25 mai 2006
Catho et pas catho — remarque Juif et pas juif ça aurait pu marcher aussi...
En fait je réponds ici à Coco-Olivier qui, suite à divers entreblogages me laissait sur sa note Ailleurs sur Carton le commentaire suivant :
l'artiste: pas mal ce que t'y vois! Perso, n'y est pas mis forcément la mer qui s'ouvre, mais finalement, ce n'est pas si loin de ça. A chacun sa grille de lecture, puisque les mythes, contes, religions (en tout cas dans ma façon de voir les choses) sont là pour symboliser ou illustrer nos désirs, nos vies, nos peurs ...etc.
d'ailleurs, j'ai trouvé chez Anisée un bout de discussion dans la quelle avec Kowalsk, vous parlez de "catho et catho". J'avais commencé à écrire un com pour te poser une question, mais finalement, je vais le faire ici. Alors voilà, en gros ce que cela disait:
"si je peux me permettre, je trouve qu'il y en a une de différence entre catho et catho!
catho de conviction ou catho de culture!
de culture: tu bouffes du poisson tous les vendredi à la cantine, mais tu as oublié pourquoi, et d'ailleurs tu t'en fous! (ce que l'on appelle plutot d'ailleurs, le culture judéo chrétienne, l'imprégniation)
de conviction: tu vas à la messe , tu te confesses, tu fais ton signe de croix...ect!
Dis donc l'artiste, tu as l'air super au faite quant à l'histoire biblique! es tu catho ou catho ?
(je pose quand meme la question, meme si tu précise que cela est une "coquille")
attends, j'ai oublié une troisième catégorie:
le catho de culture mais affranchi coté dogme et super cultivé sur toute cette histoire! (je suis claire là? )
Alors, catho, catho, ou catho??
bon mais remarque bien que je n'ai mis de majuscule à aucun "catho", juste parce que je ne mets en avant aucun de ces postulats! (grande curiosité de ma part)
Ecrit par : coco | 18 mai 2006
Alors pour développer un peu la question — et les réponses, bien entendu... — j’ai décidé de publier une note, plutôt que de polluer ses commentaires...
Alors, tout d’abord je suis catholique. Que je le veuille ou non, et ce,Je jusqu’à ce que j’offense l’église au point qu’elle publie une bulle d’excommunication à mon égard ce qui, bien entendu me flatterait énormément, mais ne risque à priori pas d’arriver. Je suis catholique parce je suis baptisé. Hé oui, pour faire plaisir à mes grands-parents maternels, mes parents ont accepté que je sois baptisé (je crois à l’âge de neuf mois) en bonne et due forme, dans une cathédrale, et tout et tout. Et comme vous ne le savez peut-être pas, une fois baptisé, tu es catholique pour la vie, à moins bien sur de te faire excommunier ou de demander l’annulation de ton baptême. Mais comme je ne me vois pas devenir procédurier vis-à-vis de ce genre de choses, je ne me lancerais pas dans l’aventure... Bon ceci fait — mon baptême — mes parents n’ont jamais essayé de me pousser vers la religion, et la seule éducation religieuse que j’ai eue est une bible pour enfant, qui expliquait de manière la plus œcuménique possible les principaux textes de l’ancien testament, ainsi que sommairement ceux du nouveau. Tout cela ne me poussa pas vraiment à embrasser l’église, et, mis à part quelques messes de minuit, quelques messes d’enterrements et une ou deux sorties forcées par mes grands-parents, je n’ai jamais fréquenté les églises autrement qu’en touriste. Je ne suis pas croyant, en tout cas c’est ce que je crois. Je ne dirais pas agnostique, d’une part parce que je n’aime pas vraiment ce terme, et d’autre part, parce que ce n’est vraiment pas ça. En fait Je crois que je ne crois pas, mais bon, comme je n’en suis pas si sûr, je me laisse la porte ouverte — à moi-même — dans le cas où...
Donc je suis catho ET pas catho.
Alors pourquoi juif et pas juif ?
Tout simplement parce que mon père l’est, juif. Mais comme ma mère ne l’est pas, aux yeux d’un rabbin, je ne le suis qu’à moitié, voire pas du tout selon certain... Mais bon comme aux yeux des nazis — ainsi que d’un certain nombre d’antisémites encore actifs aujourd’hui — je l’aurais été, cela fait que je le suis aussi. Cela me fait penser que mon père, aussi, a été baptisé, mais lui c’était pendant la guerre, et c’était pour lui sauver la vie, donc ce n’est forcément pas la même chose...
Cela fait que je suis issu des deux cultures, juive par mon père, et catholique par ma mère. Mais bon, cela n’a pas été vraiment une source de conflit, dans le sens où aucun de mes parents — bien qu’ils se soient mariés à l’église — n’a jamais été pratiquant. Et par conséquent nous non plus.
Alors Catho par tradition ? Oui, mais pas seulement, je dirais aussi Catho par tradition. Je ne me suis jamais vraiment intéressé à la religion avant peu. En fait avant de me rendre compte que d’une part, étant français, né et élevé et ayant grandi, ici, je ne pouvais pas me dégager de cette culture, et d’autre part que si je voulais comprendre manière un tout petit peu moins superficiellement que je ne le faisais jusqu’ici la littérature et l’art en général de l’occident dans son ensemble, il fallait avoir un certain bagage. En effet, à mon sens, il est impossible de comprendre réellement quoi que ce soit à Bernanos, Claudel, Genet, Bach, Modigliani — ou même Coco-Olivier —si l’on a pas un minimum de culture et d’imprégnation religieuse, et de connaissance du catholicisme. De même que peut-on comprendre à Roth, ou Singer si l’on à pas l’ombre d’une connaissance sur le judaïsme et sur son histoire ? À mon sens rien ou presque. Alors comme je n’avais pas vraiment envie de mourir complètement con, c’est vraiment par ce biais là que j’ai commencé à m’intéresser à la religion, et aux textes religieux. Car enfin, il serait tout à fait idiot de penser qu’en occident, nous ne sommes pas tous forgé — et ce depuis très longtemps, et pour encore très longtemps — par le christianisme, et ce dans la majorité des domaines. Pour moi, comprendre « le fait religieux », est absolument incontournable, ne serait-ce que si l’on prétend vouloir s’en dégager.
On parle très souvent de la société judéo-chrétienne dans laquelle nous vivons, pour la fustiger, pour annoncer sa mort, ou pour s’en dégager, et dans le même temps — le plus souvent, hein, je ne voudrais surtout pas généraliser trop... Comment ça c’est ce que je fais ? — on la connaît très mal, cette fameuse « société », ces fameuses « valeurs »... Loin de moi l’idée d’en faire un catalogue, ou bien même de penser que je suis un puit sans fond de connaissance sur le sujet, mais force est de constater, que si tu veux te dégager de quelque chose, tu as plutôt intérêt à le connaître, ne serait-ce qu’un peu, parce que sinon tu prends le
risque de n’être que dégagé en parole.
En parlant de parole... Ça c’est un truc de catho, la parole (non je dis ça parce que pour les juifs ce serait plutôt l’écrit, non ?). Bah oui, c’est quand même un truc fascinant que la transsubstantiation. Il suffit qu’un prêtre dise devant des fidèles, « ceci est mon corps, ceci est mon sang » pour que réellement l’hostie et le vin contenu dans le calice deviennent pour de Vrai, le corps et le sang du Christ. C’est par le seul effet de la parole que cela se produit... C’est mieux que de la magie en un sens, puisque le seul truc qu’il y a là-dedans, c’est la parole et la foi en cette parole. Mais bon c’est compliqué la Foi.
À ce sujet c’est peut-être là que se situe la vraie différence entre juifs et catholique. En effet, pour moi, il n’y a pas vraiment de sens à être catholique si tu n’as la foi. Cela devient de la bigoterie ou du cirque sinon. Quel sens ça peut avoir de pratiquer — ou même de te revendiquer comme catholique — si tu ne crois pas réellement que le Christ est le fils de Dieu, et qu’il est venu sur terre pour nous sauver ? Alors que bon quand tu es juif, tu sais que le Messie ne viendra jamais, que Dieu t’a abandonné, que ça fait un bout de temps que ça dure, et que c’est pas près de s’arrêter, et pourtant ça t’empêche pas de pratiquer... C’est un catho qui m’a dit cela, et en même temps, je pense que c’est une assez bonne définition du judaïsme : « Mener sa vie comme si l’on croyait vraiment que le messie allait venir — c’est-à-dire se soumettre aux impératifs de la religion — alors même que tu sais très bien qu’il ne viendra jamais » ...
Bon il faut bien dire que pour moi « être juif », cela n’a pas grand-chose à voir avec la pratique religieuse. Je peux dire : je suis juif, parce que mon père l’est, et parce que mon histoire est en relation avec cela. Je suis un juif athée, non-pratiquant, non-circoncis, qui ne bouffe pas casher pour un sous. Ce n’est pas là le problème. Je suis juif parce que mes grands-parents ont dû fuir d’Allemagne en 34. Je suis juif, parce qu’ils ont dû se cacher des nazis et des collabos pendant la guerre. Je suis juif, parce que je suis issu de cette histoire. Je suis juif parce que aujourd’hui encore, dans le monde, certains veulent ma peau, parce que je le suis. C’est aussi simple que cela.
Tiens, ça me fait penser à un truc que disait un écrivain qui par ailleurs est aussi traducteur. Il me parlait de son travail (de traduction principalement) et le liait à son judaïsme. Ne comprenant pas très bien le lien, je lui demandais de préciser sa pensée. Alors il me dit un truc assez génial. Pour lui traduire, c’est un peu avoir le cul entre deux chaises, entre deux cultures ; à la fois totalement impliqué dans les deux langues (russe et français pour lui) et à la fois ne pouvant pas se sentir d’appartenir totalement aux deux. Et pour lui être juif c’était un peu du même ordre, c’est-à-dire être quelque part, y vivre, s’y impliquer, s’y investir, et dans le même temps, savoir que l’on n’est pas tout à fait issu de là, que son identité ne peut pas se résumer et se résoudre à la terre ou au pays où l’on est né ni même à celui que l’on habite. Être Juif, c’était pour lui, d’une certaine manière, être un éternel apatride, ou — pour l’exprimer autrement — ne pas se sentir prisonnier dans une identité ; une forme de liberté en somme...
J’aime assez bien cette idée.
Je ne sais pas si je réponds à la question posée, avec tout cela, mais j’ai en tout cas l’impression d’avoir exprimé une partie des contradictions qui m’habite. Et je précise — au cas où, hein, on ne sait jamais ! — que je les aime, ces contradictions. Alors oui, Catho Et pas Cato, Juif ET pas juif, ça me convient bien. Pas croyant, ça non. Mais diverse.
Ça me plait bien cette idée là.
16:33 Publié dans Bavardages sans conséquences?, comming out..., En errance... | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note
23 mai 2006
"Mais tu fais quoi déjà dans la vie?" — la Suite ET la Fin....
Euh... Comment dire ?
J’ai comme l’impression qu’il y a eu un petit malentendu...
Si vous n’avez pas tout suivi — Honte à vous, bandes de chiens incultes et mécréants !!! — je vais essayer de faire un petit résumé... Bon tout d’abord, le résumé ne concernera pas la note qui précède celle-ci, car pour cela vous n’avez qu’à la lire ici.
Non mais dès fois, je ne vais pas — même pour vos beaux yeux, chers lecteurs dissipés et volages — me mettre à jouer les annabacs ou les extraits du Reader’s Digest ! Y’a des limites à tout dans la vie, je vous assure !
Non, en fait il s’agirait de résumer les réactions d’une certaine jeune fille qui a eu le sentiment d’être visée par ma note précédente, d’en être, sinon le sujet principal, tout du moins, la génératrice, ou quelque chose de cet ordre-là... Cette jeune fille, par le plus grand des hasards, doublé d’un malheureux concours de circonstances, m’avait posé la question de savoir ce que je faisais dans la vie quelques heures avant que je publie ma note et, n’ayant obtenue de ma part de réponse qui la satisfasse — non, la vérité, c’est qu’elle n’eut pas de réponse du tout... — a pensé — j’imagine d’après le titre de ma note — que je m’adressais à elle par des chemins détournés... Cette jeune fille, m’a ensuite adressé un mail, auquel, bien entendu je n’ai absolument rien compris, car — je dois bien le dire ici — je n’avais aucune intention, en tout cas consciente, de m’adresser à elle par le biais de cette note ou bien de son titre :
Ne sachant pas la raison de son « ire », et ayant par ailleurs mes propres félins à flageller, je ne répondis pas au mail en question, me disant que le temps me permettrait d’avoir une explication du quiproquo et du sac de nœuds... Bien m’en a prit, car effectivement j’ai enfin eu l’explication de tout ceci, il n’y a que peu de temps. En effet, sans réponses de ma part, cette jeune fille, crut bon de poster une note sur son blog privée, pour, d’une part, expliquer la raison de sa colère, et d’autres part m’écrire une sorte de lettre ouverte... Comme elle eut la bonne idée de faire un petit résumé de la situation, c’est — enfin ! — à ce moment-là que je compris le scénario dans toute sa complexité... Très flatté d’avoir été le déclencheur, même involontaire, d’une telle polémique, je ne pouvais pas me permettre de la laisser totalement sous silence, mais par ailleurs, comme je ne suis pas très adepte des lettres ouvertes — où alors uniquement par moi — je ne répondrais pas, ici, à la jeune fille en question.
Pour enfin revenir au sujet qui me préoccupait et pour — espérons-le — l’épuiser, je reprends le cours des événements de cette nuit toulousaine, là où je l’avais arrêté, c’est-à-dire patientant sur le trottoir devant le café où j’avais passé la soirée, à deux heures du matin, en compagnie, entre de nombreux autres, de quelques collègues...
................... LA SUITE .......................
Après avoir réussi — enfin ! — à comprendre ne serait-ce que le nom du restaurant ainsi que le nom de la rue où ce dernier était situé, je décidai sans plus attendre de planter mes collègues avinés et de les laisser se dépatouiller seuls du garçon corpulent qui, selon toute apparence, n’avait aucune intention de finir la nuit sans compagnie à ses côtés, afin de retrouver l’accorte Karine qui m’av ait convoqué. Muni d’un plan de Toulouse — arraché de haute lutte quelques heures plus tôt au réceptionniste psychorigide et cyclothymique de l’hôtel — j’essayais de me repérer et, après quelques errements et tâtonnements, je trouvais enfin la rue en question. Je tiens à préciser pour mes lecteurs attentifs et assidus, certes, mais surtout n’ignorant en rien la géographie toulousaine, qu’il s’agissait de la rue juste en face de la gare de Toulouse-Matabiau. Je m’engage donc dans celle-ci, sans savoir exactement à quel niveau se situe le bistrot où j’ai rendez-vous. Vigilant, l’œil aux aguets, je remonte l’artère midi-pyrénéenne en croisant force bistrots, tavernes et kebabs encore ouvert à cette heure plus que tardive, et plus je remonte la rue,j plus je m’éloigne de la faune que j’avais croisé aux « Coulisses ». C’est sûrement un peu pareil partout, mais à Toulouse, ça saute aux yeux. Le quartier de la Gare, il est vraiment pourri. Tout en me faisant cette réflexion je me rends compte que je suis quasiment arrivé au bout de la rue et — en bon paranoïaque que je suis — commence à me demander si ladite Karine ne m’a tout simplement pas envoyé dans un des quartiers louches et interlopes de la ville rose pour me punir de je ne sais quel crime qu’elle pense que j’aurais commis en m’intéressant — même sexuellement — à sa charmante petite personne. Plein de ce sentiment dindonneau-farcesque, j’arrive enfin devant le bistrot en question et retrouve sans difficulté et à travers la baie vitrée — s’il vous plait — la demoiselle attablée en compagnie de deux de ses amis.
Le narrateur se voit obligé, ici, de préciser quel fut l’impression de notre jeune héros quant à l’établissement dans lequel il s’apprêtait à rentrer. Pour le moins, ce qu’il peut en dire, c’est que le changement d’ambiance était patent. Une immense salle au trois-quarts désert, baignée dans la douce et si sensuelle lumière de néons blancs éclatant, donnait — oh bonheur ! — une teinte blafarde — située dans le spectre des couleurs visibles entre verdâtre et jaunâtre — à toute personne ayant l’insigne honneur de se trouver présente. La population même du rade en question me promettait un dépaysement certain par rapport au bistrot de la jeunesse dorée que je venais de quitter. Exception faite de Karine et d’une ou deux prostituées — probablement au chômage technique à cette heure déjà avancée — je dois bien dire qu’il n’y avait pas l’ombre d’une présence féminine visible dans cette assemblée composées d’hommes aux âges variés, mais partageant pour la plupart les marques de l’alcool, de la dépression et d’une certaine forme de misère gravée sur leur visage.
Notre jeune héros, ayant eu la chance de ne pas se faire refouler par le videur musculeux, pénètre donc dans l’établissement et, enivré par les odeurs de tabac brun, de bière et d’eau de javel mêlées, et entouré des douces mélopées issues d’une quelconque F.M. locale, se dirige vers la table où l’attendent déjà Karine et ses amis, dans un état d’esprit oscillant entre la gêne de se trouver dans un endroit si peu propice aux rapprochements et épanchements sensuels, et le plaisir de voir la jeune fille dans un endroit si peu en adéquation avec l’image que sa fuite subite avait gravé dans son esprit. Une fois installé, je me fais allègrement questionné, aussi bien par Karine que par ses amis, sur mon identité précise, sur la nature de mes activités ainsi que sur les raisons de ma présence dans leur ville. M’étant soumis, de la manière la plus honnête possible au feu roulant de leurs questions, et après avoir commandé un Coca-Light au serveur kabyle, souriant et néanmoins épuisé, je m’empressai de retourner les interrogations à leurs auteurs, dégustant par ailleurs de gigantesques entrecôtes garnies de frites et arrosés d’un mauvais quoique peu onéreux vin rouge, probablement sulfaté. Karine était une graphiste toulousaine âgée de trente-deux ans, célibataire, et partageant son temps entre sa ville et Toulouse ; quant à ses deux camarades, le narrateur est véritablement consterné de constater que notre jeune héros est tout à fait incapable de se rappeler le moindre éléments de leur identité ou de leurs activité, à l’exclusion de leurs préférences sexuelles et sentimentales qui les avaient poussés à mener une existence commune.
Finalement nettement plus à l’aise ici qu’au bistrot précédent, l’ambiance finit de se détendre tout à fait jusqu’à devenir totalement cordiale et sympathique. Karine, un peu saoule et prise d’un sentiment maternant bien qu’exprimé de manière bourrue et rigolarde, s’inquiète de ne pas me voire manger, et malgré mes protestations amusées et argumentées commande une nouvelle entrecôte. Nous devisons ainsi très agréablement et l’issue de tout cela ne semble maintenant ne plus échapper à personne, d’autant plus que Karine ne se gêne plus, a contrario de son attitude quelque peu réservée à l’autre café, pour me prodiguer de moins en moins discrètes marques d’affections. Ces jeunes gens, prenant le prétexte de me raconter leur début de soirée, arrivent même à me faire hurler de rire, quand ils sortent et exhibent — audace tout de même un petit peu risqué à cette heure et dans cet équipage — de leurs sacs respectifs toutes sortes de sex toys, qu’ils s’étaient offert et échangés quelques heures plus tôt, au cours de leur dîner de Saint-Valentin.
Nous payons au tavernier ce que nous lui devons, ou plutôt — et pour être tout à fait honnête — je me fais inviter de force par la charmante Karine, qui, prétextant de son ascendant sur moi de quelques années et de la nature, supposée précaire et peu rémunératrice de mes activités, passa tout son temps à m’entourer d’une protection fantasmatique — dans le sens où je n’en avais absolument aucun besoin — qui passait entre autre par son obsession à tout régler. Le début de cette fin de soirée commençait à se faire sentir, les uns et les autres exposant leurs projets nocturne quant un incident extérieur mit un terme à nos conversations et — bien que nous retenant captif du café pendant quelques instants — finit de nous décider à se barrer au plus vite. Un jeune mec assez abîmé s’était installé à une table pas très éloigné de la nôtre, et essayait de commander une bière. Le patron, qui devait sans aucun doute l’avoir déjà pratiqué, refusa de servir le jeune homme, redoutant certainement qu’il n’ait absolument aucune intention ni possibilité de la régler. Le jeune homme commence à protester de manière véhémente et gueularde et — pour tout te dire à toi, mon cher lecteur attentif et assidu — se révèle être un tant soit peu pénible, bien que ne n’incarnant pas un danger réel et imminent, tant l’alcool ou tout autre substance psychotrope semble être présent chez lui et inhiber toute manifestation réelle de violence. Pour autant mon interprétation de la situation ne semblait pas être partagé par le videur de l’établissement, un beau black musculeux d’environ trente-cinq ans, qui n’arrivant pas à le persuader verbalement de vider les lieux, se mit en tête d’essayer de lui faire entendre raison à coups de poings. Comme visiblement le jeune homme n’était absolument pas en état de faire fonctionner ses quelques neurones non encore grillés par les cocktails psychotropes, il ne comprit pas à temps que son intérêt aurait résidé dans la fuite, et protestant à qui mieux mieux, en arriva au point d’énervé tant le videur, que celui-ci, perdant tout sens de la mesure et de la réalité, lui défonça consciencieusement l’arcade sourcilière jusqu’au sang, à grands renforts de coups de poings assenés de manière savante et répétée. À part nous quatre, essayant tant bien que mal d’éviter que la correction ne tourne au carnage en règle, l’incident se déroulait dans une indifférence soit gêné, soit amusé, tant il est vrai que, à l’instar de La salle du Bar Tabac de la rue des Martyrs, ici aussi les cuillères ne semblaient ne servir que rarement pour le café...
Après avoir réussi à négocier sans trop de dommage notre sortie, et essayant de gérer les velléités de vengeur masqué de Karine et de ses camarades qui, justement outrés du comportement du videur, essayaient de plus en plus bruyamment de protester auprès de lui, j’appelais la police afin de tout de même signaler l’incident. Pour ma part, bien que je ne sois pas — qui a dit « encore » ? Qui ??? — spécialiste du monde interlope de la nuit, il me semblait évident qu’il n’était pas très utile de discuter avec un videur à trois heures du matin dans le dessein d’essayer de lui faire entendre raison sur la nature un peu plus que délirante et dangereusement violente de son comportement...
Le couple de camarades nous ayant — à notre grand contentement — lâchement abandonné pour aller vaquer à vélo à leurs propres occupations, Karine et moi même commençons nous éloigner de la Taverne et, tout en se dirigeant insensiblement vers mon hôtel, nous commençons à explorer de plus en plus intimement les recoins et replis de nos anatomies buccales respectives, ainsi qu’à nous peloter tout ce qui était décemment possible de l’être à trois heures du matin dans ce quartier quelque peu nerveux de la nuit toulousaine. Karine était sensiblement plus bourrée que moi, et cela lui donnait la caractéristique de parler un tout petit peu trop fort par rapport à notre degré d’intimité. Mis à part cela, je n’avais à cette heure aucun scrupule à l’emmener dans mon antre dans le but avoué et partagé de nous livrer à quelques exercices jubilatoires à caractère explicitement copulatoire et sexuel. Il y avait tout de même chez moi, un petit sentiment d’incompréhension, sinon de malaise, face à cette jeune fille charmante, entreprenante, et doté d’une paire de fesses à se damner, qui se basait sur l’impression que j’avais qu’elle n’était pas tout à fait présente. Non que je la sentisse lointaine ou préoccupée par d’autres pensées, mais plus simplement j’avais le désagréable sentiment qu’elle était toujours un peu à coté de la conversation ou de la situation, me faisant par exemple plusieurs fois répéter les choses que je lui disais.
Arrivés dans ma chambre sans encombre, nous commençons à nous peloter de moins en moins sagement, et une chose arrivant un peu plus vite qu’une autre dans ce genre de cas, nous nous retrouvons à moitié à poil, avant même d’avoir eut le temps d’y songer. Là, visiblement moins pressé que moi, Karine me demande de boire une bière, afin de prendre le temps de discuter un peu. J’en trouve une dans le minibar, et lui sert dans un des verres disponibles à cet effet et, entre alcool et cigarette la jeune fille commence à me parler de choses et d’autres. Je ne sais plus tellement de quoi il s’agissait, à part que son monologue ponctué de questions auxquelles j’avais pour la plupart déjà répondu au cours de la soirée, avait le don de m’énerver un petit peu.
Aussi, après lui avoir laissé discourir de cette manière quelque temps, je lui enlevai sa bière des mains que je posai par terre, et commençai à me faire pressant et tendre. Ne me résistant plus, elle s’abandonnait désormais au joug de mes caresses et de mes baisers, au point qu’assez rapidement, je me retrouvais la tête entre ses jambes désormais dénudées, en train de lui pétrir les fesses, dans le but de lui ôter son string afin de me livrer à une petite exploration digitalo-linguale de son intimité. Une fois l’opération effectuée, je me retrouvais un petit peu étonné et contrarié — mais tout de même pas au point de me faire renoncer — devant l’absence totale de pilosité pubienne de son sexe.
Alors même que l’idée était pour moi tout à fait excitante, ayant déjà remarqué ce détail au cours de mes précédentes explorations en aveugle, le fait de me retrouver devant cette chatte rasée ne m’enchantait pas réellement plus que ça, tant l’aspect, à la lumière — même tamisé à la hâte par mes soins grâce à l’aide d’un vieux t-shirt balancé sur l’abat-jour de la lampe de chevet — qui régnait dans la chambre de son sexe glabre, quoique déjà ouvert, gonflé luisant et brillant d’excitation, me faisait insensiblement penser à un poulet fraîchement déplumé. Décidant de ne pas me laisser désarçonné par cette impression, je me lançai dans un cunnilingus savamment délivré. Alternant les baisers, coups de langues et masturbations directes de son clitoris, de ses lèvres et de l’entrée de son vagin, je la menais, assez rapidement — l’alcool devant aussi aider — tout du moins à l’orgasme, en tout cas à une inondation assez généralisée. D’un commun accord et sans pour autant avoir besoin de le verbaliser, nous décidons d’aller plus avant dans notre découverte intime l’un de l’autre, et après m’être enfin débarrassé des quelques habits qui me restait et m’être fait faire quelques courtes mais délicieuses dévotions, je me mis à la baiser avec la meilleure volonté du monde. L’alcool et l’excitation qui s’était emparé de moi depuis déjà un bon moment aidant, elle jouit longuement et puissamment et délicieusement, bien longtemps avant que je sois près d’y arriver.
Apparemment repue, même provisoirement, elle se fit un devoir de me délivrer et, après avoir dégagé mon sexe de la capote qui l’enfermait, elle se fit un devoir — autant que visiblement un plaisir — de me tailler une pipe, qui — je dois le dire — fut pour moi tout à fait mémorable. Avalé, sucé, pompé, délicieusement manipulé avec soin rythme et vigueur, englouti et titillé avec talent et délice, mon chibre fut sur le point de rendre l’âme à plusieurs reprises, mais, malheureusement et sûrement à cause des effets cumulés de l’alcool et d’une excitation très longtemps prolongé, je ne dus mon salut — ainsi que mon orgasme, mais est-il utile de le préciser ? — qu’à moi-même, et à la manipulation experte et musclée que je prodiguai à ma bite. Un peu dépitée de n’avoir pas su me faire jouir toute seule, Karine, me promettait monts et merveilles pour les nuits à venir. Amusé de sa colère contre elle-même, et excité par ses promesses, je la rassurais en lui expliquant les raisons contextuelles de mon retard à l’explosion, ainsi qu’en la rassurant sur la grande qualité de ses fellations. C’est ainsi que nous nous endormîmes, lovés l’un contre l’autre, un peu collant, un peu suant, un peu puant, mais soulagé et sereins, non sans avoir auparavant remis le couvert, mais cette fois, tout de même un peu plus rapidement.
Bah oui, cher lecteur attentif et assidu, j’ai quelques tendances boulimiques, dès fois. Je sais, c’est pas bien, mais qu’est-ce que tu veux ? On ne se refait pas...
Le matin nous surprit assez vertement, tant par sa rapidité à survenir, que par son incroyable capacité à vous faire prendre conscience sans ménagement de la réalité des faits. Avant de nous laisser totalement submergé par elle, mais en ayant tout de même pris le temps de nous livrer à quelques sommaires ablutions, nous nous re-livrâmes nos corps encore ensommeillés en pâture l’un à l’autre. Une fois cela fait, il fallait bien dire que le constat n’était pas forcément que reluisant, et ce, par bien des aspects. Gueules de bois, voix pâteuses, haleines douteuses, nous n’étions que les pâles reflets de ces amants flamboyants et uniques, miraculeux et éternels, qui avaient peuplé cette chambre la nuit dernière. La chambre elle-même semblait refléter notre état de décrépitude, tant le désordre qui la caractérisait, l’odeur de hyène rancie composée principalement de tabac froid, de transpiration, de foutre, et de bière — qui entre temps avait eu la mauvaise idée de se renverser sur la moquette — n’éveillait en moi qu’une sorte de dégoût résigné devant la cruelle et lucide — mais certaine — contingence de notre condition.
Ces dans ces vapeurs, que nous engagions une conversation passablement vaseuse, et que à deux reprises en moins des dix minutes que cette conversation dura, Karine me posa la question suivante :
« Mais tu fais quoi déjà dans la vie? »
Je dois bien vous avouer à vous — mes petits lecteurs adorés et chéris — que cette question éveilla en moi un sentiment assez désagréable, que j’essayais de contenir de plus en plus mal, tout en répondant à la jeune fille. Après avoir commandé le petit-déjeuner et pendant que la demoiselle prenait une douche, je sentis la colère monter en moi. Je commençai vraiment à douter des qualités de la mémoire de la jeune fille, car cette question posée de manière aussi répétitive en aussi peu de temps, à laquelle j’avais répondu à chaque fois le plus honnêtement et le plus complètement possible, me posait un réel problème...
Je repensai à tous les événements écoulés depuis notre rencontre, à sa manière de me faire répéter les choses plusieurs fois, à sa descente plus que sérieuse, à son attitude générale que je qualifierais d’ « un peu à côté », et à l’impression de malaise qui m’avait saisi déjà plusieurs fois, quoique de manière fugace, depuis notre rencontre. Dans mon récapitulatif, j’en arrivai à la soupçonner d’une possible poly-toxicomanie, et commençai à redouter très sérieusement de devoir la revoir dans cet état. En fait je commençai à me persuader que cette nana était un peu plus folle que ce que je pouvais supporter, et surtout, que sa personnalité recelait probablement des aspects que je me savais incapable de gérer sereinement.
C’est ainsi que malgré les projets que nous fîmes au cours de ce petit-déjeuner de nous revoir dès le soir même, et malgré et le très bon souvenir que je garde encore de cette nuit-là et des qualités indéniables de fellatrice de la jeune femme — ce qui n’est tout de même pas si fréquent que cela, je peux vous l’assurer — je décidai, secrètement à ce moment-là, de ne pas la revoir durant toute la durée de mon séjour toulousain.
16:30 Publié dans Confessions et autres immoralités, D'un verre à l'autre, En errance... | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
20 mai 2006
"Mais tu fais quoi déjà dans la vie?" — Où comment l'amnésie a eu raison de la libido de notre jeune héros...
Comment commencer ? C’est toujours la question, n’est-ce pas ? D’une certaine manière c’est sûr, et en même temps, bon... On s’en fout un peu, non ? C’est pas ça l’important.
Non alors juste avant de commencer, un petit préambule sur mon état de procrastination actuel. Non, lecteur attentif et assidu de mon cœur, je ne vais pas ici te livrer mes états d’âme profonds. C’est juste que je me faisais la réflexion, il y a quelques minutes en rentrant du Bistrot d’à Côté — où j’ai bu un Coca Light, je précise, dès fois que vous me preniez réellement pour un alcoolique profondément dépendant... — qu’il y avait quelque chose d’assez navrant dans ma participation blogosphèrique en ce moment. Non pas navrant de par la qualité de mes notes ni même de mes commentaires — je suis bien trop fier de ce que je fais pour m’avouer cela, ne serait-ce que l’espace d’un instant — mais bien de par mon activité-même en ce moment, truffé de paradoxe, et, en même temps, terriblement suiviste et conformiste par rapport à l’époque. Car, il faut bien dire —et c’est ce que je fais — que mon activité préféré pourrait se résumer à être présent, visible aux yeux des autres, à occuper le terrain coûte que coûte, à trouver le commentaire pertinent, celui qui fera rigoler mon correspondant, ou bien qui sera à même de provoquer ou d’entretenir une polémique. Et puis j’aime bien avoir l’illusion que je suis omniscient, et comme depuis trois ou quatre jours cela n’arrête pas d’interopérabiliter et d’intercorrespondre d’un blog à l’autre et d’un commentaire à son voisin, moi, dans mon obsession prométhéenne et dans mes phantasmes d’ubiquité, je passe un temps fou à m’amuser à sauter d’un lieu à l’autre, pour y laisser mes petites traces odoriférantes, à baliser mon territoire virtuelle et imaginaire, en somme. Et c’est y quand même pas un peu bizarre et suspect de vouloir à ce point être présent et visible et au courant de tout sur tout et tous et toutes, pour moi, qui ne veut pas livrer une once de ma réelle identité, qui me cache et me préserve — de quoi, d’ailleurs ? c’est bien la question... — derrière le masque de cet Artiste Assoiffé ?
Et puis, toujours en remontant la rue jusqu’à chez moi, je comprends, en un instant que tout cela, en plus d’être paradoxal, et quelque peu incohérent — ce qui par ailleurs ne serait pas forcément pour me déplaire — est aussi, plus prosaïquement, tout simplement navrant dans le sens où je suis, en ce moment, en plein dans le mouvement de mon époque, où la chose qui prime avant tout est la communication... Peut importe ce que l’on à dire, peu importe à vrai dire si c’est intéressant, vrai, drôle, pertinent, sensible, l’important c’est de communiquer sur le fait qu’on parle, de manière à ce que — comme dirait l’autre imbécile — Tout le Monde en Parle ! ... C’est navrant à dire, mais en ce moment, je suis bien obligé de faire constat que ce qui m’amuse le plus, ce qui me tient éveillé jusqu’à des heures indues, ce qui m’entraîne à laisser la poussière s’accumuler dans mon appartement, ce qui me retient de régler des tas de problèmes vraiment important dans ma vraie vie à moi, c’est le simple fait de rendre mon avatar — mon Blase, dirait les vieux militants — visible et présent sur la petite orbite blogosphérique que je fréquente...
Bon en même temps, rassurez vous — ou consternez-vous, ou prosternez-vous, ou Jacques-à-dit mettez-vous à genoux, c’est selon — ce n’est pas demain la veille — et non pas la vieille, parce que sinon, ça ne veut plus rien dire du tout — que je m’arrêterais de polluer les commentaires de mes chères et chers correspondants...
Enfin tout ce préambule n’avait pour but que de répondre à la question qui se pose dans le titre de cette note, et dont je dois bien avouer que je n’ai pas la moindre idée de la réponse en ce moment.... Mais en même temps, ce qui me conduisit à poser cette question en forme de titre, n’a rien à voir avec ce que je viens de développer plus haut. En réalité c’est la question qui me fut poser il n’y a pas si longtemps que cela, de manière assez répétitive par une jeune fille, et qui de par même sa répétitivité, me fit perdre tout sentiment concupiscent à son endroit. Alors pour vous la faire courte — ou long, c’est selon — permettez moi de vous plongez dans la situation...
Je suis à Toulouse, il y a quelques moi de cela, en déplacement professionnel, comme souvent durant cette période. Nous venons d’arriver, nous ne travaillons que le lendemain. On s’est fadé le voyage en train — en première certes, mais bon, quand même ça reste environ cinq heures de train... — et qui plus est on venait juste de rentrer de Brest je crois, et la fatigue aidant et s’accumulant de trajet en trajet, on commençait sérieusement à accuser le coup. Enfin je dis « on », je devrai dire « je », parce que pour les autres, je sais pas, moi... Et puis, bon il faut bien dire que le patron, il avait pris l’avion pour venir à Toulouse, et alors forcément, ça créer toujours un peu de ressentiment, les différences de traitements au sein d’une équipe aussi soudée que la notre... Tout ça pour dire que j’étais un peu crevé, et qu’en même temps, étant donné la vie totalement déstructuré — géographiquement parlant — que je menais à cette époque — un seul exemple, à ce moment-là j’avais l’impression bizarre que mon appartement parisien était une sorte de chambre d’hôtel très surchargé au niveau déco, et dont le service était tout à fait déficient, surtout eu égard au prix que cela me coûtait — la perspective d’avoir une « vraie » soirée de libre, même dans cette environnement totalement inconnu pour moi qu’était la métropole rose bonbon, était tout à fait réjouissante et revigorante...
Une fois déballée ma valise à l’hôtel, je me rends en compagnie de mes collègues en direction du restaurant de la place W., où nous avions réservé pour débuter la soirée. Soit dit en passant le « W. » c’est juste une coquetterie de mauvais aloi, puisque n’importe qui connaissant un peu la bonne ville de notre étrange et (pas si) bon ministre des affaires étrangères voit très bien de quelle place je parle... Là, un peu par hasard, nous retrouvons le patron, qui a eu la même idée que nous au niveau du restaurant. Mais qu’à cela ne tienne, plus on est de fou, plus on rit, et nous voilà de nouveau, et une fois de plus — Ouais, je sais, mais qu’est-ce que vous voulez ? j’aime bien être redondant de temps à autre ! — attablé pour manger, boire, et deviser gentiment de sujets passionnants comme, au choix, la comparaison de la taille et des commodités de nos chambres d’hôtels, la pénibilité de notre condition de V.R.P. du moment, la très faible intensité de nos relations extraprofessionnelles, la qualité du vin, l’évaluation du potentiel de rencontres extraconjugales possibles en milieu midi-pyrénéen, l’existence ou non d’un complot international destiné à nous prendre toujours nos réservations de trains dans le wagon de tête à Montparnasse, nous obligeant, par la même, à d’interminables course poursuite sur les quais de gares parisiens, l’incroyable diversité culinaire de notre beau pays, ainsi que de l’état de déliquescence du couple malencontreusement situé à côté de nous. Ceci ayant été dit, ingéré, bu, et commenté abondamment, nous payons chacun notre (pas si) petite part d’addition, et commençons à planifier notre fin de soirée, ou début de nuit, c’est selon.
Mon cher collègue M. — qui par ailleurs m’insupporte au plus haut point, et pour tout vous dire, pas que moi — a eu la bonne idée, une fois n’est pas coutume, d’avoir des amis toulousains, qui lui conseillèrent, d’aller boire un verre à côté de la place W., dans une Taverne appelé « Les Coulisses ». Bon, en fait, il n’a pas vraiment d’amis mon collègue M. qui m’irrite tellement. C’est simplement qu’il a le contact facile avec les gens, et qu’il choppe hyper rapidement des numéros de téléphone, et que du coup il passe son temps à passer des coups de fils absurdes-et-enjoués à quantité de gens qui — trop gentils ou trop cons, ça reste à voir — ont l’amabilité de lui répondre... Donc en réalité, son super meilleur ami de la mort qui tue, était juste une vague connaissance, qui n’a même pas daigné le rejoindre au susmentionné établissement...
Donc — et pour en revenir devant vos yeux ébahies et ébaubies à nos moutons — nous nous dirigeons vers Les Coulisses, en petite bande d’environ une demi-douzaine, et nous nous installons sur la terrasse gardée dudit établissement. Avant toute chose, il faut dire que nous étions le jour de la Saint-Valentin, et que ce jour-là ce merveilleux débit de boisson Toulousain — sorte de Hard Rock Café déclassé de province, repère de la jeunesse au poches bien pleines et au cerveau léger — avait eu la bonne idée d’organiser une soirée Facteur, dans le but de s’attirer la clientèle célibataire, qui, un soir comme celui-là aurait eu, ailleurs, la désagréable impression de ne pas être totalement à sa place. Une soirée Facteur — pour ceux et celles de mes lecteurs attentifs et assidus qui ne seraient pas à la page des derniers concepts markettingo-pourris qui sévissent dans le milieu de la nuit — se déroule de la manière suivante : à l’entrée du bistrot, après s’être fait reluquer de haut en bas par le videur — et plus ou moins consciencieusement selon son sexe ou sa couleur de peau — une charmante hôtesse te colle de manière bien visible, une étiquette avec un numéro, puis, une fois que tu t’es installé à une table, elle vient te filer un bloc-notes pré imprimé et des stylos bille tout pourris. Là tu prends conscience de deux choses. Et d’une, tu n’es pas le seul auquel on a collé de force une étiquette sur le veston, car tout le monde dans le bistrot semble logé à la même enseigne, clients et personnel compris ; et de deux, le but du jeu est d’écrire des petits mots au numéro que tu désires — de préférence graveleux, les petits mots — de la part de ton numéro, et adressé à la personne au numéro de ton choix par l’intermédiaire de deux hôtesses dont le boulot consiste, à récolter les petits papiers et à aller les redistribuer — un vrai boulot de con en résumé... Notre Patron nous ayant rejoint après avoir tout de même eu l’extrême délicatesse d’accompagner ses enfants et ses parents, jusqu’à leur hôtel — pas le nôtre, un palace toulousain avec vue plongeante et panoramique sur la place du Capitole ; c’est le patron tout de même, il est pas là pour se faire chier ! —, et après quelques Mojitos consommés, notre petite bande commence à se laisser prendre au jeu, et à faire des allers-retours entre la terrasse et la salle, pour repérer des cibles, puis pour leur faire de grotesques déclarations enflammées.
Ce petit jeu dure le temps qu’il peut, mais assez vite notre jeune héros — à savoir moi-même pour les cancres (Toujours les mêmes !!!) qui ne suivent plus... — se rend compte que cela l’emmerde profondément, d’autant plus qu’étant donné le nombre de personne présente au seing de l’établissement, ça prend un temps de taré entre le moment où tu files ton papier à la Factrice, et le moment où te reviens la réponse. Tu as très vite fait de comprendre que si tu ne veux pas perdre totalement ta soirée, tu as plutôt intérêt à porter le papier toi même, mais quand tu te retrouve devant la personne, tu te demandes vraiment si la meilleure solution pour l’aborder est de lui donner un papier ridicule, ou bien d’aller lui parler directement. Hein ? Qu’est-ce que tu en penses, lecteur attentif et assidu de mon cœur ? Alors bon, la soirée se poursuit au rythme des Mojitos ingérés, des passes d’armes cordiales et haineuses entre mon collègue M. et moi, et de quelques jolies filles que nous nous disputons, à coup de danses endiablées, de discussions fumeuses, d’échanges de numéros de portable et de concours de chapeau ridicule... Hum...
Ici, le narrateur préfère ne pas expliquer en quoi consiste un concours de chapeau ridicule pour des raisons qui touchent, entre autres, à sa propension à ne pas trop se couvrir de ridicule aux yeux de ses fidèles lecteurs attentifs et assidus...
C’est à peu près au milieu de ce joyeux bordel alcoolisé que notre jeune héros fait la connaissance de Karine, — que nous appellerons Karine car elle s’appelle Karine — jeune toulousaine à peu près du même âge que lui, l’air tout autant amusé et surpris et gêné que lui de se trouver dans un endroit aussi peu en adéquation avec ses fréquentations habituelles. Bah oui, car notre jeune héros — malgré tout le mal que vous pouvez penser de lui — n’a pas l’habitude de fréquenter des bistrots pleins de blondasses décolorées et écervelées trémoussant leurs attributs devant les yeux de jeunes cons pleins de pognons et super méga sympa (cf. la B.M. à papa garé dans la ruelle d’à-côté), dans l’espoir de se faire sauter dans les plus brefs délais et plus si affinités. Après quelques manœuvres d’approches consistant principalement en discussions oiseuses et ironiques accompagnées de quelques gorgées d’alcools variés, notre jeune héros se retrouve plus ou moins flirter avec la dite Karine, qui visiblement ne semble pas du tout s’en offusquer. Jeune, blonde, dotée d’un corps tout à fait au goût de notre jeune héros ainsi que d’un solide sens de l’humour — que nous caractériserons par les mots ironie et dérision — Karine semble charmée par les avances de moins en moins voilées de notre camarade, et sans réellement y répondre avec toute la spontanéité à laquelle ce dernier aurait pu croire
pouvoir prétendre — étant donné l’immensité de son ego démesuré — elle le laisse tout du moins espérer à une issue un peu plus que favorable en ce qui concerne cette soirée. En clair : Y’a moyen de conclure, j’te dis !!!
Avec le recul, J’aurais tout de même dû me méfier dès ce moment-là de sa propension à me faire répéter plusieurs fois mes réponses, mais l’alcool aidant — il a bon dos, celui-là — je penchais volontiers pour une explication mettant plus en cause l’infernal niveau sonore de l’établissement dans lequel nous nous trouvions, plutôt qu’un quelconque désordre psychique, même passager. L’heure de la fermeture approchant, mes avances se faisaient de plus en plus directes et précises à l’égard de Karine, mais — car il faut bien l’avouer — malheureusement pour moi, plus je précisai mes désirs — tout ce qu’il y avait de plus concupiscent, mais cela tu l’avais déjà deviner, mon cher et clairvoyant lecteur attentif et assidu — plus la jeune fille semblait se faire un devoir d’y répondre de manière vague et brumeuse, m’expliquant, par exemple, que l’idée de passer du bon temps avec moi — en clair de niquer — la tentait bien, mais qu’elle n’était pas tout à fait maîtresse de son temps, tout accompagnée d’amis qu’elle était, et que par ailleurs une faim certaine et tenace la tenaillait, et qu’avant toute chose, il était de son intérêt le plus impérieux d’aller se restaurer... Prenant ces propos comme un refus, certes poli mais ferme de sa part, et étant sortit de table depuis peu, je refusais la proposition qu’elle me faisait de l’accompagner, elle et ses amis, au restaurant, ne sentant que trop venir l’issue probable d’une pareille réunion. Je n’avais, en effet, que très moyennement envie de la regarder manger pendant une heure pour m’entendre dire à l’issue du banquet, que cette rencontre était très sympathique, mais qu’elle devait se terminer là, car elle — la jeune fille, pas la rencontre, bandes de cancres irrécupérables que vous êtes ! — avait du travail le lendemain, ou tout autre prétexte du même acabit. Bon je sais, vous allez me dire que je suis un peu adepte du tout ou rien, mais qu’est-ce que vous voulez, d’une part, vous n’auriez pas tort et d’autre part, quand on a un mauvais pressentiment... enfin bref, vous savez ce que c’est. Néanmoins, dans l’hypothèse où tout ceci n’était pas voué à se terminer en eau de boudin, notre jeune héros eu tout de même la présence d’esprit de pratiquer un bon vieil échange de numéros de mobile, parce bon, on ne sait jamais, comme dirait l’autre : Le pire n’est pas toujours certain. Ni le Meilleur d’ailleurs...
Je laissais donc filer la donzelle vers des cieux plus roboratifs, et m’employai à occuper le temps qu’il nous restait — moi et mes collègues encore présents physiquement parlants, parce que au niveau psychique et spirituel, l’alcool ayant largement eu le temps de produire ses effets, on ne peut pas dire que c’était très reluisant... — à tirer dans cet établissement avant sa fermeture, à payer ce que je leur devais, et à ne pas céder à la tentation de fracasser le crâne de mon cher et sympathique collègue M. qui me gavait sérieux à me prendre comme sujet de ses moqueries afin de séduire la blondasse de son choix, ainsi qu’à prétendre en ne rigolant qu’à moitié — tout antisémitisme, même de bas étage et inconscient mis à part bien entendu... — que je n’avais pas du tout payé ce que je devais...
Je l’adore vraiment lui, c’est un poëme à lui tout seul : stupide, prétentieux, inculte et fier de l’être, incapable du moindre effort ni de la moindre remise en question, un sourire d’escroc digne d’un vendeur de voiture d’occasion pourries accroché à sa petite gueule d’amour, menteur mais mauvais, lâche, couard, arriviste comme pas deux, pute au dernier degré, médisant comme une teigne, avide de reconnaissance de contrebande, tellement peu soucieux de la qualité de son travail, se permettant de donner son avis sur tout à tous, irrespectueux jusqu’à l’outrage du travail des petites mains, droitiste convaincue par culture plus que par réflexion, coléreux par bêtise, arrangeant par intérêt, ne supportant pas qu’on ne puisse pas l’apprécier, et fuyant comme la peste toute situation où ses faiblesses pourrait être mis à jour................. Et encore je me contiens.
Je me retrouvais donc sur le trottoir devant le rade, en compagnie de M. et N., tiraillé entre l’envie de rentrer directement à l’hôtel sans me soucier plus avant de l’état dans lequel je les retrouverai, ou pas, le lendemain, ou celle de les corrompre afin de les amener à m’accompagner boire un ultime verre dans un quelconque bistrot de nuit toulousaine. Mais la vie faisant bien les choses, c’est ce moment que choisit mon téléphone pour sonner, me prévenant par là même que Karine avait réellement le vif et ardent désir que je la rejoigne — dans un premier temps... — dans le restau où elle était. Suite à des contingences et autres emmerdements techniques indépendants de notre volonté — rupture de réseau, friture sur la ligne, etc. — il se passa quelques minutes, où je dus subir les relents de mauvaise humeur avinée de mon collègue N. — au bout d’un certain stade, il a l’alcool mauvais... — aussi bien que les avances pressantes d’un jeune garçon gueulard et corpulent, avant que je puisse me rendre dans le restau en question.
Non mais sérieusement, je suis un peu trop crevé pour finir là tout de suite, donc je préfère finir un peu plus tard, et comme en même temps je ne voudrais pas vous priver du plaisir de me lire....
21:25 Publié dans à suivre (ou pas), D'un verre à l'autre, En errance... | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note
14 mai 2006
Le Paradis – Approche impressionniste.
J’ai huit ans. Nous sommes en vacances, et comme tous les étés nous sommes en Corse.
Non, en fait nous ne sommes pas en Corse, nous sommes au Paradis.
Mais pour des raisons que jusqu’à l’heure actuelle je n’ai pas réussi à complètement expliciter, les adultes — Les « grands » comme ils s’appellent quand ils me parlent, ou « les vieux » quand mes frères en parlent et que je les écoute en cachette — ont décidé d’appeler le Paradis du nom bizarre de « Corse ». Je sais vraiment pas pourquoi, moi. Ils vont vraiment des trucs étranges, dès fois.
Comment vous décrire le Paradis ?
Bah, si vous ne savez pas ce que c’est, vous aurez du mal à vous imaginer.
Il y a la maison. Il y a le parc autour de la maison. Il y a la terrasse de la maison qui plonge directement dans la mer. La grille du parc que je vais ouvrir en descendant de la voiture, et que je referme une fois que mon père à rentrer la voiture dans le parc de la maison. Il y a « la petite maison » — où nous irons quelques années plus tard quand mon père aura commencé à se rendre compte qu’il n’est pas milliardaire. Il y a mes cousins dans la petite maison. Il y a aussi des souris, mais pour l’instant je ne les vois pas. Il y a ce robinet d’eau au milieu du parc sous les pins. C’est un robinet tout con, en fer, pas beau du tout, mais c’est là que je bois de l’eau quand je suis assez grand et que j’ai décidé de dormir sous la tente. Il y a un Olivier sur la Terrasse qui domine la mer. Il y a La chambre de mes parents, avec ses tentures roses aux murs, la salle de bain, et les toilettes dans la salle de bain, où tant de fois, cette saloperie d’araignée a bien été à deux doigts de me faire chialer. Dans la chambre il y a la Chambre Forte, sorte de dressing-room qui possède une porte blindée. C’est une pièce qui me fait peur, et que j’aime bien. Je sens bien qu’il y a plein de secret dans cette petite pièce-là. En plus c’est là que mon père range ses trésors, aux nombres desquels le plus cher à mes yeux est cette paire de jumelles que depuis j’ai récupéré, et qui reste, encore aujourd’hui, caché, quelque part dans mon appartement. Il y a les petits-déjeuners qui n’en finissent jamais sur la terrasse de la maison qui domine la mer. Il y a Les œufs Papas. Parce que en été c’est mon père qui prépare le petit-déjeuner. Il y a le pain perdu que me prépare Arlette. Il y a Arlette bien sûr. Il y a les gaufres, aussi. Les crêpes. Les Diabolos Menthes avec le haut du verre incrusté de sucre que nous prépare mon frère J. Il y a les mûres que l’ont va récolter avec ma maman en rentrant de la plage, sur le petit chemin de terre entouré de ronces qui m’a tant impressionné. Il y a le petit de pont de bois au bout du chemin de ronce pour aller à la plage. Et dans le ruisseau que surplombe le petit pont de bois branlant, il y a des tortues qui m’ont toujours un petit peu effrayées. Il y a les interminables parties de Scrabble de mes parents sur la plage. Mais bon, comme ils n’ont jamais su jouer à aucun autre jeu, ils y jouent aussi le soir sur la Terrasse qui surplombe la mer, le midi au restaurant après avoir fini de manger, dans la journée quand l’orage a décidé de venir frapper. Il y a des grêlons gros comme des œufs quand l’orage à décider de venir frapper. Et puis une odeur incroyable pendant une ou deux heures après. Il y a le barbecue près de l’Olivier sur la Terrasse qui surplombe la Mer. Et ses odeurs de viande ou de poisson grillé. C’est depuis que j’aime tout ce qui est gras et salé et grillé et croustillant et croquant. Il y a les moustiques dès que la nuit commence à tomber. Il y a une collection de tactiques pour les éviter : Les lotions qui piquent la peau et les yeux que ma maman me mets. Les plaquettes bicolores que l’on met dans un appareil que l’on branche sur une prise et qui sont toutes carbonisées quand on oublie de les changer. Il y a les bougies qui sentent vraiment très mauvais. Il y a les tortillons verts rangés par deux dans des pochettes en papier. On les casse une fois sur deux lorsque on veut les détacher, sauf mon frère J. qui est très doué pour les séparer sans les casser. Il y a les soucoupes sous lesquelles il ne faut pas oublier de les poser sous peine de risquer de contrarier maman à cause de la cendre qui va tout dégueulasser. Il y a un instrument très bizarre qui siffle très aiguë et il y a ma maman qui est persuadée — Aujourd’hui encore ! — que ça va suffire à les faire fuir. Quand je lui demande pourquoi elle m’explique que ça imite le bruit de la Moustique femelle, qui est la seule à piquer, et que ça attire les Cousins, mais pas les autres femelles. Je me demande alors s’il existe des moustiques femelles qui sont attirés par des moustiques femelle. Je ne sais plus si j’ai posé la question. Il y a surtout un grilloir à moustique, qui fait de la lumière bleue et qui est tout électrifié. Mon père m’interdit de m’en approcher, mais moi je trouve ça super marrant de voir les insectes se cogner et se faire griller. Et puis il y a le bruit que cela fait et qui grésille encore à mes oreilles. Il y a les cigarettes que fument mes frères et sœurs et les amis de mes parents. Il y a l’odeur des petits cigares de mes parents. Il y a le chat qu’il faut garder enfermé dans la chambre de mon frère pendant les premières vingt-quatre heures. Il y a les Vogues Menthol d’Arlette qu’elle me fait crapoter en cachette, quand je vais lui rendre visite le soir dans sa chambre. Il y a les ballades que je fais avec elle au lever du soleil sur la plage. Il y a les parties de Tarot auxquelles se livrent mes frères et sœurs sur la Terrasse qui surplombe la mer quand mes parents sont partis se coucher. Il y a les étoiles de mer que mon père rapporte quand il va nager dans les rochers. Il y a le poisson et les langoustes que nous ramène Orlando. Il y a Orlando qui ressemble un peu au Capitaine Haddock, mais en plus rigolo. Il y a la pétrolette pétaradante et bleue d’Orlando qui est souvent garé près de la petite grille du Parc, celle qui donne directement sur le ponton et le petit port. Il y a le ponton d’Orlando sur lequel il y a marqué : Interdit. Propriété Privé. Mais sur lequel je m’aventure quand je veux puisqu’il m’y a autorisé. Il y a la cahute d’Orlando avec des photos jaunies où il y a un jeune homme qui ne lui ressemble plus depuis longtemps. Il ya l’heure de l’Apéro que je ne manque jamais. Orlando boit un Whisky-Perrier et moi un Whisky-Perrier-sans-Whisky. Il y a les bateaux d’Orlando, dont l’un des deux s’appelle Gertrude, comme sa fille. Il y a les Canadairs que l’on voit de temps à autre prendre de l’eau depuis la Terrasse qui surplombe la mer. Il y a le rire de mon père quand il m’entend rigoler parce qu’il me fait rire à chanter Voulez-vous Danser Grand Mère ? tout en m’apprenant à nager.
Vous arrivez un peu mieux à vous faire une idée ?
00:47 Publié dans En errance..., Pour le plaisir... | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
11 mai 2006
Sinistrissime
Sinistrissime.
Tel est mon état d’esprit à l’heure où je commence à écrire cette note. Je sais dis comme ça ce n’est pas très engageant, mais, rassure-toi, lecteur qui n’a pas encore fui vers des cieux plus cléments et sympathiques, ça l’est encore moins vue d’ici...
J’aurais aimé être capable aujourd’hui de plonger dans mes souvenirs, d’en tirer une anecdote amusante, qui, avec un petit travail de mise en scène et d’habillage m’aurait servi de fil conducteur à un papier, un tant soit peu plus construit que celui-ci, mais non. Ça ne veut pas.
Et quand ça ne veut pas — je veux dire chez moi, parce que chez les autres, là tout de suite, je m’en fous un peu — bah y’a pas grand-chose à faire... Comme par ailleurs, dans ma petite vie à moi, bien réelle celle-là, c’est pas non plus la joie, autant te dire, mon cher lecteur attentif et assidu, que bon en tout cas pour aujourd’hui, va pas y avoir grand chose à tirer de moi...
Oh, je sais tu te dis sûrement que j’exagère un peu, qu’il ne me serait pas si difficile que ça de me forcer la main, de partir, je ne sais pas moi, d’un truc un peu bateau, en tout cas comme point de départ, et, à partir de là, de broder quelques paragraphes truffés d’ironie légère, et hop, le tour serait joué. J’aurais ma note à poster, et mes lecteurs n’y verraient que du feu.
Ce en quoi tu n’as pas tort et pour plusieurs raisons.
En effet, si vraiment je m’y mettais — étant donné que je ne suis pas totalement un bras cassé — je suis quasiment certain que j’arriverais à pondre quelque chose, sinon de bien, en tout cas d’assez efficace pour faire illusion jusqu’à mes propres yeux — il est vrai très souvent attendris par mon propre travail. D’autre part, cela ne t’obligerait pas, cher lecteur attentif et assidu de mon cœur, à devoir supporter cette errance littéraire aux accents dépressifs, même pas vraiment sincère, à peine peut-être touchante de par sa maladresse, mais surtout engoncée dans sa propre matière, à savoir le néant — ou tout comme — dans lequel son auteur se débat...
Bon tout ceci n’est, certes, guère très engageant, mais encore une fois, cher lecteur attentif et assidu
— Comment t’expliquer cela ? —
Si tu te fais chier à lire cette note déplorable, rien ne t’empêche à aller voir ailleurs si la ligne bleue des Vosges n’y est pas plus resplendissante qu’ici !!!
Quant à toi, lecteur attentif et assidu qui n’est pas encore dépité et totalement accablé d’hébétude navrée de lire ces quelques lignes insipides que, moi-même-personnellement-je, ne relirais d’ici quelques jours (ou heures, c’est selon) qu’avec un vague sentiment mêlé de dégoût nauséeux et de lassitude affligé, je ne peux rien pour toi. Désolé.
Si tu es masochiste au point de t’infliger cela jusqu’au bout, et bien tant mieux pour toi, mon gars, prends ton pied !!! Mais faudra pas venir faire des réclamations après.
C’est pas un Service Après Vente, Ici !
Tiens-le toi pour dit, lecteur attentif et assidu de mon cœur que j’adore...
En fait je t’aime bien lecteur, c’est pas ça le problème, c’est simplement qu’aujourd’hui, c’est moi que j’aime pas...
Si encore j’avais la force nécessaire pour vous parler de moi, d’essayer d’élaborer sous vos yeux la nature des sentiments anxiogènes qui m’assaillent, de détailler — ne serait-ce que ça ! — mes activités de la journée en essayant d’y repérer à quels moments j’ai pu sombrer dans cette humeur sombre, ou bien si je me lançais, dans un petit récit biographique, même tendancieux, visant à t’expliquer l’étendu de mon malheur...
Mais non, même pas ça.
Je ne m’offrirais pas — en tout cas aujourd’hui — ce luxe-là.
Faut croire que je suis avare.
Il y a des jours comme ça.
J’avais bien des idées sous la main, c’est pas ça.
Tu vois lecteur aujourd’hui je suis un cas pathologique, y’a vraiment plus rien à tirer de moi...
J’aurais pu vous raconter, comme je projette de le faire dans les jours à venir, certaines de mes aventures. J’aurais pu vous narrer par le menu, mes escapades nocturnes dans d’incertains rades de certaines villes de province. J’aurais pu essayer de mettre des mots sur l’impression que m’a faite telle ou telle ville, tel ou tel pays, telle ou telle île. Mais en cette fin d’après-midi ensoleillée, où je suis resté chez moi à contempler, de plus en plus anxieux, un certain sentiment dépressif s’installer chez moi (pour les cancres au fond de la salle, c’est une image, y’a pas vraiment quelqu'un qui se fait appeler « sentiment dépressif » qui est venu emménager chez moi... Je suis juste un peu névrosé, j’ai encore une petite marge de manœuvre, s’il vous plaît !!!) et, du coup, il n’y a plus de visibilité.
Mon île est inaccessible aujourd’hui. Trop de brouillard.
La mer est calme, ça c’est sûr — trop calme même auraient la tentation, à raison, de dire certains —, mais comme j’y vois rien je ne peux rien raconter de plus que le brouillard qui m’entoure.
Si.
Je vais vous raconter un truc.
Et je vous jure que c’était pas prémédité.
Ce n’était pas un effet d’annonce, c’est simplement le brouillard qu’y m’y fait penser.
J’étais en Corse, cela se passe, il y a environ trois ans. Je rentrais d’une soirée un peu arrosée, il devait être aux alentours de deux heures du matin.
Le village que je quittais est situé dans une vallée enclavée, et moi j’étais logé à Calvi, à seulement trente kilomètres à vol d’oiseau, mais à bien trois quarts d’heures de route. Le village est environ à 800 mètres d’altitude, mais pour sortir de la vallée, il faut remonter au col, situé, lui, à 1100 mètres. Ce n’est pas forcément très compliqué, quoiqu’il faille tout de même avoir une voiture un peu puissante. Je dis ça en passant, parce que j’avais une Peugeot de location, toute neuve mais pas hyper pêchu, et la première fois que je suis monté au village, j’étais avec deux copines, et juste à trois, même en seconde, on avait eu un peu de mal sur la fin de la montée.
Mais bon ce soir-là j’étais tout seul à rentrer. Une des filles était restée à Calvi, et l’autre avait décidé de rester dans le village avec son amoureux pour la nuit. J’avais un petit peu bu, mais bon rien de trop grave, j’avais déjà fait le trajet plusieurs fois, et qui plus est, quand j’ai un peu bu, je le sais et donc je deviens hyper vigilant. Par peur du gendarme un peu, mais surtout par peur de moi.
Je connais les effets de l’alcool au volant, euphorie, perte de vigilance, restriction du champ visuel, augmentation des temps de réactions, risque d’assoupissement. À vrai dire c’était cela que je redoutais le plus pour le trajet du retour, parce que j’étais un peu fatigué, j’avais dû aller à nager dans la journée ou un truc de ce genre-là. Je savais que la route n’était pas très fréquentée, et le problème n’était donc pas tellement de croiser quelqu’un mais bien plutôt de rester éveillé et alerte au moins le temps nécessaire pour ne pas finir enclavé, démembré et rôti dans une œuvre d’art contemporain, au fin fond d’un des nombreux ravins que la route du retour longeait.
Pour éviter cela, donc, je mis en places mes petites tactiques.
Tout d’abord avant de partir je m’enfilai environ le tiers d’une bouteille d’eau, qui à tout de même pour effet de te faire un peu désaouler, puis, je mis pour la première partie du trajet un disque de Nat King Cole, et dès que je commençai à m’éloigner un peu des habitations, je me mis à chanter en duo avec lui...
Qui plus est, c’est pas très compliqué de rester éveillé quand vous roulez de nuit sur une route de montagne, il suffit de penser à chaque virage à passer des pleins phares en feux de croisements, voire même à klaxonner pour les virages les plus serrés, ça a l’avantage de vous faire faire une activité et de vous réveiller les tympans, et comme sur une route de montagne en Corse, c’est pas les virages qui manquent, c’est toujours ça de gagné...
Arrivé aux premiers lacets pour monter au col, sachant, qu’il me faut redoubler de vigilance, j’ouvre en grand la fenêtre conducteur, me prenant en pleine figure l’air frais, vif et piquant d’une nuit d’altitude méditerranéenne, et, coinçant ma cigarette entre l’index et le majeur de ma main droite qui ne quittera le levier de vitesse que pour venir me ravitailler en goudron et nicotine, la main gauche grandement occupée à tenir le volant et a actionner le changement de feux dont je m’étais fait une règle d’abuser, je m’élance sur le bitume, plus guilleret, vigilant et frigorifié que jamais...
La montée se déroule sans aucun souci, il n’y a évidemment personne à cette heure-ci, et je m’amuse comme un petit fou à prendre cette succession de virages en épingles à cheveux, me félicitant tout seul de la manière, oh combien parfaite et grandiose et merveilleuse, avec laquelle je négocie toutes ces difficultés.
Toutefois, arrivé aux deux tiers de la montée, un sentiment étrange pointe le bout de son nez, car, malgré mes éructations vociférantes, la douce voix chaleureuse et veloutée du grand Nat, ses orchestrations brillantes et étincelantes, les rugissements du moteur et le sifflement des valves d’aération, il me semble entendre comme un bruit venant de l’extérieur de l’habitacle, qui a tout l’air de ressembler à du vent.
Je ralentis donc un peu, de peur de me faire surprendre par la vitesse et de me faire déporté, mais, je me rends compte rapidement que ces précautions sont inutiles, car, même si le bruit que j’entends semble bien être celui du vent, là où je suis il n’y a absolument aucune manifestation physique de celui-ci. Tout juste, encore très haut au-dessus de ma tête, puis-je apercevoir la course rapide des nuages, qui semblent fuir je ne sais encore quel danger.
La température s’étant considérablement rafraîchie pendant l’ascension du col et je décide donc de fermer la fenêtre conducteur, afin d’éviter de finir totalement congelé avant d’être arrivé à bon port. Autant la montée du col de l’autre versant devient de plus en plus pentue à mesure que l’on s’en approche, autant, du côté que je pratiquais ce soir-là, la montée se finit par un genre de faux plat. Arrivé au niveau de celui-ci, je me félicite d’en avoir quasiment fini avec les lacets, lorsque apparaît, devant mes yeux tout étonnés de le trouver-là, le brouillard.
Je ralentis, bien évidemment, et redouble de vigilance à partir de ce moment-là. Mais pour tout vous dire, et plus spécialement pour tout te dire à toi, lecteur attentif et assidu qui te fade cette anecdote routière un tant soit peu brumeuse depuis le début, plus j’avançais vers le col, plus je commençais à être réellement perplexe et un peu effrayé.
Cela ne ressemblait pas du tout au brouillard que je connaissais jusque-là. C’étaient des langues de brumes qui fonçaient sur moi, obscurcissant la vue très rapidement, puis la libérant tout aussi subitement et, qui plus est, qui secouaient la voiture.
Il me fallut quelques secondes pour comprendre ce qu’il se passait. Il ne s’agissait pas à proprement parler de brouillard, mais beaucoup plus prosaïquement de nuages, qui, poussés par un vent soutenu à cette altitude, franchissaient le col à contresens de celui que j’étais en train d’emprunter...
C’est magnifique et parfaitement effrayant. Je suis tout seul sur cette route de montagne en pleine nuit, Nat King Cole, qui visiblement n’a rien compris à la situation, me susurre doucement à l’oreille un truc à peu près aussi approprié que Night Lights ou Mr. Juke box, tandis que des flopées de nuages déchaînés s’abattent sur moi avec une force et une furie peu commune, laissant comme signature éphémère de leur secouante existence, des traces de givres sur le pare brise de la Peugeot de location. Et plus je m’avance vers le col, plus j’entre dans le flot endiablé et remuant des nuages.
Je suis quasiment arrivé tout en haut, suant à grosses gouttes, plus concentré que jamais, et en même temps terriblement excité par le spectacle qui m’est donné de voir. C’est alors que le plus dingue arrive, Je suis sur l’esplanade du col. Cette esplanade je la connais. À droite, un peu en retrait il y a une auberge — super bonne soit dit en passant — la route tourne doucement vers la gauche, ouvrant un panorama magnifique sur la droite sur toute la Balagne, Par temps clair, il paraît même qu’on peut voir l’Estérel, de l’autre côté de la mer, nous sommes tout de même à 1100 mètres d’altitude.
Mais ce soir-là, outre le fait qu’il fasse nuit, il n’y a rien devant moi.
Rien d’autre que du blanc, dense, épais, enveloppant.
Du blanc qui souffle, qui secoue qui balance.
Du blanc qui m’aveugle, qui m’éblouit, qui m’étourdit.
Je suis seul au milieu de cet océan Blanc, totalement terrorisé, mais pas seulement par la proximité du ravin, non.
C’est tout simplement, comme si tout était en train de s’effacer, de s’inverser.
La nuit devient d’une blancheur et d’une clarté terrifiante.
La lumière sensée me guider m’éblouit et m’aveugle.
Je perds mes repères, je ne sais plus où je suis.
Je peux mourir à cet instant, ça n’a plus d’importance.
Le Monde est Terrible.
Le Monde est Magnifique.
Le Monde est violent.
Le Monde est une Tempête de Blanc...
21:03 Publié dans En errance..., Humeurs fétides | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note
08 mai 2006
Au train où vont les choses... (Terminus)
Un aveu pour commencer. Je ne suis pas puceau.
Bon je sais ce n’est pas très original, mais on fait avec ce que l’on a, et en ce moment, moi — comment vous dire ? — je ne roule pas vraiment sur l’or. Un petit résumé s’impose, en tout cas pour ceux qui n’auraient pas eu le bon goût et l’extrême délicatesse de lire les épisodes précédents...
(Pour ceux qui, tout de même, auraient l’heur de s’amender, on peut les retrouver ici et là.)
Alors voilà, je ne m’étais pas vraiment jamais préparé à me retrouver dans des situations comme celle-ci, mais bon — comme On dit — c’est face à l’adversité que l’on se rend compte si on est un petit vermisseau ou bien un super héros.
Reste encore la possibilité d’être juste un type normal, dealant comme il peut avec les évènements, mais cette possibilité n’étant, statistiquement parlant, qu’extrêmement minoritaire, je préfère ne pas m’étendre dessus, d’autant qu’en plus il y a une force que cette possibilité, ce soit moi, le type normal, et je ne voudrais pas me retrouver avec un lumbago ou un épisode psychotique dissociatif sur les bras...
Un tout petit peu échaudé par les évènements des heures précédentes, donc, je me retrouvais ce soir-là dans un taxi parisien en direction d’une fête où, selon toute vraisemblance, j’allai me retrouver en compagnie de jeunes gens de mon espèce, fortement alcoolisés, en proie à des névroses sexuelles diverses mais s’efforçant — ou pas — de les cacher, avec une forte proportion d’individus féminins — des filles, quoi — dont une partie — difficilement estimable, qui plus est à bord du taxi — de ces susnommées individus féminins serait susceptible de ne pas répondre à mes avances et autres sollicitations par un énorme éclat de rire ou une magistrale paire de gifles, réponses fortement jubilatoires pour un hypothétique auditoire, mais rarement narcissiquement bénéfique pour le récipiendaire... (pour les imbéciles, le récipiendaire désigne la puissance invitante — à passer la nuit chez lui, par exemple)
Le taxi, après m’avoir délesté — lui aussi, c’est une manie ici, ou quoi ? — de quelques poignées d’euros, me déposa devant l’immeuble où se déroulait la petite sauterie. Je n’étais pas officiellement invité, j’avais juste reçu un SMS quelques heures auparavant de la part d’un ami, lui-même ami avec le type qui organisait la soirée, mais pas chez lui, chez son ex-petite amie. Le problème, c’est qu’en me retrouvant devant cet immeuble, je me souvins être déjà venu ici quelques mois auparavant. Alors bon, si le fait de venir à une fête où je ne suis pas invité ne me gêne pas plus que ça — à partir du moment où il s’agit d’une grosse fête, je ne suis quand même pas si goujat... — cela devient tout de suite plus délicat à envisager lorsque vous vous rendez compte que les gens que vous ne connaissiez pas, en fait, vous les connaissez…
Mais bon toutes réflexions faites, je me dis qu’il était beaucoup trop tard pour changer d’avis, que de toutes façons le taxi était déjà reparti, et que bon, tant que j’y étais...
Je demanderais au lecteur attentif que tu es de ne pas trop s’appesantir sur le peu de fondement des réflexions précédemment exprimées, ce serait très gentil de ta part, lecteur attentif, d’autant plus que je suis assez grand pour savoir quand je raconte n’importe quoi ! Non mais quand même ! Je vais pas me laisser marcher sur les pieds, hein !
Je franchis donc la porte d’entrée de l’immeuble, et là s’ensuit un dialogue navrant avec un jeune couple passablement éméché que je ne connaissais pas.
Elle : Salut !
Moi : Salut.
Elle : Tu vas à la fête ?
Moi : Bah, euh… Oui.
Elle : Hahahah...
Lui : C’est cool, nous on s’en va.
Moi : Ah bon, bah… euh très bien.
Elle : Hein ?
Moi : Euh...... enfin, je veux dire … bonne soirée...
Elle : Ouais c’est ça bonne soirée...
Moi : bon bah, au revoir.
Lui : Salut, mec. C’est au troisième.
Moi : Oui, oui, je sais déjà...
J’arrive donc dans la soirée, rien d’exceptionnel à vrai dire, c’est tout à fait comme je me le suis imaginé. Je dis bonjour rapidement aux deux ou trois personnes que je ne connais pas stockés contre la porte d’entrée, puis, sans demander mon chemin, me faufile jusqu’à une des chambres pour y déposer mon manteau.
Dans le couloir enfumé s’entassait déjà quatre ou cinq couples potentiels occupés à de diverses activités passionnantes aux nombres desquels on peut distinguer — au choix — l’entremêlement de langues, la comparaison de ses cursus universitaires, l’énumération des derniers films/disques/livres consommés avec en option avis-qui-porte-à-controverse pour alimenter la conversation et tenir son auditeur éveillé, ainsi que la désormais très rituelle question « Mais au fait tu connais qui, ici ? ».
Une fois traversé cette faune caractéristique des couloirs de soirées parisienne, je me dirige vers le bar dans l’espoir de m’y servir un verre d’alcool encore buvable. Peine perdue, car à cette heure déjà avancée, tous les alcools dignes de ce nom ont déjà été liquidé par la faune assez nombreuse — je dois le dire, et en incise s’il vous plait ! — et il ne reste plus qu’une espèce d’amas informe, composé de cadavres de bouteilles diverses, d’amas plus ou moins instable de gobelets reconvertis pour la plupart en cendrier de fortune, ainsi qu’un nombre indéterminé de vins rouges imbuvables, de vodkas bon marché, de sodas éventés et de jus de fruits frelatés... Mais bon, je ne suis pas bégueule, et de toute façon je suis trop énervé pour m’arrêter à de telles considérations. Je me sers une Vodka-quelque-chose, m’allume une je-ne-sais-combientième cigarette de la journée et me dirige vers un petit groupe de gens que j’ai l’heur de fréquenter.
Nous devisons assez passablement, et je m’efforce surtout de ne rien raconter de mes aventures des heures précédentes, trop jaloux de mon énervement. Je savais déjà, que si je me déchargeai sur mes amis de ma colère, il ne m’en resterait à coup sûr pas assez pour me comporter en mauvais garçon, et comme c’était un petit peu plus que beaucoup l’objectif de la soirée...
Tout en faisant semblant de passer une bonne soirée, j’inspecte donc la pièce où nous sommes, non pas tant pour me faire une idée de la décoration dont je n’ai, à cet instant, absolument rien à carrer, mais bien plutôt pour y repérer celles qui seraient susceptibles de faire les frais de mes assauts. Après cette phase indéterminée de matage camouflée et après m’être fait délesté de quelques cigarettes supplémentaires, je me rends compte qu’une amie à moi est déjà en train de danser, et elle-même étant entourée de jeunes filles accortes, je me dirige vers elle, non pas tant pour la saluer — ce que je fis tout de même, parce que bon vous savez ce que c’est... — que pour me faire reconnaître comme un-ami-de-ma-copine par les donzelles susmentionnées. C’est un truc incroyable, ça, de se faire introduire par quelqu’un auprès d’un groupe de gens. Ça facilite les rapports immédiatement. Et non je ne parle pas de gel lubrifiant ou de GHB.
Je me laisse donc bercer par la musique au point de me déhancher en rythme et — dois-je l’avouer ? — d’y trouver un plaisir assez grand et grisant. Oui j’aime me retrouver ainsi en train de danser entouré de jolies minettes, sans que pour autant, ayant été introduit ou tout comme, je ne leur fasse l’effet d’un infâme monstre lubrique et concupiscent qu’en réalité je suis.
Après quelques minutes de ce régime, je remarque plus particulièrement l’une d’entre elles, qui a eu le malheur de me lancer plusieurs regards insistants.
C’est souvent comme ça en fait. Je suis vachement feignant, je ne drague que si je sens qu’il y a déjà de l’intérêt pour moi.
On ne se refait pas.
Et en tout cas pas à deux heures et demie du matin, avec un peu plus d’un gramme d’alcool dans le sang, et avec comme seul objectif de me taper une minette, n’importe laquelle à vrai dire, juste pour me décharger de l’agressivité accumulée tout au long de la journée.
À y réfléchir cela fait peut-être plus longtemps qu’elle s’était accumulée, l’agressivité.
Mais bon, à ce moment précis je réfléchis pas, j’entreprends.
Et pour tout dire c’est assez facile. La jeune fille à un appareil photo entre les mains, et il me suffit de lui faire un doux-sourire-charmeur pour l’intéresser. Elle me prend en photo, puis veut que je pose en compagnie de son amie. Nous rigolons bêtement. Un peu plus tard dans la soirée, je la retrouve accoudée à une bibliothèque sans son appareil photo. Je me propose de lui servir un verre, elle accepte, et me voilà quelques minutes après en train de discuter avec elle. Rien de très palpitant à vrai dire mais peu importe, l’objectif n’est pas là, elle m’a déjà remarqué, l’important maintenant c’est d’occuper le terrain, de me rendre accessible... ce genre de connerie-là.
C’est drôle d’un coup, je me rappelle qu’elle me fait penser à C. Comme elle, c’est une fille plutôt grande, un mètre soixante-quinze au bas mot, avec des épaules solides, très fine, un peu dégingandée, et qui a tendance à cacher son manque de confiance en elle en affectant une audace caractérisée...
Nous finissons ce bout de conversation. Le plus important est fait. Je sais qu’elle m’a remarqué, j’ai vu comme elle m’a regardé, comme elle a épié mes réactions, comme elle a rendu sourire pour sourire, œillade pour œillade. Je l’ai troublé et il ne reste plus qu’à attendre le bon moment pour l’attaquer.
Ce n’est pas que je la prends pour une fille facile, c’est simplement, qu’à ce moment-là je sais que ce sera facile avec moi. Aucune importance pour moi de savoir si elle me plait ou pas, si elle me trouble ou non ; elle ne me fait pas fuir, je suis dans une colère noire, je la veux pour toutes les mauvaises raisons qui font qu’un garçon à envie de coucher avec une fille, et c’est tout ce qui peut compter pour moi.
C’est sur la piste de danse que je l’embrasse pour la première fois. Il faut dire que sans me vanter outre mesure je me démerde pas mal quand je danse. Non que je sois un bon danseur, ce n’est pas du tout ça qui peut compter quand tu es dans une soirée, c’est plus prosaïquement que je suis sensuellement présent. Et, au final, c’est ça qui compte. Je veux dire quand tu danses. Et que tu dragues. Surtout à trois du mat’. En plus c’est bien d’embrasser une fille et de danser en même temps. J’veux dire ça permet de palper plein de trucs que tu oserais pas palper si tu bougeais pas. C’est le mouvement, ça aide c’est sûr.
Alors bon voilà, c’est lancé, on s’embrasse, on se palpe, on se matte, on rigole, on se tripote, on s’explore, on se déhanche. L’alcool aidant, le désir monte très vite, et, en moins de temps qu’on aurait pu l’imaginer — mais quand même un tout petit peu plus qu’il ne faut pour lire cette phrase — nous nous retrouvons allongé dans une chambre, isolés des autres participants de la soirée, en train de se découvrir plein de points communs, mais également en train de faire semblant de découvrir à quels points c’est différent, une fille d’un garçon.
C’est alors que les choses commencent à se compliquer. Nous sommes tous les deux un peu ivres, nous avons tous les deux très envie l’un de l’autre, comme en atteste la présence simultanée d’un de mes doigts sur son clitoris et de plusieurs des siens sur mon sexe, mais, à tout bien considérer, nous ne sommes pas dans les meilleures conditions du monde pour livrer nos corps en pâture l’un à l’autre. Nous ne sommes, ni l’un ni l’autre, chez nous dans cette chambre, qui plus est mal isolée acoustiquement parlant, mais qui a surtout la désastreuse particularité de ne comporter aucun verrou d’aucune sorte.
La logique voudrait dans une telle situation que nous partions le plus vite possible de cette soirée, pour rejoindre un endroit un tant soit peu plus propice à la copulation defoulatoire à laquelle nous étions près à nous livrer, et c’est ce que je lui proposai, quand dans un sourire à demi elle me susurra que c’était justement ça qui l’intéressait. Elle n’en a rien à foutre de la logique. Elle veut que je la prenne là, dans cette chambre, au milieu de cette fête, à quelques centimètres de tous ces gens qui dansent et boivent et ne se doutent de rien...
Je ne suis pas puceau, mais tout de même.
J’essaye de négocier, mais rien n’y fait, c’est ce qu’elle veut, elle n’en démord pas tout en palpant mon sexe à travers mon jean.
Alors bon, la stimulation aidant, je me fais à cette idée, et essaye de trouver une autre idée pour bloquer la porte, car même si à ce moment je suis prêt à baiser cette fille dans cette chambre inconnue, l’idée que n’importe qui puisse entrer dans cette pièce pendant que nous niquons à qui mieux mieux, ne m’excite pas plus que cela. Qu’est ce que vous voulez, on ne se refait pas !
Je regarde, mais ne trouve rien d’assez lourd pour dissuader qui que ce soit d’un tant soit peu déterminé d’ouvrir cette foutue porte de merde. Je m’apprête à essayer de bouger une étagère lorsque elle me demande ce que je fais.
Je lui explique du mieux que je peux, et elle ne trouve rien d’autre à me répondre qu’à se lever du matelas, à s’approcher de la porte, à s’adosser à celle-ci, à m’attirer tout contre elle, à saisir mes fesses à pleines mains, à écarter légèrement les cuisses de manière à ce que malgré l’étoffe de mon jean et du sien réuni nos sexes se retrouvent en étroite concomitance, et à m’expliquer que comme cela, nous ne serions pas dérangés.
Moi qui était venu à cette fête dans l’idée de me comporter comme un mauvais garçon...
Mais un autre problème se posa. Nous n’étions en possession ni l’un ni l’autre de capote, accessoire tout de même indispensable pour cet exercice de coup d’un soir réduit à sa plus simple expression. Je savais que j’en avais dans mon portefeuille qui avait eu la mauvaise idée de rester dans mon blouson, lui-même resté — le petit con ! — dans l’autre chambre...
Je me mets en quête de l’accessoire manquant, laissant l’objet de mon désir seul pour quelques instants, avec la ferme et très lubrique intention de rejoindre aussi vite que possible la minette qui mouillait pour moi.
Je dis ça, ne voyez rien de dégradant pour cette jeune fille dans mon vocabulaire, c’est seulement qu’à ce moment-là c’était tout simplement un fait constable et constaté. Quant à moi, l’expression « bandant comme un âne damné » se prête assez bien à décrire l’état dans lequel je me retrouvai à fouiner dans la chambre d’à côté...
Une fois en possession de mon blouson, et masquant comme je peux l’extrême excitation dans laquelle je suis, je reviens dans la chambre, où contre toute attente je retrouve ma camarade de jeux exploratoires en grande discussion avec son amie... Je pose le blouson sur le matelas, décide de les laisser discuter un moment, avant de poser un regard insistant sur ma proie, histoire de lui faire comprendre que si elle pouvait se débarrasser rapidement de la copine, ce ne serait pas pour me déranger.
Mais bon vous savez ce que c’est, quand une journée est pourrie, il faut la boire jusqu’à la lie.
Je fume une ou deux cigarettes en compagnie d’une parfaite inconnue qui me raconte à quel point elle aime ce que je fais, puis lorsque l’occasion se présente, c’est-à-dire lorsque enfin, je vois l’amie ressortir de la chambre, je me précipite pour m’introduire dans celle-ci — pas dans l’amie, bande d’obsédés, dans la chambre !.
Là, malgré toutes mes tentatives pour enflammer à nouveau son désir, il faut bien me résoudre, assez rapidement d’ailleurs, à cette idée, elle a changé d’avis. Elle ne veut plus. Elle est encore charmé par mes baisers, mais, comment dire ?, ce n’est plus ça. Ça ne fonctionne pas. La machine s’est arrêtée.
J’essaye de parlementer, d’expliquer que si elle veut on peut aller chez moi, de lui dire que moi-même, au départ je n’étais pas très chaud pour la prendre à la hussarde, comme ça, contre la porte de la chambre, et qu’à tout prendre, je préfère encore la prendre chez moi, dans mon petit nid douillet, sans la présence de quelques dizaines de jeunes gens avinés à proximité, mais confusément je sens que je commence à perdre mon temps. Elle fait mine d’accepter ma proposition, et nous nous filons rencard quelques minutes plus tard devant la porte d’entrée, le temps pour elle de retrouver ses affaires et de dire au revoir à quelques personnes.
Au bout de dix minutes à subir les propos inconséquents des cerbères auto désignés qui squattaient devant la porte d’entrée,
C’est cool comme soirée. Tu connais qui toi ? ah ouais ? et sinon tu fais quoi ? T’as pas une clope ? et sinon à part ça tu t’appelle comment déjà ? ......
je me dis qu’à tout prendre, il serait peut-être encore mieux d’aller la chercher, avant qu’elle ne change encore une fois d’avis.
Je la retrouve en grande discussion avec son amie. Je commence à perdre mes moyens, car je comprends que rien n’y fera, elle ne passera pas la nuit chez moi.
Elle viens me voir une seconde pour m’expliquer de vive voix ce que j’avais déjà compris.
La suite se passe de commentaire.
Défait, j’erre encore quelques dizaines de minutes dans la soirée, telle une outre remplie d’amertume et de dégoût jusqu’à la gueule.
J’écluse encore une ou deux Vodkas-machins, suis à deux doigts de me foutre sur la gueule avec un type encore plus saoul que moi, avant de me décider à partir.
Je rentre chez moi.
L’appartement est dans un relatif bordel, eu égard au fait que ma valise est défaite, que le linge sèche et que le courrier est étalé un peu partout.
Je ne pense rien, je me sens vide, je me sens vieux. Je m’en veux de m’être laissé aller à espérer quoi que ce soit. Je me déshabille, mais cela ne change rien car de toute façon cela fait longtemps que je suis nu. Je me lave les dents, me nettoie le visage, pour essayer d’effacer cet air d’incrédulité et d’abattement qui y règne.
Je me couche. Je ne suis plus saoul. À peine triste. Je ne souffre pas. Je suis comme anesthésié. Anéanti. Peut-être je pleure un peu. Non. Même pas ça. J’essaye de m’endormir. Je n’y arrive pas. Je me branle. C’est douloureux, mais cela fait du bien. Je jouis. Sans joie. Sans plaisir.
Tout est fini.
Demain sera un autre jour — C’est ce que je me surprends à me dire.
Je suis seul. Dans à peine plus de vingt-quatre heures, je repars faire le clown à Brest.
Tout cela n’aura pas existé.
02:28 Publié dans D'un verre à l'autre, En errance... | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
03 mai 2006
Au train où vont les choses... (le retour)
Tout d’abord il faut vous dire un truc. Il ne faut pas croire ce que dit homme.masqué et femme.voilée.
Je ne suis pas alcoolique.
Non.
Enfin je crois, je ne suis pas si sûr que ça, mais bon, normalement je ne le suis pas...
La preuve ?
Je me souviens parfaitement bien la dernière fois que j’ai picolé.
Quand ?
Bah… Samedi, je crois… Non. Vendredi ! Samedi, j’avais trop la gueule de bois pour aller boire à nouveau. Enfin, je sais plus bien, mais en général je me souviens très bien !!! Alors faut pas me chercher sur ce terrain-là, parce que sinon... Sinon quoi, d’ailleurs ? — je sais plus bien...
Bon tout ça pour en revenir à cette fameuse journée...
Je revenais de Bourges, et je devais repartir deux jours plus tard à Brest.
Alors autant vous dire qu’après la matinée que je m’étais tapée dans le train, je n'étais pas dans une humeur des plus flamboyantes pour affronter les corvées du passage obligé à Paris.
Mon Père nous attendait sur le quai de la gare, ma mère et moi. Il portait un manteau de fourrure et un chapska... J’ai eu l’impression pendant quelques secondes que nous venions d’arriver à Moscou. Mais non, nous étions bien à Paris. Ma mère et moi nous n’avions pas trop froid, surtout comparé à Bourges, mais lui, il avait décidé qu’il faisait au moins -20°, que la Moskova était gelée, et qu’en tant qu’apparatchik bon mari et bon père de famille, il était de son devoir de braver l’hiver sibérien pour aller chercher son fidèle cheptel de retour de villégiature...
Je vous jure, je ne mens pas, il ne manquait que deux ou trois officiers de sécurité armés de Kalashnikov et le tableau aurait été complet.
Après quelques formalités,
Non, papa, tout va bien. Oui, je peux rentrer tout seul, ce n’est pas la peine que tu me ramènes. Non c’est très gentil, mais je n’ai pas très faim. Si si, je t’assure c’est direct en métro, ne t’inquiète pas pour moi. Mais non ma valise n’est pas trop lourde, je me débrouillerai très bien avec. Merci beaucoup, oui, oui, à bientôt...
J’arrive à me débarrasser d’eux. Je rentre chez moi et me livre aux corvées habituelles suivant mon retour à Paris, et mon prochain départ, à savoir :
— dans l’ordre ou dans le désordre, là tout de suite je ne sais plus très bien —
Monter cette putain de valise qui quand même pèse son poids, chercher mes clés, rangées précautionneusement quelques jours avant dans un endroit bien caché pour ne pas les perdre à Bourges, les trouver au prix d’une lutte acharnée et — dois-je le dire ? — d’un certain foutoir sur mon palier, ouvrir ma porte, ramasser le courrier entassé derrière celle-ci, défaire ma valise, lancer une lessive, arroser les plantes, purger ce putain-de-sa-mère-de-radiateur, vérifier mes e-mails, ouvrir mon courrier, lancer une seconde machine, écouter deux ou trois vieux cd, trier mon courrier, descendre au lavomatique mettre le linge propre-mais-mouillé au sèche linge parce qu’à cause de cette saloperie de radiateur ça n’aurait pas le temps de sécher, remonter les étages avec le linge une fois séché, appeler deux ou trois amis pour voir ce que je fais de ma soirée, mettre à charger mon portable et synchroniser les données, uploader mes photos sur mon ordinateur, descendre les poubelles, remonter en se maudissant d'avoir fait ça maintenant parce bon c'était pas le plus urgent, répondre à mon courrier, qui consiste — comme chacun le sait — à 30% de factures, 69,5% de prospectus divers et variés, et 0,5% de lettres un peu personnelles et intéressantes, chercher des infos sur le net sur ma prochaine destination, me perdre en route sur des sites vachement-trop-top-super-intéressant-que-je-sais-même-plus ce-que-c'était, chercher désespérément un sens à mon existence l'espace d'une bonne minute et demi, commencer un énième bouquin que je n'ai sûrement pas encore fini, me désespérer sur le vide abyssale de mon réfrigérateur et de mon congélateur, être très étonné que A. m'appelle, avant de me rappeler que je lui avait laissé un message un peu plus tôt dans l'après-midi...
Une fois tous ces petits rituels terminés j'étais épuisé, lessivé, affamé, et pour tout dire un peu assoiffé...
Rencard était pris avec A. pour aller dîner au Café d'en Bas.
Une fois arrivé là-bas, nous devisons gentiment de choses et d'autres, autour d'un désormais rituel couscous-brochettes-avec-une-paire-de-merguez-en-plus pour moi et d'un plus occasionnel coucous-poulet pour lui, arrosés d'une bouteille de gris, puis, un petit peu plus tard de quelques Mojitos (soit-dit en passant, ils les font vachement bien les Mojitos, au Café d'en Bas).
J'aime bien dîner avec A. Nous étions à l'école ensemble, et c'est drôle parce que nous pouvons très bien ne pas nous voir pendant vraiment longtemps, lorsque nous nous retrouvons c'est un comme si tout ce temps ne s'était pas écouler, nous reprenons nos discussions au point même où elles s'étaient arrêter. C'est quand même pas mal, l'amitié.
Je lui racontais très certainement les derniers développements de mes déboires sentimentalo-sexuelles, lorsque je remarquai incidemment, la présence à une table voisine de la notre, d'une charmante jeune fille.
Elle me regardait, je lui souris, elle me sourit en retour.
Bon jusqu'ici tout allait bien, nous passions somme toute une très bonne soirée, généreusement arrosée, et une très belle jeune fille, qui plus est seule à sa table, sans pour autant avoir l'air désespérée ou désemparée, me souriait.
Je continuai à discuter avec A. tout en restant vigilant à la donzelle, et ainsi, de loin en loin, nous commencions tout doucement à flirter légèrement, elle me souriant de manière angélique, à peine troublée de son audace, moi lui souriant de mon air le plus charmeur que je me connaisse et assumant totalement les miennes (d'audaces pour les cancres au fond de la classe, et je sais qu'il y en a, ne me la faites pas!!).
Son verre était vide et, entre deux sourires adressés à mon heureuse personne d'être ainsi distingué, elle essayait de héler F., serveur, patron, fêtard infatigable et garant de la douceur de vivre qui règne au Café d'en Bas. F. et moi partageons le même goût pour les rencontres, la tchatche, les filles, et tout en faisant signe à ma presque désormais fiancée, qu'il arrivait, venait me confier ses sentiments, un tout petit peu plus que concupiscent pour cette jeune fille, tout en me faisant remarquer qu'il avait remarqué nos oeillades...
Il partit en quête de son désir, et revenant vers moi avant d'aller la servir, me confia d'une manière un tout petit peu moins que discrète qu'elle était vraiment jolie. J'en profitais pour lui dire que je l'avais déjà remarqué et que pour la peine, le verre qu'elle avait commandé, il n'était pas question que ce soit quelqu'un d'autre que moi qui le paie. A. se marrait et m'encourageait dans mes velléités de dragueur noctambule.
Son verre arrivant fut l'occasion d'aller trinquer directement avec elle, d'apprendre qu'elle s'appelait Audrey, et de fondre, oui, de fondre littéralement, devant son sourire mutin, ses yeux noisettes rieurs en diable, et ce je-ne-sais-quoi qui, ce soir-là, la rendait si différente de toutes les autres jeunes filles à mes yeux. Je revenais à la table, accueilli par les félicitations et moqueries de A. et de notre voisin de table, qui avait tout suivi.
C'est alors qu'il me sembla que le monde se renversa sur son axe (mais je vous rassure tout de suite ce n'était que la première fois de la soirée que cela se produisit). Un garçon rentra dans le Café d'en Bas, et s'assit en face de la future femme de ma vie, qui, visiblement, ne semblait pas s'en offusquer.
Elle n'était pas seule. Elle était maquée.
L'Univers d'un coup s'écroula sur moi, mais comme je suis tout de même un petit peu orgueilleux, je n'en laissai rien paraître. Pire, voulant jouer les garçons dégagés, je convoquai F. à ma table, pour lui faire constater, à très haute et intelligible voix, que notre nouvelle petite amie potentielle était déjà promise à une autre. Et F. de se lamenter, tout aussi peu discrètement que moi, de cette terrible situation. C'est alors que l'incroyable — que dis-je? l'inconcevable! hé oui, ce soir, cher lecteur j'aime le superlatif! — se produisit. Audrey, ayant entendue nos singeries, nous héla, et nous apprit que le garçon qui venait d'arriver n'était en rien un petit ami, ni actuel, ni futur, mais uniquement un vieux copain...
Cher lecteur, — pour ne pas dire Alméria, parce que bon, en dehors de toi... — mesures-tu à sa véritable valeur ce qu'une telle déclaration, proclamé en public à haute voix, après de telles manoeuvres d'approches, peut bien vouloir signifier?
Bon en même temps si, LÀ, tu trouves pas, j'peux pas grand chose pour toi...
Le monde basculait à nouveau, j'en étais le maître, ré-intronisé et autoproclamé, la soirée s'annonçait faste, chaude et féconde, j'aimais Paris, j'aimais la vie, j'aimais cette fille, et pour un peu j'aurais embrassé sur la bouche, goulûment, et avec la langue qui trifouille à l'intérieur —rien que ça! — toute personne à ma portée.
A. décida de me laisser continuer la soirée sans lui, je n'essayai que pour la forme de l'en dissuader, trop content de me retrouver seul à fomenter mes plans d'attaque de ma nouvelle proie toute auto-désignée.
Pour passer un peu le temps je discutai avec mon voisin de table qui n'avait rien manqué de ce qu'il s'était passé. Au moment propice je m'invitai à sa table en compagnie de mon nouveau camarade, et nous commençâmes à faire plus ample connaissance.
Audrey était jeune, Audrey était belle, Audrey était étudiante en droit, Audrey était lyonnaise, Audrey était sophistiquée, Audrey était séduisante, Audrey était délicieuse, Audrey était facétieuse, Audrey était sans peur, Audrey était sans ostentation, Audrey était ravissante, Audrey était élégante, Audrey était un peu mélancolique, Audrey était toutes mes pensées, Audrey était toutes mes audaces, Audrey était tous mes soupirs...
Alors autant vous dire que comme mon nouveau-camarade-de-beuverie s'occupait à discuter avec le vieux copain de celle que je convoitait, il fallut peu de temps pour, qu'oubliant toute pudeur — si tant est que j'en jamais eu — je n'embrasse la jeune fille en face de moi qui, assez peu surprise, me prodigua en retour des dévotions charmantes à base de lèvres-et-langues-et-mains-et-doigts entremêlés...
Nous nous laissions griser par cette idylle naissante; en découvrant les délices entre deux gorgées d'alcool, bercés que nous étions par la musique et nos tendres sentiments. Le monde était beau, léger, aérien; la vie facile, heureuse, secrète et lumineuse; notre amour insondable, insoupçonné, insoupçonnable...
Mais bon, comme tout ne tourne toujours pas aussi bien, Audrey remarqua que son camarade commençait à faire vraiment la gueule, et que le spectacle de ces jeunes gens échangeant avidement leurs sécrétions buccales ne semblait pas — c'est le moins qu'on puisse dire — le remplir d'allégresse et de joie quant à la condition humaine.
Elle se sépara de moi pour un court moment, discutant en anglais avec son vieux camarade, pour revenir m'expliquer que les choses étaient un petit peu compliquées, avant de repartir discuter, maintenant sur le trottoir du Café d'en Bas, avec le jeune homme quelque peu contrit et courroucé...
Je m'inquiétai alors, auprès de l'autre de ce qu'il pouvait bien se passer.
D'après ce qu'il avait pu comprendre — car il faut dire qu'étant donné son alcoolémie à cette heure avancée, sa compréhension de l'anglais s'en trouvait quelque peu altérée — le jeune homme qui accompagnait Audrey avait été, sinon son amoureux, tout du moins son amant, et bien que ne voulant rien en laisser paraître, il était profondément affecté de la voir se livrer ainsi sous ses yeux...
En clair, il lui faisait — et par là même, me faisait — une bonne vieille crise de jalousie casse-couille. Les deux revinrent à la table, et malgré mes efforts ne pussent s'empêcher de continuer leur conversation engagé sur le trottoir. D'après ce que j'en compris —car Audrey me tenait informé, et que moi même je comprends un petit peu l'anglais — le garçon avait vécue une histoire avec Audrey quelques mois auparavant, et pour autant qu'il m'en était permis de juger il ne s'en était toujours pas remis, et loin de là même, puisqu'il expliquait, entre autre, que s'il mourrait ce-soir, là, renversé par un train, happer par une voiture ou se jettant du haut d'un pont, il ne regretterait rien car lui avait vécu, ayant connu l'amour, le vrai, la passion et l'extase en la personne d'Audrey...
À partir de là — je veux dire avec un putain de boulet suicidaire sur les bras — les choses devinrent encore plus compliqués, et je me préparai à ce que la soirée finissent en queue de poisson, en ratage, en naufrage, ce qu'elle ne tarda pas à faire, malgré mes tentatives désespérées pour essayer de la remettre à flots.
Audrey partit avec son camarade, me laissant sur ma faim, en m'expliquant qu'elle ne pouvait pas le laisser décemment seul dans cet état-là, et me fixant un hypothétique rendez-vous pour le lendemain, que bien entendu, elle s'empressa de ne pas honorer.
J'étais comme qui dirait un tout petit peu dépité, énervé, en colère, GRAVE VÉNÈRRRRE!!!!
Mon état à moi ne méritait-il pas un tout petit peu plus d'attention? Non mais bon Dieu de bordel de merde! J'étais sensé faire quoi, moi? Hein?
Et pour ne pas me laisser abattre, je décidai de rejoindre une fête dont on m'avait filé l'adresse un peu plus tôt dans la soirée, non sans auparavant m'être délesté de quelques dizaines d'euros et m'être fait resservir une (ou deux je ne sais plus) rasades d'alcool fort.
Très en colère, un petit peu saoul, et en même temps totalement dégrisé, je me conditionnai à me comporter comme un mauvais garçon, à choper à tout prix, en clair à niquer coûte que coûte!
Je n'allais tout de même pas me laisser sombrer dans la mélancolie la plus profonde, sous le seul prétexte qu'un connard pseudo-suicidaire avait foutu ma soirée, ma nuit — et peut-être ma vie — en l'air!!!
Quant à Audrey, si elle n'était pas assez lucide pour se rendre compte de la manoeuvre, hé bien tant pis pour sa (belle petite) gueule, elle était jeune après tout je ne lui en voulait pas, mais Putain,
Moi je ne me résoudrais pas à cette fin de soirée misérable!!!....................
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01 mai 2006
Au train où vont les choses
En ce temps-là, je n’étais jamais à Paris.
Ou alors seulement deux trois jours au maximum, juste comme ça pour passer.
D’ailleurs ce jour-là je rentrais de Bourges avec ma mère.
Bourges ?
Comment vous dire ?
Bah il faut croire que les gens attendent le printemps là-bas, tellement il n’y a rien à foutre d’autre dans cette ville.
C’est beau, Bourges, c’est sûr, mais putain qu’est-ce que c’est chiant... Ma mère avait tenu à venir absolument. Je ne pouvais décemment pas l’en empêcher. Alors il a bien fallu rentrer avec elle.
Dans le train qui nous ramenait de Bourges, rien de spécial à signaler, à part une gueule de bois phénoménale, très certainement en rapport à la quantité d’alcool ingérée par ma petite personne dans la nuit précédente...
Ah si, bien sûr, j’allais oublier. Nous rentrions en première ma mère et moi, rapport au fait que d’une part c’était pas moi qui payait mes billets de trains, et que d’autre part ma maman, comment dire, elle est un peu fatiguée — un peu malade, aussi, mais bon ça c’est une autre histoire — et elle ne peut plus marcher qu’avec une canne. Alors bon la première, pour elle aussi, ça semblait s’imposer. Et pour tout vous dire — sans non plus tomber tout de suite dans la catégorie du pacte de vérité —ce n’est pas plein un wagon de première un samedi matin pour rentrer de Bourges. Ma maman elle avait une place réservée mais c’était pas dans le sens de la marche, et comme il y avait un carré de libre elle en a profité, comme ça en plus elle pouvait étendre ses jambes.
C’est long un trajet Bourges – Paris, parce que ce putain de train, il s’arrête dans plein de bleds paumés, et à chaque fois il y a des gens qui montent — quoique moi je les comprends, y’a plus funky que de passer un week-end en plein hiver à Vierzon ou Châteauroux.
Alors je sais plus dans lequel, il y a une bonne femme qui monte, et qui se met à chercher sa place, et il se trouve que c’était celle où était assise ma maman.
La bonne femme vérifie son billet, un peu interloqué, et d’un air assez pincé fait remarquer à ma mère qu’elle s’est assise à sa place. Ma mère gentiment lui répond que c’est vrai — et ça l’était ça c’est sûr — et qu’en même temps le wagon est à moitié désert, et que par conséquent elle peut s’installer un peu ou elle veut.
La bonne femme, Figaro-édition-du-week-end sous le bras, commence à lever les yeux au ciel, lui redit que c’est sa place et qu’elle voudrait bien la récupérer. Au début moi, avec la gueule de bois que j’avais, je ferme ma gueule.
Mais la bonne femme commence à devenir un tout petit trop insistante dans son tailleur bon chic bon genre de chez la Reboute, pour que je la laisse insulter ma mère comme ça sans réagir. Je lui réexplique donc la situation, calmement, le plus courtoisement qu’il m’était donné de faire.
Je lui redis donc que d’une, ma mère est handicapée — et c’est vrai puisqu’elle a une canne, et une putain de carte d’invalidité — que de deux, le wagon est presque désert, et que de trois, ce serait vraiment gentil de sa part — à la pouffiasse de cinquante piges avec du maquillage çà-comme sur sa tronche de bourgeoise ampoulée — de foutre la paix à ma mère deux minutes, de nous lâcher en somme, parce que c’était pas la peine de s’énerver pour si peu, et que s’il elle continuait elle allait vraiment friser la grossièreté.
La grognasse ne veut rien entendre, commence à glousser, à dire que c’est l’hôpital qui se fout de la charité, qu’elle va appeler le contrôleur, qu’elle a rarement croiser des gens aussi grossier, qu’elle est dans son bon droit....
Je parlemente, je lui propose Ma place, en lui expliquant —plus si gentiment que çà, je crois — que là elle risquait pas de se faire emmerder, puisque moi j’étais assis sur la place que j’avais réservé.
La connasse s’excite, me tourne le dos, me dis : « Mais ce n’est pas à vous que je parle, de toute façon vous n’avez rien à voir avec cette histoire, de quoi vous vous mêler ! »
Mais je me mêle de ce que je veux, grosse conne, c’est quand même ma mère que t’insulte là, tu voudrais quand même pas que sous prétexte que t’es dans putain de bon droit misérable et pathétique, je m’écrase devant ta tronche de hibou balladurien!
A partir de là, je ferme ma gueule, me lève, prend mes affaires, la bouscule à moitié, et lui montre ma place libre, et plus du tout gentiment lui réponds : « Bon maintenant ça suffit, vous voulez vous asseoir ? Oui, Bah vous avez une place de libre juste là. Je crois que vous nous avez assez fait chier comme ça. Non ? Moi je vous propose un truc, d’accord ? Vous vous asseyez-là, et vous arrêtez d’emmerder ma mère. Vous voyez ce que c’est ça ? C’est une canne. Ma mère a une canne, elle est handicapé. Alors je vous en prie, arrêter de la faire chier à agiter votre putain de réservation sous ses yeux, ça commence à devenir vraiment dégueulasse, là. »
Bon, comme vous pouvez imaginer, ça n’a pas eu l’effet escompté... Je crois que j’aurais pas été très doué au Quai d’Orsay... juste une idée en passant.
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Il a fallu attendre l’arrivée du contrôleur pour arriver à calmer tout le monde — dont moi le premier, je dois bien le reconnaître. Il écouta patiemment les doléances de la rombière courroucée, et hallucinée de la grossièreté de la bonne femme, ne pu faire autrement que de lui donner raison, non sans avoir auparavant essayé de parlementer. Mais que faire dans ces cas-là ? Quand la connerie est dans son bon droit, quand le règlement ne permet pas de foutre la gourdasse par-dessus bord avec perte et fracas.
Ma mère fut obligée de changer de place.
Bon, au final, ce n’était pas si grave.
En plus maintenant ça lui fait un truc à raconter à ses copines...
À son age, c’est toujours ça de gagner.
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Je romps là pour ce soir le récit de cette journée. Au départ je ne voulais pas parler du tout de ça, mais vous savez ce que c’est, une chose en entraînant une autre, comme souvent...
....... À SUIVRE .............
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03:05 Publié dans En errance... | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
26 avril 2006
Grandeur et décadence
23:35 Publié dans En errance... | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
23 avril 2006
Encore un pour la route...
22:35 Publié dans D'un verre à l'autre, En errance... | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note









