurait vous révéler la véritable identité de la jeune fille qu’il appelle ici du doux nom de Pénélope. Et pour tout de suite dissiper quelques malentendus, rapides, il n’a pas choisi ce nom pour d’obscures raisons sémantiquo-mythologiques (du style : ha, ha ! je l’appelle ainsi car elle m’en a fait baver à tricoter et détricoter d’insensés linceuls...), ni même pour en arriver à faire rimer à force d’improbables circonvolutions drolatiques Pénélope avec ...

 

Non, le narrateur se refuse et se refusera toujours à de telles bassesses stylistiques. Qu’on se le dise dans les chaumières pourvues de poêles dans leurs fondements...

 

Pour en revenir à nos canards — mes petits moutons adorés — il faut bien avouer que ce n’est pas réellement notre jeune héros qui remarqua Pénélope le premier. Non que par ailleurs elle n’était pas éminemment remarquable — une bombe, mon pote, une bombe... je ne te dis que ça ! — mais ce fut elle la première qui s’approcha, tout sourire et tout charmes en avant, de notre camarade. Pour te la décrire rapidement — car finalement j’ai aussi, parfois, d’autres choses à faire qu’à te raconter ma vie, moi ! — le narrateur pourra dire sans complexe, que Pénélope était tout à fait sublime. Entre le blond et  le roux, ses cheveux longs et très frisés —  le mot anglais « curly » est plus précis — faisaient l’effet d’une véritable crinière autour de son adorable visage. Grande, très mince et très élancée, elle avait une allure magnifique, et quelque chose d’assez rare et de terriblement excitant se dégageait d’elle, dont la définition devrait pouvoir résoudre la contradiction entre l’angélisme le plus absolu et la dépravation délicieuse... Elle était vraiment sublime. Danseuse, mannequin à ses heures perdues (je retrouverai plus tard des photos d’elle dans le plus simple appareil, d’une beauté, mon gars, tu n’imagines même pas...), gracieuse et naturelle, drôle, piquante, provocante, artiste à ses moments perdus... Enfin bref, tout pour plaire, ou pour être plus précis, absolument tout — mais tout ! — pour faire chavirer les sens de notre jeune héros.

 

C’est elle qui vint me voir en premier lieu, me souriant et me saluant avec un air de si grande connaissance que, l’espace d’un instant, je me demandais si l’alcool ne m’avait pas rendu totalement inapte à la survie en milieu urbain. Mais non, ce n’était pas tant mon alcoolémie — pourtant déjà très respectable à cette heure — de la soirée qui était  en cause, mais plutôt ma négligence et ma capacité à faire l’autiste en milieu hostile. Je m’explique. Pénélope, me souriant avec tant d’allant, il ne fallut pas longtemps pour que nous commencions à engager la conversation, et que je me rende compte, grâce à elle, que nous nous étions rencontrés quelques jours auparavant au cours d’une soirée chez un ami commun. Mais — comme tu l’as peut-être déjà deviné, lecteur attentif et assidu que tu es — m’étant copieusement ennuyé lors de cette précédente soirée, je n’avais même pas pris la peine de remarquer qu’une telle beauté ornait et illuminait de sa présence ces lieux.

 

Quoi qu’il en soit, je mentis effrontément à Pénélope, prétendant me rappeler très bien d’elle, mais notant tout de même que nous avions eu assez peu — pour ne pas dire pas du tout — le temps de faire connaissance lors de notre précédente entrevue. C’est comme cela, de fil en aiguille et de coupe de champagne en discussions oiseuses agrémentées d’œillades équivoques que j’en appris un tout petit peu plus sur la demoiselle. Et comme souvent dans ce genre de cas — une chose en amenant souvent une autre... — après avoir discuté assez longtemps aussi bien à mon goût délicat et quelque peu pressé qu’au sien, nous nous retrouvâmes à danser comme deux beaux diables que nous étions.

 

Et puis bon. Est-il besoin de te faire un petit dessin, mon cher lecteur, désormais un peu plus au fait de mes mœurs ? tu sais comment ça se passe dans ce genre de cas. On danse, on danse, et puis forcément on se rapproche, on se frôle, on se caresse, d’abord insensiblement, puis de manière de plus en plus ostensible. On en arrive à avoir des audaces, des envies de manipulations et de palpations. Des envies d’explorations et de rapprochements. Et puis bon, comme c’est tout de même plus facile à deux que tout seul, on s’entraîne l’un l’autre dans ce type de comportements. On s’échauffe, on s’allume, on s’enflamme. Tant et si bien qu’en moins de temps — mais alors là Vraiment moins de temps... — qu’il fallut à Ulysse pour retrouver la sienne, je me retrouvais impliqué avec la mienne de Pénélope, dans de délicieux échanges à caractère bucalo-linguale.

 

Notre rapprochement commençant à se faire de plus en plus irrépressible, je proposai à Pénélope d’aller prendre le frais sur la terrasse. Mais comme la vie est parfois mal faite, il n’y a pas toujours de terrasse ni même de balcon au moment où on en aurait le plus besoin, et nous fûmes donc obligés — tout de même un petit peu contrarié de ne pas pouvoir profiter de la douceur de cette nuit d’été — de nous rabattre sur l’étage inférieur de cet appartement en duplex, heureusement déserté par les fêtards encore en nombre à cette heure-là.

 

Ne protestant que pour la forme, et m’entraînant dans cet antre plus que je ne l’y poussais, nous nous retrouvâmes rapidement en bas en grande discussion. À propos de quoi ? Me diras-tu, plein d’à-propos que tu es, mon cher lecteur... Mais je ne sais plus, moi ! Si tu crois vraiment que nos esprits étaient réellement concentrés sur la conversation en cours c’est véritablement à désespérer de ton cas, cher lecteur de mon cœur... En tout cas, moi, je ne vois plus trop bien ce que je peux faire pour toi...

 

Alors évidemment, à force de jouer à je mets ma langue dans ta bouche pendant que tu mets ta main dans ma culotte, il arrive forcément un moment où se pose la question de la suite des événements. Et comme il me semblait assez clair que nous avions assez envie d’aller plus avant dans notre connaissance, toute biblique du terme, l’un de l’autre, il me sembla également assez naturel de demander à Pénélope si cela l’agréerait de quitter cet  appartement en ma compagnie pour rejoindre le mien, situé à vrai dire pas très loin de celui-ci.

 

Elle : - Oh non, à vrai dire je dois me lever très tôt demain matin, et puis j’ai des trucs à faire chez moi...

Moi : - Ah... Mais alors peut être qu’on peut aller chez toi ? Non ?

Elle : - Euh...

Moi : - Enfin je dis ça... Je sais pas moi, c’est juste que là, moi j’ai quand même vachement envie de coucher avec toi, tu vois.

Elle : - Ah oui ça je vois. Je vois bien même...

Moi : - Et puis, comme toi-même tu n’as pas l’air de... Enfin tu vois quoi ...

Elle : - Ouais. C’est sûr, ça.

Moi : - Alors forcément j’essaye de trouver une manière d’arranger les choses, tu vois...

Elle : - Je vois, je vois...

Moi : - Alors ? Chez toi ou chez moi ? C’est comme tu veux.

Elle : - Bah j’t’ais dis, chez toi, c’est pas possible parce que bon, je dois me lever tôt demain. Et puis chez, moi, je sais pas, c’est pas hyper pratique...

Moi : - Ah oui ? Mais, alors ? ...

Elle : - Et pourquoi pas ici ?

 

 

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Bon Alors à partir de ce moment-là, il serait assez compliqué de t’expliquer en détail la suite de la soirée sans devoir se lancer dans de très complexes descriptions de nos activités à caractère copulatoire, mais pour autant voilà ce que je peux t’en dire, mais un peu vrac. Pourquoi ? Mais parce que ça me plait comme ça !

 

Que te dire à part que c’était la première fois que je me retrouvais dans cette position et que j’avais l’impression de réaliser un fantasme très adolescent. Évidemment la chambre du bas n’était pas munie d’un verrou ni même d’un loquet, mais pour notre tranquillité nous avons eu recours assez rapidement à la technique — très performante par ailleurs — du fauteuil Club coincé contre la porte, qui avait la bonne idée de s’ouvrir dans le bon sens... C’était vraiment charmant et étonnant comme situation. Car malgré l’audace de sa proposition et la rapidité de sa mise en œuvre — pour ne pas dire sa fulgurance — Pénélope gardait un mélange détonant d’impudeur et de timidité indémêlable et merveilleux. Je garde gravé à jamais en moi la blancheur et la clarté magnifique de sa peau illuminant la pénombre de cette chambre anonyme. Je me souviens de son corps agile et tremblant, pressé de jouir. Je me souviens — bien sûr — qu’évidemment mon portefeuille où se trouvait mes capotes ne se trouvait pas dans cette pièce-ci de l’appartement, mais, qu’à l’inverse d’une autre fois, il n’était véritablement pas envisageable de partir en quête de l’indispensable accessoire de latex en tenue d’Adam priapique... Je me souviens que je ne mis pas plus de quelques secondes à en trouver dans la salle de bain accolé à la chambre, tant il me semblait évident que dans cette chambre de garçon, je n’aurais pas de difficulté à en trouver. Je me souviens qu’elle jouit rapidement et que, pour une fois, moi également. Je me souviens de ses regards plein de tendresse et de malice ne cachant que mal, le sentiment pour le moins perplexe où cette aventure l’avait plongé. Je me souviens qu’elle ne voulu pas me laisser son numéro, ni prendre le mien, arguant que la vie nous ferait bien nous croiser un jour ou l’autre... Je me souviens que je mis au moins quatre jour à récupérer ses coordonnées, ce qui est tout de même beaucoup pour moi, car, en général, je suis tout de même assez têtu. Je me souviens de notre confusion et de notre complicité lorsque nous remontâmes dans la soirée.

 

 

Je me souviens de tout ça, et de bien plus encore.

Et pour longtemps encore...