09 juin 2006
"Chez toi ou chez moi? Non? Alors on fait comment?" — Où notre jeune héros apprend à composer avec les contingences du moment...
Mea Culpa, Mea Maxima Culpa.
J’ai pêché. J’annonçais la suite de la note dans les heures qui suivaient, mais, bon, cela n’a pas été le cas...
Pourquoi ? Bah tout d’abord il faut bien dire que ma flemmardise — dont la légende reste encore à ce jour à écrire, Mais par qui, Là, est toute la question — n’est pas tout à fait étrangère à la chose. Mais je plaide les circonstances atténuantes, Monsieur le Juge ! C’est pas vous qui devez vous coltinez avec un fournisseur d’accès aussi merdeux que Noos—Upc. C’est pas toi, lecteur de mon cœur, qui a dû te fader quatre coupure de service — sans explication, sans un mail d’excuse, sans proposition commerciale à la clé... LES CHIENS ! — en l’espace de moins d’une semaine. Ce n’est pas toi qui a dû — quoique, là je n’en sais rien... — passer trois heures pour réussir à envoyer ta déclaration d’impôts par Internet, parce que, pour on ne sait quelle raison, sous Mac Os, il faut faire des manips que si t’es pas un Geek surdiplômé, t’as aucune chance de même y penser tout seul. C’est pas toi qui doit te coltiner avec ces crétins des Assedic, qui ont entre un mois et un mois et demi de retard sur le traitement des dossiers. C’est pas toi qui.... Bon bref, j’arrête ici les raisons de mon silence — raisons, qui, quoi qu’il en soit, n’explique que partiellement les choses, tu n’auras pas été sans le remarquer, mon cher lecteur attentif, assidu et avisé, hein... — pour enfin expliquer un peu plus concrètement ce qu’il s’est passé au cours de la soirée qui m’a inspiré le texte de la note précédente...
Tu vois, en fait ce qui s’est passé à cette soirée, c’est un peu plus simple que ça.
C’était un anniversaire. Mais, bon, en réalité, l’anniversaire c’était quand même beaucoup un prétexte, tu vois... C’est-à-dire qu’en fait, les gens s’en foutaient un peu de souhaiter ou non son anniversaire au type en question. Bon évidemment pas au début, c’est sûr. Ceux qui étaient arrivés tôt, c’étaient les amis, ils avaient même prévu un cadeau, c’est pour te dire à quel point ils avaient fait les choses bien... Mais bon, si je commence à te raconter la partie « anniversaire » de la soirée, tout de suite je sens — me demande pas pourquoi, je le sens comme ça... — que ça va beaucoup moins t’intéresser, là.
Notre jeune héros se retrouve donc dans cette fête où — une fois n’est pas coutume, me direz-vous, taquin comme vous êtes... — il est dûment invité. C’est l’anniversaire d’un ami. Pas réellement d’un ami proche, mais, disons, tout de même assez proche pour qu’il pense à inviter notre jeune héros pour fêter ses trente ans. Et puis vous savez comme ça fonctionne les groupes d’amis. Lorsque vous commencez à inviter les uns, vous ne pouvez pas décemment ne pas inviter les autres sans risquer de provoquer de graves crises diplomatiques à côté desquelles la crise des missiles de Cuba pourrait paraître pour tripette — pour ne pas dire peau de couilles car c’est un peu vulgaire à mon humble avis — aux yeux des observateurs internationaux les plus pointus sur le marché des paranoïaques apocalypticiens...
Et donc cet ami avait décidé de fêter dignement son quart de siècle additionné d’une demi-douzaine d’unité moins une, en conviant moult et moult jeunes gens de son âge — ou s’en approchant sensiblement dans le cas de notre jeune héros — dans un appartement fort sympathique, assez grand pour contenir la foule en liesse, et suffisamment pourvu en alcools divers, en musiques entraînantes et alcôves à l’abri des regards pour susciter leur joie, ou tout du moins — soyons nuancé — leur divertissement ou leur amusement.
Et puis bon, vous savez ce que c’est les groupes d’amis. À force de se fréquenter on connaît tout le monde, on s’attache, et parfois même on s’ennuie un peu sans même vraiment oser ni le dire, ni se l’avouer. Ceci est à ce point vrai que dès qu’une nouvelle tête apparaît, on la remarque tout de suite. Surtout si cette nouvelle tête vous paraît fort délicieuse et pleine de promesses d’une aube toujours renouvelée... Et — sans vouloir non plus tomber dans le lyrisme le plus échevelé, ce serait mal me connaître... — c’est un peu ce qui s’était passé pour notre jeune héros quelques semaines plus tôt, au cours d’une autre fête. Et, le hasard faisant parfois bien les choses en ce bas monde, cette charmante jeune fille était là ce soir-là, aussi.
Mais bon, autant lors de la première rencontre, il était évident qu’une rencontre avait eu lieu entre notre jeune héros et cette demoiselle dont le narrateur — il vous prie de l’excuser bien bas — n’as malheureusement plus la souvenance du nom ; autant le soir en question, ce n’était plus tout à fait du même ordre... Comment te faire comprendre — mon tendre lecteur assoiffé de ma prose — ? Il y avait eu plus qu’un simple contact entre ces deux jeunes gens. C’était plutôt de l’ordre de la reconnaissance. Quelque chose qui te fait dire, que le hasard — Ha tiens, le revoilà, lui — n’y était que pour peu dans cette rencontre — ha, en fait, non... Notre jeune camarade n’avait que très peu parlé à la demoiselle lors de cette précédente fête, et pour tout dire très tardivement. Mais rien n’aurait pu les empêcher de se reconnaître tant leurs regards n’arrêtèrent pas de se croiser et d’engager un dialogue, certes muet, mais d’une grande éloquence pour quiconque sait distinguer ces choses-là...
Les choses en étaient restées à ce point, car — comme le narrateur s’est déjà évertué à vous l’expliquer lors de sa précédente note — la demoiselle était engagée ailleurs et n’avait que peu l’intention — pour ne pas dire pas du tout — de se livrer aux affres de la duplicité amoureuse.
La retrouvant ce soir-là, notre jeune héros ne pu s’empêcher de se prendre à espérer que peut-être la demoiselle aura — du moins en partie — changer d’humeur et de point de vue sur la chose... Mais non. Et pire encore, car dans les regards forts nombreux qu’ils échangèrent à nouveau, il ne pu que se résoudre à lire le refus. Poli, sans la moindre trace d’agressivité par ailleurs, mais le refus tout de même. Avec en plus — et c’est peut-être ça qui a touché et provoqué notre jeune camarade avec le plus d’acuité — une certaine qualité de consolation qui tendrait au regret ou à la pitié...
« Non mais ça va t’es dingue, toi ! Qu’est-ce que tu me fais chier avec ta commisération, là... Tu m’as pris pour une huître ou quoi ? »
Telles auraient pu être — entres autres amabilités — les paroles entendues de la part de notre camarade par quiconque doué du don de lire dans les pensées. Mais heureusement, à ce jour, le peu de personnes doués de cette faculté — par ailleurs très utile et très amusante — est toujours sous le contrôle et la férule des services de renseignements des plus grandes puissances, et a tout de même d’autres félins à lapider qu’à baguenauder dans des sauteries de trentenaires (ou presque) en proie au doute, tant sur leur avenir professionnel et sentimental que sur le choix de la meilleure combinaison d’alcool pour se mettre minable sans pour autant vomir sur tout ses amis...
En proie à de tels sentiments, notre camarade se résolut à passer le reste de la soirée à tromper sa colère dans l’ingestion de divers alcools ainsi que dans des manifestations physiques de défoulement jubilatoires à caractère giratoire et entraînant. En clair — pour ceux de mes lecteurs qui, décidemment, auraient décidé de faire exprès de ne rien comprendre à ce que je peux bien écrire ! — il décida de faire la fête en dansant, et buvant et fumant et ri-ri-go-go-lant-lant comme un damné, afin de faire passer ce goût âcre de défaite et d’humiliation qui lui collait le palais mieux que n’importe quel Stéradent...
C’est dans cette disposition d’esprit — ainsi qu’après avoir reprogrammé la play-list de la soirée et bu les trois-quarts du champagne restant à disposition, et je n’en rajoute qu’à peine ! — que notre jeune héros se rendit compte de la présence de Pénélope.
Bien entendu, tendre lecteur désormais habitué aux divagations et autres incises du narrateur de ton cœur, tu auras compris de toi-même que la jeune fille en question ne s’appelait pas — et d’ailleurs ne s’appelle toujours pas — Pénélope. Mais pour des raisons qui tiennent à la discrétion du garçon qui raconte ses pérégrinations sur ses pages, il ne saurait vous révéler la véritable identité de la jeune fille qu’il appelle ici du doux nom de Pénélope. Et pour tout de suite dissiper quelques malentendus, rapides, il n’a pas choisi ce nom pour d’obscures raisons sémantiquo-mythologiques (du style : ha, ha ! je l’appelle ainsi car elle m’en a fait baver à tricoter et détricoter d’insensés linceuls...), ni même pour en arriver à faire rimer à force d’improbables circonvolutions drolatiques Pénélope avec ...
Non, le narrateur se refuse et se refusera toujours à de telles bassesses stylistiques. Qu’on se le dise dans les chaumières pourvues de poêles dans leurs fondements...
Pour en revenir à nos canards — mes petits moutons adorés — il faut bien avouer que ce n’est pas réellement notre jeune héros qui remarqua Pénélope le premier. Non que par ailleurs elle n’était pas éminemment remarquable — une bombe, mon pote, une bombe... je ne te dis que ça ! — mais ce fut elle la première qui s’approcha, tout sourire et tout charmes en avant, de notre camarade. Pour te la décrire rapidement — car finalement j’ai aussi, parfois, d’autres choses à faire qu’à te raconter ma vie, moi ! — le narrateur pourra dire sans complexe, que Pénélope était tout à fait sublime. Entre le blond et le roux, ses cheveux longs et très frisés — le mot anglais « curly » est plus précis — faisaient l’effet d’une véritable crinière autour de son adorable visage. Grande, très mince et très élancée, elle avait une allure magnifique, et quelque chose d’assez rare et de terriblement excitant se dégageait d’elle, dont la définition devrait pouvoir résoudre la contradiction entre l’angélisme le plus absolu et la dépravation délicieuse... Elle était vraiment sublime. Danseuse, mannequin à ses heures perdues (je retrouverai plus tard des photos d’elle dans le plus simple appareil, d’une beauté, mon gars, tu n’imagines même pas...), gracieuse et naturelle, drôle, piquante, provocante, artiste à ses moments perdus... Enfin bref, tout pour plaire, ou pour être plus précis, absolument tout — mais tout ! — pour faire chavirer les sens de notre jeune héros.
C’est elle qui vint me voir en premier lieu, me souriant et me saluant avec un air de si grande connaissance que, l’espace d’un instant, je me demandais si l’alcool ne m’avait pas rendu totalement inapte à la survie en milieu urbain. Mais non, ce n’était pas tant mon alcoolémie — pourtant déjà très respectable à cette heure — de la soirée qui était en cause, mais plutôt ma négligence et ma capacité à faire l’autiste en milieu hostile. Je m’explique. Pénélope, me souriant avec tant d’allant, il ne fallut pas longtemps pour que nous commencions à engager la conversation, et que je me rende compte, grâce à elle, que nous nous étions rencontrés quelques jours auparavant au cours d’une soirée chez un ami commun. Mais — comme tu l’as peut-être déjà deviné, lecteur attentif et assidu que tu es — m’étant copieusement ennuyé lors de cette précédente soirée, je n’avais même pas pris la peine de remarquer qu’une telle beauté ornait et illuminait de sa présence ces lieux.
Quoi qu’il en soit, je mentis effrontément à Pénélope, prétendant me rappeler très bien d’elle, mais notant tout de même que nous avions eu assez peu — pour ne pas dire pas du tout — le temps de faire connaissance lors de notre précédente entrevue. C’est comme cela, de fil en aiguille et de coupe de champagne en discussions oiseuses agrémentées d’œillades équivoques que j’en appris un tout petit peu plus sur la demoiselle. Et comme souvent dans ce genre de cas — une chose en amenant souvent une autre... — après avoir discuté assez longtemps aussi bien à mon goût délicat et quelque peu pressé qu’au sien, nous nous retrouvâmes à danser comme deux beaux diables que nous étions.
Et puis bon. Est-il besoin de te faire un petit dessin, mon cher lecteur, désormais un peu plus au fait de mes mœurs ? tu sais comment ça se passe dans ce genre de cas. On danse, on danse, et puis forcément on se rapproche, on se frôle, on se caresse, d’abord insensiblement, puis de manière de plus en plus ostensible. On en arrive à avoir des audaces, des envies de manipulations et de palpations. Des envies d’explorations et de rapprochements. Et puis bon, comme c’est tout de même plus facile à deux que tout seul, on s’entraîne l’un l’autre dans ce type de comportements. On s’échauffe, on s’allume, on s’enflamme. Tant et si bien qu’en moins de temps — mais alors là Vraiment moins de temps... — qu’il fallut à Ulysse pour retrouver la sienne, je me retrouvais impliqué avec la mienne de Pénélope, dans de délicieux échanges à caractère bucalo-linguale.
Notre rapprochement commençant à se faire de plus en plus irrépressible, je proposai à Pénélope d’aller prendre le frais sur la terrasse. Mais comme la vie est parfois mal faite, il n’y a pas toujours de terrasse ni même de balcon au moment où on en aurait le plus besoin, et nous fûmes donc obligés — tout de même un petit peu contrarié de ne pas pouvoir profiter de la douceur de cette nuit d’été — de nous rabattre sur l’étage inférieur de cet appartement en duplex, heureusement déserté par les fêtards encore en nombre à cette heure-là.
Ne protestant que pour la forme, et m’entraînant dans cet antre plus que je ne l’y poussais, nous nous retrouvâmes rapidement en bas en grande discussion. À propos de quoi ? Me diras-tu, plein d’à-propos que tu es, mon cher lecteur... Mais je ne sais plus, moi ! Si tu crois vraiment que nos esprits étaient réellement concentrés sur la conversation en cours c’est véritablement à désespérer de ton cas, cher lecteur de mon cœur... En tout cas, moi, je ne vois plus trop bien ce que je peux faire pour toi...
Alors évidemment, à force de jouer à je mets ma langue dans ta bouche pendant que tu mets ta main dans ma culotte, il arrive forcément un moment où se pose la question de la suite des événements. Et comme il me semblait assez clair que nous avions assez envie d’aller plus avant dans notre connaissance, toute biblique du terme, l’un de l’autre, il me sembla également assez naturel de demander à Pénélope si cela l’agréerait de quitter cet appartement en ma compagnie pour rejoindre le mien, situé à vrai dire pas très loin de celui-ci.
Elle : - Oh non, à vrai dire je dois me lever très tôt demain matin, et puis j’ai des trucs à faire chez moi...
Moi : - Ah... Mais alors peut être qu’on peut aller chez toi ? Non ?
Elle : - Euh...
Moi : - Enfin je dis ça... Je sais pas moi, c’est juste que là, moi j’ai quand même vachement envie de coucher avec toi, tu vois.
Elle : - Ah oui ça je vois. Je vois bien même...
Moi : - Et puis, comme toi-même tu n’as pas l’air de... Enfin tu vois quoi ...
Elle : - Ouais. C’est sûr, ça.
Moi : - Alors forcément j’essaye de trouver une manière d’arranger les choses, tu vois...
Elle : - Je vois, je vois...
Moi : - Alors ? Chez toi ou chez moi ? C’est comme tu veux.
Elle : - Bah j’t’ais dis, chez toi, c’est pas possible parce que bon, je dois me lever tôt demain. Et puis chez, moi, je sais pas, c’est pas hyper pratique...
Moi : - Ah oui ? Mais, alors ? ...
Elle : - Et pourquoi pas ici ?
................................
Bon Alors à partir de ce moment-là, il serait assez compliqué de t’expliquer en détail la suite de la soirée sans devoir se lancer dans de très complexes descriptions de nos activités à caractère copulatoire, mais pour autant voilà ce que je peux t’en dire, mais un peu vrac. Pourquoi ? Mais parce que ça me plait comme ça !
Que te dire à part que c’était la première fois que je me retrouvais dans cette position et que j’avais l’impression de réaliser un fantasme très adolescent. Évidemment la chambre du bas n’était pas munie d’un verrou ni même d’un loquet, mais pour notre tranquillité nous avons eu recours assez rapidement à la technique — très performante par ailleurs — du fauteuil Club coincé contre la porte, qui avait la bonne idée de s’ouvrir dans le bon sens... C’était vraiment charmant et étonnant comme situation. Car malgré l’audace de sa proposition et la rapidité de sa mise en œuvre — pour ne pas dire sa fulgurance — Pénélope gardait un mélange détonant d’impudeur et de timidité indémêlable et merveilleux. Je garde gravé à jamais en moi la blancheur et la clarté magnifique de sa peau illuminant la pénombre de cette chambre anonyme. Je me souviens de son corps agile et tremblant, pressé de jouir. Je me souviens — bien sûr — qu’évidemment mon portefeuille où se trouvait mes capotes ne se trouvait pas dans cette pièce-ci de l’appartement, mais, qu’à l’inverse d’une autre fois, il n’était véritablement pas envisageable de partir en quête de l’indispensable accessoire de latex en tenue d’Adam priapique... Je me souviens que je ne mis pas plus de quelques secondes à en trouver dans la salle de bain accolé à la chambre, tant il me semblait évident que dans cette chambre de garçon, je n’aurais pas de difficulté à en trouver. Je me souviens qu’elle jouit rapidement et que, pour une fois, moi également. Je me souviens de ses regards plein de tendresse et de malice ne cachant que mal, le sentiment pour le moins perplexe où cette aventure l’avait plongé. Je me souviens qu’elle ne voulu pas me laisser son numéro, ni prendre le mien, arguant que la vie nous ferait bien nous croiser un jour ou l’autre... Je me souviens que je mis au moins quatre jour à récupérer ses coordonnées, ce qui est tout de même beaucoup pour moi, car, en général, je suis tout de même assez têtu. Je me souviens de notre confusion et de notre complicité lorsque nous remontâmes dans la soirée.
Je me souviens de tout ça, et de bien plus encore.
Et pour longtemps encore...
15:03 Publié dans Confessions et autres immoralités, D'un verre à l'autre, Fond de tirroirs | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : *de tout et de rien*
05 juin 2006
Tu sais ce que c'est....
Tu sais ce que c’est...
Une chose en amenant une autre.
Enfin souvent…
Ou bien c’est autre chose, je ne sais pas.
Enfin, si, je sais ça.
Justement ça je sais, oui.
Je peux te raconter si tu veux ? Tu veux ?
On est dans la soirée… — Comment te dire ? — … Une soirée, quoi. Enfin. Ouais.
Une soirée normale quoi. Je veux dire il y a des gens, des filles, des garçons. Ils dansent, ils discutent, ils boivent.
Beaucoup.
Ah mais des conneries sûrement, comme toujours — je sais pas, moi ! Bla, Bla, Bla. Peu importe, ça n’a pas d’importance, Ça. C’est pas ça qui se joue.
Y’a cette fille, tu vois.
Mais si tu vois. Cherche un peu, je suis sûr que tu vois à quoi elle ressemble.
Mais si — tu sais —, c’est cette fille, tu sais, celle que tu as déjà croisée, une fois ou deux. Mais si.
Tu sais celle qui t’as souri comme ça, pour rien, alors que tu lui avais rien demandé, bordel de merde. Celle à qui tu as parlé une fois peut-être. Sans rien en attendre — À moins que ce soit elle ? enfin peu importe — On s’en fout, quoi. C’est pas là que ça se passe. Et puis c’est pas cette fille, là. Enfin si c’est celle-là. Tu lui a parlé un peu, avant, et bon. Sans dire que tout de suite, je suis tombé amoureux, en tout cas j’ai entrevu qu’avec elle quelque chose était possible.
Quoi, moi ? Bah oui, moi, quoi ! Qu’est-ce que tu croyais ? Je parle pour moi, là.
Toi, t’es là, mais bon je m’en fous. Le prends pas mal, tu vois, mais toi ou le mec qu’est juste là, tu vois, pour moi c’est pareil. C’est à moi que je parle.
Eh Ouais !
Mais qu’est-ce que tu croyais en venant à cette heure là, dans un endroit pareil ?
Que tu allais trouver des gens qu’allaient te parler ? À toi ? Vraiment à toi ?
Tssssss......
Tu vois c’est juste ce qu’il y avait de différent avec elle.
Je veux dire, c’est à moi qu’elle parlait, c’est vers elle que mes paroles allaient.
Tu vois, c’est rien, mais ça change tout, putain.
Pour une fois tu as quelqu'un en face de toi.
Pas une boule de névrose plus ou moins à ton goût, avec qui finalement, très vite, cela va se résumer à savoir qui va l’emporter sur qui et tout ce genre de trucs, non.
Juste quelqu'un.
Quelqu'un d’autre en face de toi. Le pied, putain ! LE PIED !
Et voilà que bon.
C’est pas que c’est pas possible ou que, bon, elle est pas bien avec toi. Non.
C’est juste que, voilà quoi, c’est pas possible, là.
C’est pas qu’elle triche ou quoi, non — C’est pas ça. Parce que ça pourrait être ça, ouais — on en a connu des comme ça, ouais — des qui te disent non, mais qui n’attendent que ça.
Ouais, Ça existe des comme ça. L’inverse aussi d’ailleurs....
Et c’est peut-être pire d’ailleurs, des filles qui te disent oui, et qui savent même pas pourquoi.
Peut-être par habitude ? Ou bien…
Enfin, là c’est pas ça, non.
Là, c’est juste que c’est possible et pas possible.
Qu’elle veut avec toi et qu’elle veut avec un autre.
Et que ce qu’elle veut avec cet autre que moi est, là, un peu plus présent que ce qu’elle veut avec moi.
Enfin bon, voilà, ça va pas. C’est la merde quoi.
Alors voilà : Il y a cette soirée. Tu es là. Elle aussi, mais tu sais que tu l’auras pas.
Et, il n’y a pas si longtemps que ça, tu vois, j’aurais fait comme toi. Je serais rentré chez moi.
Ou bien je serais resté là.
Et, dans la posture indigente de l’amoureux indigne et incompris, j’aurais contemplé d’un œil compréhensif et douloureux l’objet de ma quête fuir au bras de cet autre que moi.
Mais voilà. Je suis pas toi, moi. En tout cas pas ce soir-là. Tu comprends ?
Pas ce soir-là. Non. Non. Non !
Tu vois, y’avait cette fille, j’veux dire une autre fille.
Et elle, elle n’attendait rien de moi.
Et moi, je la trouvais jolie, c’est vrai.
Et c’est vrai qu’elle était jolie.
Ça oui, c’est vrai…
Et bon une chose en amenant une autre — tu sais ce que c’est — je lui ai fait du charme, quoi. C’est peut-être con, je sais, mais c’est comme ça.
Et comme elle était pas extrêmement farouche — tu vois — comme je voyais que ça lui plaisait plutôt que je me comporte comme ça, assez vite je me suis mis à l’embrasser.
Et tu sais, c’est dingue, putain, mais c’est tellement plus facile quand tu t’en fous un peu, c’est fou ça, mais c’est vrai, putain.
T’es tellement plus convaincant quand tu t’en fous.
Un peu, j’veux dire.
Alors bon, voilà quoi, je me suis mis à l’embrasser. Et puis avec elle c’était possible, tu vois.
Alors on s’est dit yala, yala.
Tu vois, quoi.
Je sais pas si c’était une bonne nuit, hein, mais en tout cas c’était comme ça.
J’ai écrit ce texte, il y a déjà quelques mois. C’est un fond de tiroir en quelque sorte. Tout ça pour vous dire que vous en apprendrez plus d’ici quelques heures sur cette aventure-là...
17:03 Publié dans Confessions et autres immoralités, D'un verre à l'autre, Fond de tirroirs, proserie | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note
18 avril 2006
L’inaptitude à l’illusion
Nous sommes inaptes à l’illusion.
Nous nous méfions férocement de tous ceux qui croient, qui s’attachent encore à cette vieille chose bizarroïde, la croyance, l’illusion de l’action pour une cause, l’illusion du bonheur dans le couple, l’illusion du salut et du soutient de Dieu — peu importe comment on nomme cette chose-là, qui veille au-dessus.
Nos parents étaient mélancoliques, de ces gens qui en ont vu assez pour ne plus s’en laisser compter, ne plus se faire berner, qui ont vu, de leurs propres yeux vu que Dieu était absent de tout.
Dieu ou l’idée de Dieu, c’est tout un.
Ils étaient psychanalystes et croyaient encore à la psychanalyse comme chance de salut personnel, comme voie de rédemption possible.
Mais nous, leurs enfants , nous les avons vu, et plus d’une fois et de plus en plus souvent encore, totalement désespérés, totalement désemparés.
Ils nous ont transmis cette mélancolie qui est aussi une lucidité, une intelligence et qui nous interdit a priori l’assentiment féroce et accompli à toutes choses. Toutes personnes. Toutes idées.
Inaptes à l’illusion. Voilà ce que nous sommes.
Condamner à la chercher férocement et obstinément dans nos vies, car elle nous a été refusé à l’origine.
Le paradoxe, oui !
Le paradoxe de ces enfants aspirants artistes, doués, travailleurs, persévérants dans un royaume qui leur est a priori à tout jamais interdit.
Nous ne croyons plus en rien.
Avons-nous même déjà cru, je ne le crois pas, et c’est certainement ce qui nous sauve peut-être du cynisme ou du suicide.
Nous ne sommes pas déçus, nous sommes désillusionnés.
Cette idée de croyance, nous n’y avons pas renoncée, on ne nous l’a pas transmis, et c’est ce qui nous pousse à la chercher avec autant d’ardeur, à essayer soit d’en comprendre les mécanismes, soit d’en produire nous mêmes.
Nous ne la connaissons pas, l’illusion, cela reste un mystère, et c’est pour cela que nous l’aimons tant, que nous la désirons si violemment. Nous nous délectons de l’artifice, quand parce que nous choisissons de nous en délecter.
Nous aimons les gens très artificiels, les formes très artificielles, les objets artificiels quand ils parlent d’eux mêmes.
Nous aimons et nous nous moquons et cela nous fait rire, et c’est tout un.
La foi, nous ne l’éprouvons pas, nous la contemplons, nous la concevons.
Et le plus étonnant, et le plus réjouissant, c’est quand nous réussissons à croire à nos propres constructions chimériques.
Nous ne refusons pas de croire, nous y sommes mêmes tout prêt, demandeur impuissant de cette chose-là, l’innocence ; et quand elle arrive, qu’elle survienne ou qu’elle soit suscitée, c’est une jouissance, une réjouissance sans comparaison.
Arriver à croire à l’amour, quel défi !
Arriver à croire au bonheur, quel scandale !
Arriver à croire à l’identité, à la personnalité, à l’artistique, à l’œuvre, à la communauté…
Arriver, car il s’agit d’un chemin.
Apprendre à reconnaître et à s’accaparer l’innocence et la foi, la vie.
L’absurde nous apparaît formidablement plus vrai que n’importe quelle idée fondée, parce que justement l’absurde est l’absence de fondements, la vérité toute nue, puisque inassimilable.
Nous sommes condamnés à ne pas être à la mode.
La lucidité nous interdit sans aucun recours de nous laisser prendre aux influences de l’instant.
La méfiance règne nécessairement. Quoi de plus suspect que cette chose-là la mode.
Si on y réfléchit à deux fois, il s’agit quand même de quelque chose de très similaire à la publicité, c’est-à-dire une activité qui utilise la faiblesse et la naïveté, le besoin d’illusion et d’intégration de tout un chacun.
Tout n’est qu’illusion.
Tout est illusion.
L’illusion est le fondement de tout.
Sans aveuglement, pas d’humanité.
Sans foi, pas d’homme.
Alors pour nous qui sommes les sans illusions, il nous reste à comprendre ce principe, et à essayer de l’appliquer, tant bien que mal, à nos vies.
Si nous faisons du théâtre, c’est pour essayer de comprendre comment les autres font pour vivre, et aussi pour essayer de vivre nous aussi, plus grand, plus fort, plus beau et plus artificiel que nous sommes.
01:08 Publié dans Fond de tirroirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Fleur superbe et délicate
Fleur superbe et délicate
Corolle sérieuse et attentive
Assise sur la chaise, ses pieds ne touchent pas terre
Délice du balancement, infinie douceur
De l’effleurement des pointes de ses petons sur le sol de ciment
Et cette histoire, cette Si Belle histoire
Du petit garçon qui dit je veux
Et qui obtient
Je suis sous le charme ou je suis amoureux
Peut-être même les deux
Ce corps si étonnant
Virginale enfance qui a vaincu l’étonnement
Petit démon au visage d’ange soucieux
Éternelle figure d’enfant triste
Qui sait déjà ce qu’il y a à savoir
Et puis
Et puis la douleur si vivifiante si dérisoire et si douce encore
De la sentir, pour un temps encore
Si inaccessible à portée de mon bras
O ciel inimaginable que tant ont déjà su
Surmonte ta peur rimeur amoureux
Surmonte ta peur et fonce tête baissée, tête dressée
Sois le pourfendeur acharné et héroïque de tes propres limites
Et conquière victorieux
Dans la douceur d’une geste accomplie la Fleur qui te hante
Fascinante douceur
Déterminée et patiente en un même temps
Figure humble d’un orgueil souterrain
Modèle réduit d’un infini accomplissement
Poésie d’une enfance faite femme [mais non pas
Femme enfant délurée et mutine et brillante
Mais] enfance douce et triste et paisible
[Intelligence apaisée et patiente]
Beauté au manteau gris
[Bas superbes, géométriques et entêtant]
Cheveux démiurges et épais
À y perdre ses doigts à force de caresses
Pétale d’éternité…
00:48 Publié dans Fond de tirroirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note



