22 juin 2006
Le Doc' du Bistrot d'À Côté...
Vous connaissez peut-être ce proverbe idiot :
« On voit plus de Vieux Ivrognes que de Vieux Médecins »
Mon père, lui-même médecin était l’heureux propriétaire d’un petit panonceau humoristique offert par une de ses amies médecins — par ailleurs très portée sur la boisson, elle... — où était inscrite cette phrase grotesque. Bien évidemment vous vous doutez également que — et en ce qui concerne mon père et en ce qui concerne cette amie — en plus de porter cette marque d’infamie d’avoir passé le plus clair de leur jeunesse à tripoter des macchabées en salle de dissection, ils cumulaient et partageaient une autre tare — bien plus dangereuse et pernicieuse, celle-ci — qui était d’être du côté Casher de la force... — comme quoi, même eux ont été infoutus de faire mentir l’adage selon lequel tous les psychiatres, tous les médecins, et tous les archevêques de Paris feraient partie d’une secte complotant secrètement pour la domination du monde par des moyens détournés...
Je me souviens qu’il avait accroché le panonceau en question dans la cuisine de cette maison de campagne où nous allions souvent pendant mon enfance. Cette phrase me faisait plutôt marrer quand j’étais petit. Je ne la comprenais pas vraiment à vrai dire, mais il y avait quelque chose de très irrévérencieux à l’encontre de mon papa, et cela devait nécessairement être très utile à mon complexe d’Œdipe ou même à sa résolution — si tant est qu’on puisse être totalement débarrassé de l’envie de tuer Papa...
Non je dis cela car, même si l’envie d’emmener ma mère loin du joug paternel afin de lui construire un palais d’or et de lumière où nous vivrons et heureux et d’amour et d’eau fraîche pendant de très longues années m’a un tout petit passé — pour ne pas dire totalement abandonné, parce bon à mon âge, il était tout de même temps de songer à aller fricoter sous d’autres jupes que celles-ci... — je me surprends tout de même de temps à autre à avoir une forte et inextinguible envie d’assassiner le Père...
Non dès fois, je vous jure, il est à tuer ... tuant.
Mais bon, en même temps je n’ai pas du tout l’intention de te parler de lui, mon cher lecteur attentif et assidu, mais plutôt d’une autre personnalité qui combine avantageusement les deux qualificatifs cité plus haut:
Alcoolique et Médecin.
Enfin, médecin, c’est ce qu’il dit, parce que vous comprendrez bien, que personnellement, je ne suis que très peu tenté par tester ces capacités en la matière...
« Le Doc » qu’ils l’appellent au Bistrot d’À Côté. Et c’est un mythe là-bas, y’a pas à dire. Bon, il faut tout de même te dire que le Doc’ en question, la première fois que l’on t’explique qu’il est médecin, tu as vraiment du mal à y croire, tant l’aspect du bonhomme est à peu près tout sauf conforme à l’idée que l’on se fait d’un docteur.
Bon tu me diras — et certes, dans d’autres circonstances, je serais même tenté de te donner raison... — que l’habit ne fait pas l’apparence et qu’il ne faut pas se fier au moine — surtout si tu es un petit garçon pré-pubère... — mais je t’assure que si tu croisais le Doc’ en question — et plus spécialement à dix heures du soir au comptoir du Bistrot d’À Côté — tu en aurais vite fait de conclure que l’épave chevelu et notablement alcoolisé n’est rien d’autres qu’un des nombreux, quoique branlant, piliers que se doit d’arborer tout bistrot parisien sous peine de se faire taxer de concurrence déloyale par toutes les fédérations de toutes les ligues anti-alcooliques de la planète entière.
(si si, je vous assure, si vous relisez attentivement cette phrase trente trente-six fois de suite sans respirer, vous vous rendrez compte qu’elle n’est pas totalement dénuée de sens...)
Le truc, si tu veux, c’est qu’il est psychiatre. Mais que bon, vu son état de délabrement personnel, le seul type de thérapie pour laquelle je puisse lui reconnaître la moindre compétence, c’est la thérapie par comparaison relativiste. En effet, je t’assure qu’avec un psy comme ça, quelle que soit l’étendue ou l’emprise de tes névroses diverses, tu as très vite fait de te dire que, tout comptes faits, tu ne vas pas si mal que ça, et que c’est bien ton médecin et pas toi , qui n’a pas encore le cul sorti des ronces, comme dirait l’autre...
Il faut bien te dire — pour que tu aies l’immense heur et chance de visualiser les choses de manière un tant soit peu plus panoptique — que le Doc’ en question habite et exerce directement en face du Bistrot d’À Côté. Bon en soit ce renseignement ne serait que de peu d’utilité si tu ne te rendais pas compte — à force d’y avoir passer quelques après-midi de désoeuvrement à bouquiner tranquillement — que le Doc’ passe son temps à faire des allers-retours entre son cabinet et le comptoir du Bistrot.
Non je te jure, c’est pas une image, c’est vraiment comme ça que ça se passe.
Entre deux patients, il descend, traverse la rue, s’installe au comptoir, s’enfile deux bières en à peine plus de temps qu’il ne faut au barman pour les tirer du fût, et remonte chez lui pour accueillir sa prochaine victime. Bah oui, « victime », parce que je t’assure que si tu connais un réalisateur qui cherche quelqu’un pour incarner Barbe-Bleue, le doc’, c’est le casting idéal...
En réalité je ne sais pas bien s’il a tant de clients que cela, mais en tout cas il est clair que s’il descend au bistrot au rythme de ses patients, il est loin d’être sur la paille, le Doc’.
Un des trucs dont tu ne peux pas te rendre compte, là où tu es, mon tendre lecteur attentif, c’est sa diction et son timbre de voix. Non, parce que je t’assure ça change tout quand même. Tu sais quand des enfants te posent des questions, un tout petit peu compliqué comme , par exemple, qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire que pochtron — oui, c’est un exemple tiré complètement au hasard, et je vous interdit de douter de mon sens aigue du hasard, s’il vous plaît ! — bah forcément au départ tu es un tout petit peu décontenancé, et puis après avoir essayé de te défiler en expliquant que ç’est à peu près pareil qu’ivrogne, tu en viens à la solution de facilité — qui n’est pas, loin s’en faut, la moins efficace — en lui parlant comme la pire caricature imaginable d’un ivrogne. Et bien crois-moi si tu veux — car si tu ne veux pas, mon loulou, autant te dire que ce n’est peut-être pas la peine que tu t’esquintes les yeux ici plus longtemps... — mais la voix du Doc’ du Bistrot d’À Côté, en comparaison à ton imitation lourdingue, avec voix pâteuse, tête dodelinante qui a un tout petit peu de mal à se soutenir toute seule et phrases abandonnées en pleine mer sans possibilité de secours d’aucune sorte, ça restera toujours quelque chose de l’ordre de l’euphémisme poussé à son point culminant le plus érodé que l’on puisse concevoir.
Évidemment, il va sans dire que le Doc’, après une bonne journée de travail ponctuée de pauses rafraîchissantes, a tout de même un petit peu la sensation d’être totalement déshydraté, et a donc souvent pour habitude de venir au bistrot, histoire de se détendre un tout petit peu autour de quatre ou cinq litres de bière.
D’une nature libidineuse, le Doc’, oubliant qu’il n’a plus tout a fait vingt ans — ni trente, ni même quarante ans d’ailleurs — en vient souvent à faire de charmants compliments —entrecoupés de borborygmes ineptes — à de non moins charmantes jeunes filles, tout en essayant tant bien que mal, de prendre leur pouls à des endroits rarement mentionnés dans les manuels des écoles de médecine, ainsi qu’à prodiguer gratuitement, sans ordonnance ni rendez vous, un dépistage approfondi des cancers des différents seins à sa portée...
Par ailleurs, il ne faudrait pas vous laisser penser — lecteur de mon cœur que je ne voudrais en aucun cas égarer sur une mauvaise piste — que le Doc’ est un type fondamentalement désagréable, non. Il est plutôt gentil, assez perspicace et relativement drôle tant qu’il n’a pas atteint son seuil de résistance à l’alcool. Et totalement inoffensif, une fois celui-ci dépassé...
Qui plus est c’est plutôt un gars serviable, toujours prêt à te rendre service, à donner à qui en a besoin un arrêt de travail ou même une ordonnance. Et quand il est trop bourré crevé pour repasser chez lui chercher son bloc d’ordonnances, il pique un bout de nappe en papier, ou même un post-it et te rédige fissa la liste des médications de ton choix... Et le plus dingue là dedans, c’est que ça marche ! Si tu vas à la pharmacie du coin, avec ton post-it jaune sur lequel est déposé — très approximativement par ailleurs — les hiéroglyphes que le Doc’ y a déposé, la tenancière, peut-être décontenancé au départ, te filera sans aucun soucis les médocs en questions, à partir du moment où tu prononceras le nom du Doc’ le plus alcooliquement délabré de la place de Paris...
Sérieusement, je n’y foutrais même pas un orteil dans son cabinet, et serais bien en mal de recommander, même à mon pire ennemi, d’aller se faire soigner là-bas — Il ne faut tout de même pas déconner trop longtemps, là !
Un jour, à l’heure de l’apéro — c’est-à-dire à un stade de son alcoolémie lui permettant encore tout à fait de suivre une conversation normale, alors que la même dose rendrait n’importe quel éléphant saoul comme le pire des cochons — le Doc’ me parlait des vacations qu’il assurait pour le compte d’une association d’aide et de soutient aux personnes précaires.
« Tu vois là-bas, Y’aaaaa ..... trois consultations ......... Psychopatha... euh.. Psychopathologie .... .... du travail, ............ Psycho.. Ô... thérapie, et ... hum hum ... Alcoologie.... Moi ... euh... je m’occupe que... euh... de deux : ... Psychopatholo .... gie du travail ... ET ... PsychothéÉraApie. »
...
Ce jour-là je crois bien que j’ai dû me mordre la joue quasiment jusqu’au sang pour m’empêcher de lui hurler de rire au nez.
19:45 Publié dans D'un verre à l'autre, Portrait à la va vite. | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : *de tout et de rien*, Le Bistrot d'À Côté, portrait, médecin, psy, psychiatre
16 juin 2006
Mais la télé, elle marche chez toi ? — ou comment notre jeune héros s’est retrouvé en Afrique en allant s’en jeter un au Bistrot d’À Côté...
Depuis vendredi dernier et jusqu’au neuf juillet, c’est la coupe du monde. Du foot en veux-tu en voilà à foison, jusqu’à satiété et même plus si affinités — c’est-à-dire jusqu’à la nausée, l’indigestion ou la régurgitation, c’est selon...
Alors, non — rassurez-vous — je ne m’apprête nullement ici à vous expliquer ni mon amour du football, ni ma profonde aversion pour le ballon rond, pas plus que je ne vous ferais l’historique des résultats de telle ou telle équipe, ou la liste d’activités possible pour échapper à la déferlante du phénomène. Après tout chacun a son avis sur la question et je suis certain que rajouter le mien à cette liste déjà trop longue ne servirait à rien, non.
Quant à vous donner des pronostics ou quoi que ce soit de cet ordre, sachez que, d’une part, il en est absolument hors de question, et d’autre part j’en suis totalement incapable.
Bon par contre — et pour être tout à fait honnête avec toi, mon cher lecteur attentif et assidu que j’ai délaissé pendant quasiment une semaine... — je peux tout de même vous dire que je suis un tout petit peu amateur de foot. Pas des masses non plus, non. Pas le genre à suivre le championnat journée après journée et à angoisser comme un dingue si à l’heure à laquelle commence un match avec son équipe favorite il ne se trouve pas à moins de cinquante mètre d’un écran de télévision, non — je dis ça parce que j’en connais des comme ça, je te jures...
Et donc Vendredi après-midi dernier, après avoir enfin réussi à poster la note précédente, depuis le café Internet, je me suis dit, n’ayant rien d’autre à faire de mieux, que j’avais bien envie de voir le match d’ouverture.
Il faut te dire qu’au Bistro d’À Côté ils ont acheté un écran exprès pour. Alors bon forcément, aller voir le match là-bas, ça semblait être une bonne idée au départ...
Bon lorsque je dis écran, il ne faudrait pas tout de suite vous imaginer un truc fou, hein. Non parce que évidemment, moi aussi, lorsqu’ils ont annoncé qu’ils allaient s’équiper pour la coupe du monde, j’ai tout de suite imaginé — comme tu viens de le faire, je le sais, ne me mens pas, je vois clair dans ton jeu, mon tendre lecteur... — qu’ils allaient investir dans de l’écran plasma haut de gamme, avec un minimum de 109 cm de diagonale au niveau des dimensions, et des enceintes capables de rendre sourd — a minima — tous les habitants de l’arrondissement réunis.
Mais bon, ils ne sont pas comme ça au Bistrot d’À Côté. J’avais oublié.
Mais ça encore c’est pas le plus drôle.
J’arrive là-bas sur les coups de cinq heures et demi, me pose, et commande un Coca Light. L’écran n’est pas encore allumé. Et apparemment il y a quelques problèmes d’ordre technique à régler avant de pouvoir espérer regarder quoique ce soit... Ils sont cinq ou six à s’acharner autour de l’écran, mais, visiblement, ils ne savent pas du tout quoi faire à part constater le fait que cela ne marche pas. Je réussis à poser à l’équipe de techniciens improvisés et incapables quelques questions, et arrive enfin à cerner l’origine du problème. C’est l’antenne. Ou plutôt l’absence de prise d’antenne qui est en cause.
Car, non contents d’avoir acheté un écran à la limite de la légalité douanière en vigueur dans ce pays, mes camarades du Bistrot d’À Côté n’ont pas jugé réellement utile de se préoccuper de savoir comment faire pour qu’il y ait une image à l’intérieur du poste. Mais tout ceci n’aurait que peu d’importance s’ils n’avaient eu la bonne idée de s’en rendre compte une demi-heure seulement avant le match d’ouverture de la Coupe du Monde de Football, raison pour laquelle — je le rappelle pour les cancres — ils s’étaient équipé d’un tel écran.
Ils en étaient à raccourcir la rallonge du câble d’antenne au couteau à steak — je te jures que je n’en rajoute pas — lorsque F., le patron, craignant que l’assemblée ne se décide à changer de crèmerie — étant donné la désormais très faible probabilité de voir la moindre image apparaître sur l’écran de télé avant le retour de la gauche au pouvoir — se décida à prendre la parole et à annoncer l’arrivée imminente du messie en la personne du voisin du dessus qui avait promis qu’il laisserait un libre accès à sa prise d’antenne...
Mais quand mon voisin de tablée — que nous appellerons Gé***, parce que c’est son nom — demande au Patron quand le voisin est sensé arriver, étant donné que le coup d’envoi est tout de même sensé — lui — être donné dans moins d’un quart d’heure, nous commençons à comprendre, Gé*** et moi que nous ne sommes tout de même pas près de voir le moindre ballon se ballader sur l’écran. En effet F. élude la question. Puis demande à quelqu’un d’autre, qui lui même ne sait pas quoi répondre d’autre que de se demander s’il n’est pas déjà là. Bien entendu personne n’a pris la peine de prendre son numéro de téléphone, et, personne ne semble capable de dire si il est présent dans l’immeuble, en train de bosser ou de rentrer du boulot, ou bien même au Caraïbes ou sur la route de Cabourg à bord d’une décapotable rouge accompagné d’une sublime blonde à ses côtés — à moins que ce ne soit l’inverse...
En attendant l’hypothétique arrivé du non moins hypothétique voisin, la sympathique et très peu efficace — et oui, c’est un doux euphémisme — équipe de techniciens autoproclamés continue à essayer d’obtenir la syntonisation des canaux depuis un cable d’antenne relié à rien...
Et contre toute attente, le Messie arriva enfin. Vous imaginerez très bien l’accueil triomphal qui fut réservé au voisin, au point même que — la liesse l’emportant — F. et ses acolytes en oublièrent presque de mettre en pratique ce fameux « plan B » attendu par une assemblée de plus en plus nombreuse, à mesure que l’heure du coup d’envoi approchait.
Et en même temps, Le narrateur ne peut s’empêcher de penser que, dès ce moment-là, quelque chose commençait à merder grave — pour rester dans les mesures acceptables de la bienséance — pour la simple raison qu’en règle générale, le Messie n’est jamais reconnue de son vivant que par une très faible minorité des personnes qu’il est venu sauver...
Le voisin, comprenant enfin la relative urgence de sa nécessaire intervention entreprit de monter chez lui, non sans avoir, dans un premier temps, oublié de prendre le câble de l’antenne. C’est à partir de ce moment-là que nous avons plongé dans une dimension légèrement parallèle par rapport à la réalité où la majorité de nos concitoyens ont l’heur d’évoluer.
Le voisin penché sur son balcon, commença à faire descendre le câble de l’antenne depuis le deuxième étage, pendant qu’en dessous un des techniciens décérébré essayait de le récupérer en tentant d’éviter que celui-ci ne vienne finir sa chute dans le verre de bière du malencontreux client assis à la, désormais, plus mauvaise place de la terrasse. Il faut bien évidemment prendre en compte le fait que — suite aux nombreuses manipulations précédentes de l’équipe d’incompétents et néanmoins chaleureux techniciens — le câble était totalement emmêlé, et que par conséquent, sa descente s’effectua avec une lenteur toute inopinée, vu la longueur redoutablement ridicule qui séparait le balcon du voisin de la télévision.
Mais bon, comme dit le proverbe : Tout vient à point à qui sait attendre, et après quelques minutes inénarrables le câble était enfin arrivé à sa destination, c’est-à-dire la prise d’antenne situé dans le dos de l’écran. Un des gars le branche, puis commence à lancer la recherche automatique des canaux.
Mais rien ne se passe.
Et quand je dis « rien », je pense « rien ».
Alors bon, étant donné que les désormais douze types s’acharnant à essayer de faire marcher la bête ne comprenait visiblement rien à la situation, Gè*** pris sur lui de demander au Patron de vérifier que le voisin ait bien pris le soin de brancher le bout du cordon resté présent dans son humble demeure à la prise d’antenne de celle-ci. F. n’écoutant que son courage — et commençant sérieusement à craindre de passer pour un blaireau auprès de sa clientèle à qui il avait abondamment fait la publicité de l’écran — fonça dehors et, interpellant le voisin depuis le milieu de la rue, arriva à avoir confirmation de la bonne connexion du câble, non sans provoquer chez moi un fou rire supplémentaire...
La scène commençait à tourner réellement au grotesque car, pendant ce temps, une partie des gars lançait une seconde syntonisation des canaux, pendant que l’autre discutait sérieusement de la pertinence du couteau à steak pour remédier la situation.
Déprimé, dépité, et de très mauvaise humeur, le patron mit un terme — provisoire — au bordel ambiant en demandant au gars de débrancher le câble, puis en demandant au voisin de remonter celui-ci, finissant de dégoûter le malheureux client de la terrasse...
Pendant ce temps Gé*** et moi n’arrêtions pas de nous étonner et de nous marrer de l’amateurisme total de l’équipée œuvrant au Bistrot d’À Côté, tout en faisant le diagnostic — assez simple je vous le concède — que la « panne » le pouvait avoir que deux sources différentes. Soit c’était le tuner de l’écran maroco-sino-coréen qui était en cause, incapable qu’il était de détecter la présence d’un signal, soit c’était l’antenne collective qui était en cause, s’il était avérée qu’elle existait réellement.
Gé*** ayant tout de même l’envie d’en avoir le cœur net, demanda au voisin lorsque celui-ci redescendit au café la chose suivante :
Gé*** : - Mais, dis-moi ; la télé, chez toi, elle marche bien ou pas ?
Voisin : - Ah bah, je sais pas, j’ai jamais essayé. J’ai pas la télé, moi.
...
Tu t’imagines bien — mon cher lecteur attentif, assidu et malin comme tu l’es — que le fou rire qui suivit cette réplique restera encore longtemps gravé dans les tympans des différents clients du Bistrot d’À Côté...
Devant tant de n’importe quoi n’importe qui de normalement constitué aurait jeté l’éponge et déserté le bistrot, terrassé par l’incomensurable grandeur de l’incompétence, de la bêtise et de la poésie surréaliste de la situation. C’était l’Afrique. Ils sont plein de bonne volonté au Bistrot d’À Côté, ce n’est pas ça le problème, mais c’est juste qu’au niveau pratique, ils ont encore quelques efforts à produire...
Mais — au cas où tu ne l’aurais pas remarqué, cher lecteur manquant de temps à autre d’à propos — votre serviteur n’a pas pour habitude de se prendre pour n’importe qui, ni de désespérer aussi facilement de la capacité de ses congénères à vivre en accord avec la réalité...
Mettant en pratique ce principe, je réussis à obtenir l’attention du Patron des lieux — un exploit, soit dit en passant, tant il était occupé à s’énerver tout seul, presque résolu qu’il était à foutre en l’air l’écran qu’il incriminait — pour lui expliquer que la seule solution s’ouvrant à lui était d’acheter un décodeur TNT ainsi qu’une antenne idoine, s’il ne voulait pas se ruiner à payer l’installation d’une antenne râteau. Au bout de quelques minutes d’âpres échanges, où j’arrivais à lui faire comprendre ce qu’est un décodeur TNT — ou pour le moins de lui faire accepter l’idée que ce n’est pas un dangereux explosif... — F. se rendit compte que c’était là sa seule chance de garder un semblant de dignité face à ces clients amateurs d’événements sportifs à caractère universel ou tout du moins mondial.
Je lui expliquai donc — pour la quatrième fois dans la même minute, mais bon nous n’étions plus à ça près — qu’il pouvait se procurer l’antenne et le décodeur dans une des boutiques de hi-fi du quartier, et F. était déjà quasiment parti, quand il se retourna pour me demander :
- C’est quoi déjà ce que je dois acheter ? Redis-moi.
Sentant qu’il n’y avait que peu de chances qu’il réussisse à s’en sortir tout seul je décidai de l’accompagner, et malgré quelques retardements dus, entre autres, à l’organisation foireuse et du magasin où nous allâmes acheter le matériel et à celle non moins foireuse du patron du Bistrot d’À Côté, nous réussîmes à ramener assez rapidement le décodeur ainsi que l’antenne au Bistrot.
Là, l’installation prit un eu plus de temps que cela n’aurait dû, car malgré un bon début en solo, je me vis adjoint de quatre ou cinq acolytes, donnant leurs avis à torts et à travers, racontant les pires absurdités sur le fonctionnement des dits appareils. Et puis, je ne sais pas si cela vous fait le même effet, mais souvent, lorsque je suis entouré d’autant d’incompétence, cela à tendance à influer et sur mes facultés de concentration, et sur mes facultés tout court...
Au final, après quelques essais de placement de l’antenne, je réussis, avec l’aide de Fr*** à faire fonctionner cet écran, et à faire apparaître le match.
Autant vous dire que cette soudaine incursion de l’image télévisuelle, en couleur qui plus est, au beau milieu de la brousse qu’était devenu ce petit bout de quartier parisien, n’eût rien — ou presque — à envier à l’effet que fit l’arrivé du train en gare de La Ciotat...
Fêter dignement comme le sauveur et le libérateur que j’étais, je restais savourer ma nouvelle gloire, sans pour autant m’attarder trop longtemps ce soir-là, devant préparer ma valise pour mon départ du lendemain.
Je n’osais pas imaginer de devoir vous en parler avant que, le lendemain, dans le train m’emmenant vers l’Océan, je ne reçusse un coup de fil du patron du Bistrot d’À Côté, me demandant de passer de toute urgence, pour rebrancher la télé, car il ne se souvenait plus du tout comment il fallait faire...
03:03 Publié dans D'un verre à l'autre, Pour le plaisir... | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : *de tout et de rien*, football, coupe du monde, afrique, Le Bistrot d'À Côté
09 juin 2006
"Chez toi ou chez moi? Non? Alors on fait comment?" — Où notre jeune héros apprend à composer avec les contingences du moment...
Mea Culpa, Mea Maxima Culpa.
J’ai pêché. J’annonçais la suite de la note dans les heures qui suivaient, mais, bon, cela n’a pas été le cas...
Pourquoi ? Bah tout d’abord il faut bien dire que ma flemmardise — dont la légende reste encore à ce jour à écrire, Mais par qui, Là, est toute la question — n’est pas tout à fait étrangère à la chose. Mais je plaide les circonstances atténuantes, Monsieur le Juge ! C’est pas vous qui devez vous coltinez avec un fournisseur d’accès aussi merdeux que Noos—Upc. C’est pas toi, lecteur de mon cœur, qui a dû te fader quatre coupure de service — sans explication, sans un mail d’excuse, sans proposition commerciale à la clé... LES CHIENS ! — en l’espace de moins d’une semaine. Ce n’est pas toi qui a dû — quoique, là je n’en sais rien... — passer trois heures pour réussir à envoyer ta déclaration d’impôts par Internet, parce que, pour on ne sait quelle raison, sous Mac Os, il faut faire des manips que si t’es pas un Geek surdiplômé, t’as aucune chance de même y penser tout seul. C’est pas toi qui doit te coltiner avec ces crétins des Assedic, qui ont entre un mois et un mois et demi de retard sur le traitement des dossiers. C’est pas toi qui.... Bon bref, j’arrête ici les raisons de mon silence — raisons, qui, quoi qu’il en soit, n’explique que partiellement les choses, tu n’auras pas été sans le remarquer, mon cher lecteur attentif, assidu et avisé, hein... — pour enfin expliquer un peu plus concrètement ce qu’il s’est passé au cours de la soirée qui m’a inspiré le texte de la note précédente...
Tu vois, en fait ce qui s’est passé à cette soirée, c’est un peu plus simple que ça.
C’était un anniversaire. Mais, bon, en réalité, l’anniversaire c’était quand même beaucoup un prétexte, tu vois... C’est-à-dire qu’en fait, les gens s’en foutaient un peu de souhaiter ou non son anniversaire au type en question. Bon évidemment pas au début, c’est sûr. Ceux qui étaient arrivés tôt, c’étaient les amis, ils avaient même prévu un cadeau, c’est pour te dire à quel point ils avaient fait les choses bien... Mais bon, si je commence à te raconter la partie « anniversaire » de la soirée, tout de suite je sens — me demande pas pourquoi, je le sens comme ça... — que ça va beaucoup moins t’intéresser, là.
Notre jeune héros se retrouve donc dans cette fête où — une fois n’est pas coutume, me direz-vous, taquin comme vous êtes... — il est dûment invité. C’est l’anniversaire d’un ami. Pas réellement d’un ami proche, mais, disons, tout de même assez proche pour qu’il pense à inviter notre jeune héros pour fêter ses trente ans. Et puis vous savez comme ça fonctionne les groupes d’amis. Lorsque vous commencez à inviter les uns, vous ne pouvez pas décemment ne pas inviter les autres sans risquer de provoquer de graves crises diplomatiques à côté desquelles la crise des missiles de Cuba pourrait paraître pour tripette — pour ne pas dire peau de couilles car c’est un peu vulgaire à mon humble avis — aux yeux des observateurs internationaux les plus pointus sur le marché des paranoïaques apocalypticiens...
Et donc cet ami avait décidé de fêter dignement son quart de siècle additionné d’une demi-douzaine d’unité moins une, en conviant moult et moult jeunes gens de son âge — ou s’en approchant sensiblement dans le cas de notre jeune héros — dans un appartement fort sympathique, assez grand pour contenir la foule en liesse, et suffisamment pourvu en alcools divers, en musiques entraînantes et alcôves à l’abri des regards pour susciter leur joie, ou tout du moins — soyons nuancé — leur divertissement ou leur amusement.
Et puis bon, vous savez ce que c’est les groupes d’amis. À force de se fréquenter on connaît tout le monde, on s’attache, et parfois même on s’ennuie un peu sans même vraiment oser ni le dire, ni se l’avouer. Ceci est à ce point vrai que dès qu’une nouvelle tête apparaît, on la remarque tout de suite. Surtout si cette nouvelle tête vous paraît fort délicieuse et pleine de promesses d’une aube toujours renouvelée... Et — sans vouloir non plus tomber dans le lyrisme le plus échevelé, ce serait mal me connaître... — c’est un peu ce qui s’était passé pour notre jeune héros quelques semaines plus tôt, au cours d’une autre fête. Et, le hasard faisant parfois bien les choses en ce bas monde, cette charmante jeune fille était là ce soir-là, aussi.
Mais bon, autant lors de la première rencontre, il était évident qu’une rencontre avait eu lieu entre notre jeune héros et cette demoiselle dont le narrateur — il vous prie de l’excuser bien bas — n’as malheureusement plus la souvenance du nom ; autant le soir en question, ce n’était plus tout à fait du même ordre... Comment te faire comprendre — mon tendre lecteur assoiffé de ma prose — ? Il y avait eu plus qu’un simple contact entre ces deux jeunes gens. C’était plutôt de l’ordre de la reconnaissance. Quelque chose qui te fait dire, que le hasard — Ha tiens, le revoilà, lui — n’y était que pour peu dans cette rencontre — ha, en fait, non... Notre jeune camarade n’avait que très peu parlé à la demoiselle lors de cette précédente fête, et pour tout dire très tardivement. Mais rien n’aurait pu les empêcher de se reconnaître tant leurs regards n’arrêtèrent pas de se croiser et d’engager un dialogue, certes muet, mais d’une grande éloquence pour quiconque sait distinguer ces choses-là...
Les choses en étaient restées à ce point, car — comme le narrateur s’est déjà évertué à vous l’expliquer lors de sa précédente note — la demoiselle était engagée ailleurs et n’avait que peu l’intention — pour ne pas dire pas du tout — de se livrer aux affres de la duplicité amoureuse.
La retrouvant ce soir-là, notre jeune héros ne pu s’empêcher de se prendre à espérer que peut-être la demoiselle aura — du moins en partie — changer d’humeur et de point de vue sur la chose... Mais non. Et pire encore, car dans les regards forts nombreux qu’ils échangèrent à nouveau, il ne pu que se résoudre à lire le refus. Poli, sans la moindre trace d’agressivité par ailleurs, mais le refus tout de même. Avec en plus — et c’est peut-être ça qui a touché et provoqué notre jeune camarade avec le plus d’acuité — une certaine qualité de consolation qui tendrait au regret ou à la pitié...
« Non mais ça va t’es dingue, toi ! Qu’est-ce que tu me fais chier avec ta commisération, là... Tu m’as pris pour une huître ou quoi ? »
Telles auraient pu être — entres autres amabilités — les paroles entendues de la part de notre camarade par quiconque doué du don de lire dans les pensées. Mais heureusement, à ce jour, le peu de personnes doués de cette faculté — par ailleurs très utile et très amusante — est toujours sous le contrôle et la férule des services de renseignements des plus grandes puissances, et a tout de même d’autres félins à lapider qu’à baguenauder dans des sauteries de trentenaires (ou presque) en proie au doute, tant sur leur avenir professionnel et sentimental que sur le choix de la meilleure combinaison d’alcool pour se mettre minable sans pour autant vomir sur tout ses amis...
En proie à de tels sentiments, notre camarade se résolut à passer le reste de la soirée à tromper sa colère dans l’ingestion de divers alcools ainsi que dans des manifestations physiques de défoulement jubilatoires à caractère giratoire et entraînant. En clair — pour ceux de mes lecteurs qui, décidemment, auraient décidé de faire exprès de ne rien comprendre à ce que je peux bien écrire ! — il décida de faire la fête en dansant, et buvant et fumant et ri-ri-go-go-lant-lant comme un damné, afin de faire passer ce goût âcre de défaite et d’humiliation qui lui collait le palais mieux que n’importe quel Stéradent...
C’est dans cette disposition d’esprit — ainsi qu’après avoir reprogrammé la play-list de la soirée et bu les trois-quarts du champagne restant à disposition, et je n’en rajoute qu’à peine ! — que notre jeune héros se rendit compte de la présence de Pénélope.
Bien entendu, tendre lecteur désormais habitué aux divagations et autres incises du narrateur de ton cœur, tu auras compris de toi-même que la jeune fille en question ne s’appelait pas — et d’ailleurs ne s’appelle toujours pas — Pénélope. Mais pour des raisons qui tiennent à la discrétion du garçon qui raconte ses pérégrinations sur ses pages, il ne saurait vous révéler la véritable identité de la jeune fille qu’il appelle ici du doux nom de Pénélope. Et pour tout de suite dissiper quelques malentendus, rapides, il n’a pas choisi ce nom pour d’obscures raisons sémantiquo-mythologiques (du style : ha, ha ! je l’appelle ainsi car elle m’en a fait baver à tricoter et détricoter d’insensés linceuls...), ni même pour en arriver à faire rimer à force d’improbables circonvolutions drolatiques Pénélope avec ...
Non, le narrateur se refuse et se refusera toujours à de telles bassesses stylistiques. Qu’on se le dise dans les chaumières pourvues de poêles dans leurs fondements...
Pour en revenir à nos canards — mes petits moutons adorés — il faut bien avouer que ce n’est pas réellement notre jeune héros qui remarqua Pénélope le premier. Non que par ailleurs elle n’était pas éminemment remarquable — une bombe, mon pote, une bombe... je ne te dis que ça ! — mais ce fut elle la première qui s’approcha, tout sourire et tout charmes en avant, de notre camarade. Pour te la décrire rapidement — car finalement j’ai aussi, parfois, d’autres choses à faire qu’à te raconter ma vie, moi ! — le narrateur pourra dire sans complexe, que Pénélope était tout à fait sublime. Entre le blond et le roux, ses cheveux longs et très frisés — le mot anglais « curly » est plus précis — faisaient l’effet d’une véritable crinière autour de son adorable visage. Grande, très mince et très élancée, elle avait une allure magnifique, et quelque chose d’assez rare et de terriblement excitant se dégageait d’elle, dont la définition devrait pouvoir résoudre la contradiction entre l’angélisme le plus absolu et la dépravation délicieuse... Elle était vraiment sublime. Danseuse, mannequin à ses heures perdues (je retrouverai plus tard des photos d’elle dans le plus simple appareil, d’une beauté, mon gars, tu n’imagines même pas...), gracieuse et naturelle, drôle, piquante, provocante, artiste à ses moments perdus... Enfin bref, tout pour plaire, ou pour être plus précis, absolument tout — mais tout ! — pour faire chavirer les sens de notre jeune héros.
C’est elle qui vint me voir en premier lieu, me souriant et me saluant avec un air de si grande connaissance que, l’espace d’un instant, je me demandais si l’alcool ne m’avait pas rendu totalement inapte à la survie en milieu urbain. Mais non, ce n’était pas tant mon alcoolémie — pourtant déjà très respectable à cette heure — de la soirée qui était en cause, mais plutôt ma négligence et ma capacité à faire l’autiste en milieu hostile. Je m’explique. Pénélope, me souriant avec tant d’allant, il ne fallut pas longtemps pour que nous commencions à engager la conversation, et que je me rende compte, grâce à elle, que nous nous étions rencontrés quelques jours auparavant au cours d’une soirée chez un ami commun. Mais — comme tu l’as peut-être déjà deviné, lecteur attentif et assidu que tu es — m’étant copieusement ennuyé lors de cette précédente soirée, je n’avais même pas pris la peine de remarquer qu’une telle beauté ornait et illuminait de sa présence ces lieux.
Quoi qu’il en soit, je mentis effrontément à Pénélope, prétendant me rappeler très bien d’elle, mais notant tout de même que nous avions eu assez peu — pour ne pas dire pas du tout — le temps de faire connaissance lors de notre précédente entrevue. C’est comme cela, de fil en aiguille et de coupe de champagne en discussions oiseuses agrémentées d’œillades équivoques que j’en appris un tout petit peu plus sur la demoiselle. Et comme souvent dans ce genre de cas — une chose en amenant souvent une autre... — après avoir discuté assez longtemps aussi bien à mon goût délicat et quelque peu pressé qu’au sien, nous nous retrouvâmes à danser comme deux beaux diables que nous étions.
Et puis bon. Est-il besoin de te faire un petit dessin, mon cher lecteur, désormais un peu plus au fait de mes mœurs ? tu sais comment ça se passe dans ce genre de cas. On danse, on danse, et puis forcément on se rapproche, on se frôle, on se caresse, d’abord insensiblement, puis de manière de plus en plus ostensible. On en arrive à avoir des audaces, des envies de manipulations et de palpations. Des envies d’explorations et de rapprochements. Et puis bon, comme c’est tout de même plus facile à deux que tout seul, on s’entraîne l’un l’autre dans ce type de comportements. On s’échauffe, on s’allume, on s’enflamme. Tant et si bien qu’en moins de temps — mais alors là Vraiment moins de temps... — qu’il fallut à Ulysse pour retrouver la sienne, je me retrouvais impliqué avec la mienne de Pénélope, dans de délicieux échanges à caractère bucalo-linguale.
Notre rapprochement commençant à se faire de plus en plus irrépressible, je proposai à Pénélope d’aller prendre le frais sur la terrasse. Mais comme la vie est parfois mal faite, il n’y a pas toujours de terrasse ni même de balcon au moment où on en aurait le plus besoin, et nous fûmes donc obligés — tout de même un petit peu contrarié de ne pas pouvoir profiter de la douceur de cette nuit d’été — de nous rabattre sur l’étage inférieur de cet appartement en duplex, heureusement déserté par les fêtards encore en nombre à cette heure-là.
Ne protestant que pour la forme, et m’entraînant dans cet antre plus que je ne l’y poussais, nous nous retrouvâmes rapidement en bas en grande discussion. À propos de quoi ? Me diras-tu, plein d’à-propos que tu es, mon cher lecteur... Mais je ne sais plus, moi ! Si tu crois vraiment que nos esprits étaient réellement concentrés sur la conversation en cours c’est véritablement à désespérer de ton cas, cher lecteur de mon cœur... En tout cas, moi, je ne vois plus trop bien ce que je peux faire pour toi...
Alors évidemment, à force de jouer à je mets ma langue dans ta bouche pendant que tu mets ta main dans ma culotte, il arrive forcément un moment où se pose la question de la suite des événements. Et comme il me semblait assez clair que nous avions assez envie d’aller plus avant dans notre connaissance, toute biblique du terme, l’un de l’autre, il me sembla également assez naturel de demander à Pénélope si cela l’agréerait de quitter cet appartement en ma compagnie pour rejoindre le mien, situé à vrai dire pas très loin de celui-ci.
Elle : - Oh non, à vrai dire je dois me lever très tôt demain matin, et puis j’ai des trucs à faire chez moi...
Moi : - Ah... Mais alors peut être qu’on peut aller chez toi ? Non ?
Elle : - Euh...
Moi : - Enfin je dis ça... Je sais pas moi, c’est juste que là, moi j’ai quand même vachement envie de coucher avec toi, tu vois.
Elle : - Ah oui ça je vois. Je vois bien même...
Moi : - Et puis, comme toi-même tu n’as pas l’air de... Enfin tu vois quoi ...
Elle : - Ouais. C’est sûr, ça.
Moi : - Alors forcément j’essaye de trouver une manière d’arranger les choses, tu vois...
Elle : - Je vois, je vois...
Moi : - Alors ? Chez toi ou chez moi ? C’est comme tu veux.
Elle : - Bah j’t’ais dis, chez toi, c’est pas possible parce que bon, je dois me lever tôt demain. Et puis chez, moi, je sais pas, c’est pas hyper pratique...
Moi : - Ah oui ? Mais, alors ? ...
Elle : - Et pourquoi pas ici ?
................................
Bon Alors à partir de ce moment-là, il serait assez compliqué de t’expliquer en détail la suite de la soirée sans devoir se lancer dans de très complexes descriptions de nos activités à caractère copulatoire, mais pour autant voilà ce que je peux t’en dire, mais un peu vrac. Pourquoi ? Mais parce que ça me plait comme ça !
Que te dire à part que c’était la première fois que je me retrouvais dans cette position et que j’avais l’impression de réaliser un fantasme très adolescent. Évidemment la chambre du bas n’était pas munie d’un verrou ni même d’un loquet, mais pour notre tranquillité nous avons eu recours assez rapidement à la technique — très performante par ailleurs — du fauteuil Club coincé contre la porte, qui avait la bonne idée de s’ouvrir dans le bon sens... C’était vraiment charmant et étonnant comme situation. Car malgré l’audace de sa proposition et la rapidité de sa mise en œuvre — pour ne pas dire sa fulgurance — Pénélope gardait un mélange détonant d’impudeur et de timidité indémêlable et merveilleux. Je garde gravé à jamais en moi la blancheur et la clarté magnifique de sa peau illuminant la pénombre de cette chambre anonyme. Je me souviens de son corps agile et tremblant, pressé de jouir. Je me souviens — bien sûr — qu’évidemment mon portefeuille où se trouvait mes capotes ne se trouvait pas dans cette pièce-ci de l’appartement, mais, qu’à l’inverse d’une autre fois, il n’était véritablement pas envisageable de partir en quête de l’indispensable accessoire de latex en tenue d’Adam priapique... Je me souviens que je ne mis pas plus de quelques secondes à en trouver dans la salle de bain accolé à la chambre, tant il me semblait évident que dans cette chambre de garçon, je n’aurais pas de difficulté à en trouver. Je me souviens qu’elle jouit rapidement et que, pour une fois, moi également. Je me souviens de ses regards plein de tendresse et de malice ne cachant que mal, le sentiment pour le moins perplexe où cette aventure l’avait plongé. Je me souviens qu’elle ne voulu pas me laisser son numéro, ni prendre le mien, arguant que la vie nous ferait bien nous croiser un jour ou l’autre... Je me souviens que je mis au moins quatre jour à récupérer ses coordonnées, ce qui est tout de même beaucoup pour moi, car, en général, je suis tout de même assez têtu. Je me souviens de notre confusion et de notre complicité lorsque nous remontâmes dans la soirée.
Je me souviens de tout ça, et de bien plus encore.
Et pour longtemps encore...
15:03 Publié dans Confessions et autres immoralités, D'un verre à l'autre, Fond de tirroirs | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : *de tout et de rien*
05 juin 2006
Tu sais ce que c'est....
Tu sais ce que c’est...
Une chose en amenant une autre.
Enfin souvent…
Ou bien c’est autre chose, je ne sais pas.
Enfin, si, je sais ça.
Justement ça je sais, oui.
Je peux te raconter si tu veux ? Tu veux ?
On est dans la soirée… — Comment te dire ? — … Une soirée, quoi. Enfin. Ouais.
Une soirée normale quoi. Je veux dire il y a des gens, des filles, des garçons. Ils dansent, ils discutent, ils boivent.
Beaucoup.
Ah mais des conneries sûrement, comme toujours — je sais pas, moi ! Bla, Bla, Bla. Peu importe, ça n’a pas d’importance, Ça. C’est pas ça qui se joue.
Y’a cette fille, tu vois.
Mais si tu vois. Cherche un peu, je suis sûr que tu vois à quoi elle ressemble.
Mais si — tu sais —, c’est cette fille, tu sais, celle que tu as déjà croisée, une fois ou deux. Mais si.
Tu sais celle qui t’as souri comme ça, pour rien, alors que tu lui avais rien demandé, bordel de merde. Celle à qui tu as parlé une fois peut-être. Sans rien en attendre — À moins que ce soit elle ? enfin peu importe — On s’en fout, quoi. C’est pas là que ça se passe. Et puis c’est pas cette fille, là. Enfin si c’est celle-là. Tu lui a parlé un peu, avant, et bon. Sans dire que tout de suite, je suis tombé amoureux, en tout cas j’ai entrevu qu’avec elle quelque chose était possible.
Quoi, moi ? Bah oui, moi, quoi ! Qu’est-ce que tu croyais ? Je parle pour moi, là.
Toi, t’es là, mais bon je m’en fous. Le prends pas mal, tu vois, mais toi ou le mec qu’est juste là, tu vois, pour moi c’est pareil. C’est à moi que je parle.
Eh Ouais !
Mais qu’est-ce que tu croyais en venant à cette heure là, dans un endroit pareil ?
Que tu allais trouver des gens qu’allaient te parler ? À toi ? Vraiment à toi ?
Tssssss......
Tu vois c’est juste ce qu’il y avait de différent avec elle.
Je veux dire, c’est à moi qu’elle parlait, c’est vers elle que mes paroles allaient.
Tu vois, c’est rien, mais ça change tout, putain.
Pour une fois tu as quelqu'un en face de toi.
Pas une boule de névrose plus ou moins à ton goût, avec qui finalement, très vite, cela va se résumer à savoir qui va l’emporter sur qui et tout ce genre de trucs, non.
Juste quelqu'un.
Quelqu'un d’autre en face de toi. Le pied, putain ! LE PIED !
Et voilà que bon.
C’est pas que c’est pas possible ou que, bon, elle est pas bien avec toi. Non.
C’est juste que, voilà quoi, c’est pas possible, là.
C’est pas qu’elle triche ou quoi, non — C’est pas ça. Parce que ça pourrait être ça, ouais — on en a connu des comme ça, ouais — des qui te disent non, mais qui n’attendent que ça.
Ouais, Ça existe des comme ça. L’inverse aussi d’ailleurs....
Et c’est peut-être pire d’ailleurs, des filles qui te disent oui, et qui savent même pas pourquoi.
Peut-être par habitude ? Ou bien…
Enfin, là c’est pas ça, non.
Là, c’est juste que c’est possible et pas possible.
Qu’elle veut avec toi et qu’elle veut avec un autre.
Et que ce qu’elle veut avec cet autre que moi est, là, un peu plus présent que ce qu’elle veut avec moi.
Enfin bon, voilà, ça va pas. C’est la merde quoi.
Alors voilà : Il y a cette soirée. Tu es là. Elle aussi, mais tu sais que tu l’auras pas.
Et, il n’y a pas si longtemps que ça, tu vois, j’aurais fait comme toi. Je serais rentré chez moi.
Ou bien je serais resté là.
Et, dans la posture indigente de l’amoureux indigne et incompris, j’aurais contemplé d’un œil compréhensif et douloureux l’objet de ma quête fuir au bras de cet autre que moi.
Mais voilà. Je suis pas toi, moi. En tout cas pas ce soir-là. Tu comprends ?
Pas ce soir-là. Non. Non. Non !
Tu vois, y’avait cette fille, j’veux dire une autre fille.
Et elle, elle n’attendait rien de moi.
Et moi, je la trouvais jolie, c’est vrai.
Et c’est vrai qu’elle était jolie.
Ça oui, c’est vrai…
Et bon une chose en amenant une autre — tu sais ce que c’est — je lui ai fait du charme, quoi. C’est peut-être con, je sais, mais c’est comme ça.
Et comme elle était pas extrêmement farouche — tu vois — comme je voyais que ça lui plaisait plutôt que je me comporte comme ça, assez vite je me suis mis à l’embrasser.
Et tu sais, c’est dingue, putain, mais c’est tellement plus facile quand tu t’en fous un peu, c’est fou ça, mais c’est vrai, putain.
T’es tellement plus convaincant quand tu t’en fous.
Un peu, j’veux dire.
Alors bon, voilà quoi, je me suis mis à l’embrasser. Et puis avec elle c’était possible, tu vois.
Alors on s’est dit yala, yala.
Tu vois, quoi.
Je sais pas si c’était une bonne nuit, hein, mais en tout cas c’était comme ça.
J’ai écrit ce texte, il y a déjà quelques mois. C’est un fond de tiroir en quelque sorte. Tout ça pour vous dire que vous en apprendrez plus d’ici quelques heures sur cette aventure-là...
17:03 Publié dans Confessions et autres immoralités, D'un verre à l'autre, Fond de tirroirs, proserie | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note
03 juin 2006
L'ordinaire d'un jeune homme parisien...
18:30 Publié dans Confessions et autres immoralités, D'un verre à l'autre | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note
23 mai 2006
"Mais tu fais quoi déjà dans la vie?" — la Suite ET la Fin....
Euh... Comment dire ?
J’ai comme l’impression qu’il y a eu un petit malentendu...
Si vous n’avez pas tout suivi — Honte à vous, bandes de chiens incultes et mécréants !!! — je vais essayer de faire un petit résumé... Bon tout d’abord, le résumé ne concernera pas la note qui précède celle-ci, car pour cela vous n’avez qu’à la lire ici.
Non mais dès fois, je ne vais pas — même pour vos beaux yeux, chers lecteurs dissipés et volages — me mettre à jouer les annabacs ou les extraits du Reader’s Digest ! Y’a des limites à tout dans la vie, je vous assure !
Non, en fait il s’agirait de résumer les réactions d’une certaine jeune fille qui a eu le sentiment d’être visée par ma note précédente, d’en être, sinon le sujet principal, tout du moins, la génératrice, ou quelque chose de cet ordre-là... Cette jeune fille, par le plus grand des hasards, doublé d’un malheureux concours de circonstances, m’avait posé la question de savoir ce que je faisais dans la vie quelques heures avant que je publie ma note et, n’ayant obtenue de ma part de réponse qui la satisfasse — non, la vérité, c’est qu’elle n’eut pas de réponse du tout... — a pensé — j’imagine d’après le titre de ma note — que je m’adressais à elle par des chemins détournés... Cette jeune fille, m’a ensuite adressé un mail, auquel, bien entendu je n’ai absolument rien compris, car — je dois bien le dire ici — je n’avais aucune intention, en tout cas consciente, de m’adresser à elle par le biais de cette note ou bien de son titre :
Ne sachant pas la raison de son « ire », et ayant par ailleurs mes propres félins à flageller, je ne répondis pas au mail en question, me disant que le temps me permettrait d’avoir une explication du quiproquo et du sac de nœuds... Bien m’en a prit, car effectivement j’ai enfin eu l’explication de tout ceci, il n’y a que peu de temps. En effet, sans réponses de ma part, cette jeune fille, crut bon de poster une note sur son blog privée, pour, d’une part, expliquer la raison de sa colère, et d’autres part m’écrire une sorte de lettre ouverte... Comme elle eut la bonne idée de faire un petit résumé de la situation, c’est — enfin ! — à ce moment-là que je compris le scénario dans toute sa complexité... Très flatté d’avoir été le déclencheur, même involontaire, d’une telle polémique, je ne pouvais pas me permettre de la laisser totalement sous silence, mais par ailleurs, comme je ne suis pas très adepte des lettres ouvertes — où alors uniquement par moi — je ne répondrais pas, ici, à la jeune fille en question.
Pour enfin revenir au sujet qui me préoccupait et pour — espérons-le — l’épuiser, je reprends le cours des événements de cette nuit toulousaine, là où je l’avais arrêté, c’est-à-dire patientant sur le trottoir devant le café où j’avais passé la soirée, à deux heures du matin, en compagnie, entre de nombreux autres, de quelques collègues...
................... LA SUITE .......................
Après avoir réussi — enfin ! — à comprendre ne serait-ce que le nom du restaurant ainsi que le nom de la rue où ce dernier était situé, je décidai sans plus attendre de planter mes collègues avinés et de les laisser se dépatouiller seuls du garçon corpulent qui, selon toute apparence, n’avait aucune intention de finir la nuit sans compagnie à ses côtés, afin de retrouver l’accorte Karine qui m’av ait convoqué. Muni d’un plan de Toulouse — arraché de haute lutte quelques heures plus tôt au réceptionniste psychorigide et cyclothymique de l’hôtel — j’essayais de me repérer et, après quelques errements et tâtonnements, je trouvais enfin la rue en question. Je tiens à préciser pour mes lecteurs attentifs et assidus, certes, mais surtout n’ignorant en rien la géographie toulousaine, qu’il s’agissait de la rue juste en face de la gare de Toulouse-Matabiau. Je m’engage donc dans celle-ci, sans savoir exactement à quel niveau se situe le bistrot où j’ai rendez-vous. Vigilant, l’œil aux aguets, je remonte l’artère midi-pyrénéenne en croisant force bistrots, tavernes et kebabs encore ouvert à cette heure plus que tardive, et plus je remonte la rue,j plus je m’éloigne de la faune que j’avais croisé aux « Coulisses ». C’est sûrement un peu pareil partout, mais à Toulouse, ça saute aux yeux. Le quartier de la Gare, il est vraiment pourri. Tout en me faisant cette réflexion je me rends compte que je suis quasiment arrivé au bout de la rue et — en bon paranoïaque que je suis — commence à me demander si ladite Karine ne m’a tout simplement pas envoyé dans un des quartiers louches et interlopes de la ville rose pour me punir de je ne sais quel crime qu’elle pense que j’aurais commis en m’intéressant — même sexuellement — à sa charmante petite personne. Plein de ce sentiment dindonneau-farcesque, j’arrive enfin devant le bistrot en question et retrouve sans difficulté et à travers la baie vitrée — s’il vous plait — la demoiselle attablée en compagnie de deux de ses amis.
Le narrateur se voit obligé, ici, de préciser quel fut l’impression de notre jeune héros quant à l’établissement dans lequel il s’apprêtait à rentrer. Pour le moins, ce qu’il peut en dire, c’est que le changement d’ambiance était patent. Une immense salle au trois-quarts désert, baignée dans la douce et si sensuelle lumière de néons blancs éclatant, donnait — oh bonheur ! — une teinte blafarde — située dans le spectre des couleurs visibles entre verdâtre et jaunâtre — à toute personne ayant l’insigne honneur de se trouver présente. La population même du rade en question me promettait un dépaysement certain par rapport au bistrot de la jeunesse dorée que je venais de quitter. Exception faite de Karine et d’une ou deux prostituées — probablement au chômage technique à cette heure déjà avancée — je dois bien dire qu’il n’y avait pas l’ombre d’une présence féminine visible dans cette assemblée composées d’hommes aux âges variés, mais partageant pour la plupart les marques de l’alcool, de la dépression et d’une certaine forme de misère gravée sur leur visage.
Notre jeune héros, ayant eu la chance de ne pas se faire refouler par le videur musculeux, pénètre donc dans l’établissement et, enivré par les odeurs de tabac brun, de bière et d’eau de javel mêlées, et entouré des douces mélopées issues d’une quelconque F.M. locale, se dirige vers la table où l’attendent déjà Karine et ses amis, dans un état d’esprit oscillant entre la gêne de se trouver dans un endroit si peu propice aux rapprochements et épanchements sensuels, et le plaisir de voir la jeune fille dans un endroit si peu en adéquation avec l’image que sa fuite subite avait gravé dans son esprit. Une fois installé, je me fais allègrement questionné, aussi bien par Karine que par ses amis, sur mon identité précise, sur la nature de mes activités ainsi que sur les raisons de ma présence dans leur ville. M’étant soumis, de la manière la plus honnête possible au feu roulant de leurs questions, et après avoir commandé un Coca-Light au serveur kabyle, souriant et néanmoins épuisé, je m’empressai de retourner les interrogations à leurs auteurs, dégustant par ailleurs de gigantesques entrecôtes garnies de frites et arrosés d’un mauvais quoique peu onéreux vin rouge, probablement sulfaté. Karine était une graphiste toulousaine âgée de trente-deux ans, célibataire, et partageant son temps entre sa ville et Toulouse ; quant à ses deux camarades, le narrateur est véritablement consterné de constater que notre jeune héros est tout à fait incapable de se rappeler le moindre éléments de leur identité ou de leurs activité, à l’exclusion de leurs préférences sexuelles et sentimentales qui les avaient poussés à mener une existence commune.
Finalement nettement plus à l’aise ici qu’au bistrot précédent, l’ambiance finit de se détendre tout à fait jusqu’à devenir totalement cordiale et sympathique. Karine, un peu saoule et prise d’un sentiment maternant bien qu’exprimé de manière bourrue et rigolarde, s’inquiète de ne pas me voire manger, et malgré mes protestations amusées et argumentées commande une nouvelle entrecôte. Nous devisons ainsi très agréablement et l’issue de tout cela ne semble maintenant ne plus échapper à personne, d’autant plus que Karine ne se gêne plus, a contrario de son attitude quelque peu réservée à l’autre café, pour me prodiguer de moins en moins discrètes marques d’affections. Ces jeunes gens, prenant le prétexte de me raconter leur début de soirée, arrivent même à me faire hurler de rire, quand ils sortent et exhibent — audace tout de même un petit peu risqué à cette heure et dans cet équipage — de leurs sacs respectifs toutes sortes de sex toys, qu’ils s’étaient offert et échangés quelques heures plus tôt, au cours de leur dîner de Saint-Valentin.
Nous payons au tavernier ce que nous lui devons, ou plutôt — et pour être tout à fait honnête — je me fais inviter de force par la charmante Karine, qui, prétextant de son ascendant sur moi de quelques années et de la nature, supposée précaire et peu rémunératrice de mes activités, passa tout son temps à m’entourer d’une protection fantasmatique — dans le sens où je n’en avais absolument aucun besoin — qui passait entre autre par son obsession à tout régler. Le début de cette fin de soirée commençait à se faire sentir, les uns et les autres exposant leurs projets nocturne quant un incident extérieur mit un terme à nos conversations et — bien que nous retenant captif du café pendant quelques instants — finit de nous décider à se barrer au plus vite. Un jeune mec assez abîmé s’était installé à une table pas très éloigné de la nôtre, et essayait de commander une bière. Le patron, qui devait sans aucun doute l’avoir déjà pratiqué, refusa de servir le jeune homme, redoutant certainement qu’il n’ait absolument aucune intention ni possibilité de la régler. Le jeune homme commence à protester de manière véhémente et gueularde et — pour tout te dire à toi, mon cher lecteur attentif et assidu — se révèle être un tant soit peu pénible, bien que ne n’incarnant pas un danger réel et imminent, tant l’alcool ou tout autre substance psychotrope semble être présent chez lui et inhiber toute manifestation réelle de violence. Pour autant mon interprétation de la situation ne semblait pas être partagé par le videur de l’établissement, un beau black musculeux d’environ trente-cinq ans, qui n’arrivant pas à le persuader verbalement de vider les lieux, se mit en tête d’essayer de lui faire entendre raison à coups de poings. Comme visiblement le jeune homme n’était absolument pas en état de faire fonctionner ses quelques neurones non encore grillés par les cocktails psychotropes, il ne comprit pas à temps que son intérêt aurait résidé dans la fuite, et protestant à qui mieux mieux, en arriva au point d’énervé tant le videur, que celui-ci, perdant tout sens de la mesure et de la réalité, lui défonça consciencieusement l’arcade sourcilière jusqu’au sang, à grands renforts de coups de poings assenés de manière savante et répétée. À part nous quatre, essayant tant bien que mal d’éviter que la correction ne tourne au carnage en règle, l’incident se déroulait dans une indifférence soit gêné, soit amusé, tant il est vrai que, à l’instar de La salle du Bar Tabac de la rue des Martyrs, ici aussi les cuillères ne semblaient ne servir que rarement pour le café...
Après avoir réussi à négocier sans trop de dommage notre sortie, et essayant de gérer les velléités de vengeur masqué de Karine et de ses camarades qui, justement outrés du comportement du videur, essayaient de plus en plus bruyamment de protester auprès de lui, j’appelais la police afin de tout de même signaler l’incident. Pour ma part, bien que je ne sois pas — qui a dit « encore » ? Qui ??? — spécialiste du monde interlope de la nuit, il me semblait évident qu’il n’était pas très utile de discuter avec un videur à trois heures du matin dans le dessein d’essayer de lui faire entendre raison sur la nature un peu plus que délirante et dangereusement violente de son comportement...
Le couple de camarades nous ayant — à notre grand contentement — lâchement abandonné pour aller vaquer à vélo à leurs propres occupations, Karine et moi même commençons nous éloigner de la Taverne et, tout en se dirigeant insensiblement vers mon hôtel, nous commençons à explorer de plus en plus intimement les recoins et replis de nos anatomies buccales respectives, ainsi qu’à nous peloter tout ce qui était décemment possible de l’être à trois heures du matin dans ce quartier quelque peu nerveux de la nuit toulousaine. Karine était sensiblement plus bourrée que moi, et cela lui donnait la caractéristique de parler un tout petit peu trop fort par rapport à notre degré d’intimité. Mis à part cela, je n’avais à cette heure aucun scrupule à l’emmener dans mon antre dans le but avoué et partagé de nous livrer à quelques exercices jubilatoires à caractère explicitement copulatoire et sexuel. Il y avait tout de même chez moi, un petit sentiment d’incompréhension, sinon de malaise, face à cette jeune fille charmante, entreprenante, et doté d’une paire de fesses à se damner, qui se basait sur l’impression que j’avais qu’elle n’était pas tout à fait présente. Non que je la sentisse lointaine ou préoccupée par d’autres pensées, mais plus simplement j’avais le désagréable sentiment qu’elle était toujours un peu à coté de la conversation ou de la situation, me faisant par exemple plusieurs fois répéter les choses que je lui disais.
Arrivés dans ma chambre sans encombre, nous commençons à nous peloter de moins en moins sagement, et une chose arrivant un peu plus vite qu’une autre dans ce genre de cas, nous nous retrouvons à moitié à poil, avant même d’avoir eut le temps d’y songer. Là, visiblement moins pressé que moi, Karine me demande de boire une bière, afin de prendre le temps de discuter un peu. J’en trouve une dans le minibar, et lui sert dans un des verres disponibles à cet effet et, entre alcool et cigarette la jeune fille commence à me parler de choses et d’autres. Je ne sais plus tellement de quoi il s’agissait, à part que son monologue ponctué de questions auxquelles j’avais pour la plupart déjà répondu au cours de la soirée, avait le don de m’énerver un petit peu.
Aussi, après lui avoir laissé discourir de cette manière quelque temps, je lui enlevai sa bière des mains que je posai par terre, et commençai à me faire pressant et tendre. Ne me résistant plus, elle s’abandonnait désormais au joug de mes caresses et de mes baisers, au point qu’assez rapidement, je me retrouvais la tête entre ses jambes désormais dénudées, en train de lui pétrir les fesses, dans le but de lui ôter son string afin de me livrer à une petite exploration digitalo-linguale de son intimité. Une fois l’opération effectuée, je me retrouvais un petit peu étonné et contrarié — mais tout de même pas au point de me faire renoncer — devant l’absence totale de pilosité pubienne de son sexe.
Alors même que l’idée était pour moi tout à fait excitante, ayant déjà remarqué ce détail au cours de mes précédentes explorations en aveugle, le fait de me retrouver devant cette chatte rasée ne m’enchantait pas réellement plus que ça, tant l’aspect, à la lumière — même tamisé à la hâte par mes soins grâce à l’aide d’un vieux t-shirt balancé sur l’abat-jour de la lampe de chevet — qui régnait dans la chambre de son sexe glabre, quoique déjà ouvert, gonflé luisant et brillant d’excitation, me faisait insensiblement penser à un poulet fraîchement déplumé. Décidant de ne pas me laisser désarçonné par cette impression, je me lançai dans un cunnilingus savamment délivré. Alternant les baisers, coups de langues et masturbations directes de son clitoris, de ses lèvres et de l’entrée de son vagin, je la menais, assez rapidement — l’alcool devant aussi aider — tout du moins à l’orgasme, en tout cas à une inondation assez généralisée. D’un commun accord et sans pour autant avoir besoin de le verbaliser, nous décidons d’aller plus avant dans notre découverte intime l’un de l’autre, et après m’être enfin débarrassé des quelques habits qui me restait et m’être fait faire quelques courtes mais délicieuses dévotions, je me mis à la baiser avec la meilleure volonté du monde. L’alcool et l’excitation qui s’était emparé de moi depuis déjà un bon moment aidant, elle jouit longuement et puissamment et délicieusement, bien longtemps avant que je sois près d’y arriver.
Apparemment repue, même provisoirement, elle se fit un devoir de me délivrer et, après avoir dégagé mon sexe de la capote qui l’enfermait, elle se fit un devoir — autant que visiblement un plaisir — de me tailler une pipe, qui — je dois le dire — fut pour moi tout à fait mémorable. Avalé, sucé, pompé, délicieusement manipulé avec soin rythme et vigueur, englouti et titillé avec talent et délice, mon chibre fut sur le point de rendre l’âme à plusieurs reprises, mais, malheureusement et sûrement à cause des effets cumulés de l’alcool et d’une excitation très longtemps prolongé, je ne dus mon salut — ainsi que mon orgasme, mais est-il utile de le préciser ? — qu’à moi-même, et à la manipulation experte et musclée que je prodiguai à ma bite. Un peu dépitée de n’avoir pas su me faire jouir toute seule, Karine, me promettait monts et merveilles pour les nuits à venir. Amusé de sa colère contre elle-même, et excité par ses promesses, je la rassurais en lui expliquant les raisons contextuelles de mon retard à l’explosion, ainsi qu’en la rassurant sur la grande qualité de ses fellations. C’est ainsi que nous nous endormîmes, lovés l’un contre l’autre, un peu collant, un peu suant, un peu puant, mais soulagé et sereins, non sans avoir auparavant remis le couvert, mais cette fois, tout de même un peu plus rapidement.
Bah oui, cher lecteur attentif et assidu, j’ai quelques tendances boulimiques, dès fois. Je sais, c’est pas bien, mais qu’est-ce que tu veux ? On ne se refait pas...
Le matin nous surprit assez vertement, tant par sa rapidité à survenir, que par son incroyable capacité à vous faire prendre conscience sans ménagement de la réalité des faits. Avant de nous laisser totalement submergé par elle, mais en ayant tout de même pris le temps de nous livrer à quelques sommaires ablutions, nous nous re-livrâmes nos corps encore ensommeillés en pâture l’un à l’autre. Une fois cela fait, il fallait bien dire que le constat n’était pas forcément que reluisant, et ce, par bien des aspects. Gueules de bois, voix pâteuses, haleines douteuses, nous n’étions que les pâles reflets de ces amants flamboyants et uniques, miraculeux et éternels, qui avaient peuplé cette chambre la nuit dernière. La chambre elle-même semblait refléter notre état de décrépitude, tant le désordre qui la caractérisait, l’odeur de hyène rancie composée principalement de tabac froid, de transpiration, de foutre, et de bière — qui entre temps avait eu la mauvaise idée de se renverser sur la moquette — n’éveillait en moi qu’une sorte de dégoût résigné devant la cruelle et lucide — mais certaine — contingence de notre condition.
Ces dans ces vapeurs, que nous engagions une conversation passablement vaseuse, et que à deux reprises en moins des dix minutes que cette conversation dura, Karine me posa la question suivante :
« Mais tu fais quoi déjà dans la vie? »
Je dois bien vous avouer à vous — mes petits lecteurs adorés et chéris — que cette question éveilla en moi un sentiment assez désagréable, que j’essayais de contenir de plus en plus mal, tout en répondant à la jeune fille. Après avoir commandé le petit-déjeuner et pendant que la demoiselle prenait une douche, je sentis la colère monter en moi. Je commençai vraiment à douter des qualités de la mémoire de la jeune fille, car cette question posée de manière aussi répétitive en aussi peu de temps, à laquelle j’avais répondu à chaque fois le plus honnêtement et le plus complètement possible, me posait un réel problème...
Je repensai à tous les événements écoulés depuis notre rencontre, à sa manière de me faire répéter les choses plusieurs fois, à sa descente plus que sérieuse, à son attitude générale que je qualifierais d’ « un peu à côté », et à l’impression de malaise qui m’avait saisi déjà plusieurs fois, quoique de manière fugace, depuis notre rencontre. Dans mon récapitulatif, j’en arrivai à la soupçonner d’une possible poly-toxicomanie, et commençai à redouter très sérieusement de devoir la revoir dans cet état. En fait je commençai à me persuader que cette nana était un peu plus folle que ce que je pouvais supporter, et surtout, que sa personnalité recelait probablement des aspects que je me savais incapable de gérer sereinement.
C’est ainsi que malgré les projets que nous fîmes au cours de ce petit-déjeuner de nous revoir dès le soir même, et malgré et le très bon souvenir que je garde encore de cette nuit-là et des qualités indéniables de fellatrice de la jeune femme — ce qui n’est tout de même pas si fréquent que cela, je peux vous l’assurer — je décidai, secrètement à ce moment-là, de ne pas la revoir durant toute la durée de mon séjour toulousain.
16:30 Publié dans Confessions et autres immoralités, D'un verre à l'autre, En errance... | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
20 mai 2006
"Mais tu fais quoi déjà dans la vie?" — Où comment l'amnésie a eu raison de la libido de notre jeune héros...
Comment commencer ? C’est toujours la question, n’est-ce pas ? D’une certaine manière c’est sûr, et en même temps, bon... On s’en fout un peu, non ? C’est pas ça l’important.
Non alors juste avant de commencer, un petit préambule sur mon état de procrastination actuel. Non, lecteur attentif et assidu de mon cœur, je ne vais pas ici te livrer mes états d’âme profonds. C’est juste que je me faisais la réflexion, il y a quelques minutes en rentrant du Bistrot d’à Côté — où j’ai bu un Coca Light, je précise, dès fois que vous me preniez réellement pour un alcoolique profondément dépendant... — qu’il y avait quelque chose d’assez navrant dans ma participation blogosphèrique en ce moment. Non pas navrant de par la qualité de mes notes ni même de mes commentaires — je suis bien trop fier de ce que je fais pour m’avouer cela, ne serait-ce que l’espace d’un instant — mais bien de par mon activité-même en ce moment, truffé de paradoxe, et, en même temps, terriblement suiviste et conformiste par rapport à l’époque. Car, il faut bien dire —et c’est ce que je fais — que mon activité préféré pourrait se résumer à être présent, visible aux yeux des autres, à occuper le terrain coûte que coûte, à trouver le commentaire pertinent, celui qui fera rigoler mon correspondant, ou bien qui sera à même de provoquer ou d’entretenir une polémique. Et puis j’aime bien avoir l’illusion que je suis omniscient, et comme depuis trois ou quatre jours cela n’arrête pas d’interopérabiliter et d’intercorrespondre d’un blog à l’autre et d’un commentaire à son voisin, moi, dans mon obsession prométhéenne et dans mes phantasmes d’ubiquité, je passe un temps fou à m’amuser à sauter d’un lieu à l’autre, pour y laisser mes petites traces odoriférantes, à baliser mon territoire virtuelle et imaginaire, en somme. Et c’est y quand même pas un peu bizarre et suspect de vouloir à ce point être présent et visible et au courant de tout sur tout et tous et toutes, pour moi, qui ne veut pas livrer une once de ma réelle identité, qui me cache et me préserve — de quoi, d’ailleurs ? c’est bien la question... — derrière le masque de cet Artiste Assoiffé ?
Et puis, toujours en remontant la rue jusqu’à chez moi, je comprends, en un instant que tout cela, en plus d’être paradoxal, et quelque peu incohérent — ce qui par ailleurs ne serait pas forcément pour me déplaire — est aussi, plus prosaïquement, tout simplement navrant dans le sens où je suis, en ce moment, en plein dans le mouvement de mon époque, où la chose qui prime avant tout est la communication... Peut importe ce que l’on à dire, peu importe à vrai dire si c’est intéressant, vrai, drôle, pertinent, sensible, l’important c’est de communiquer sur le fait qu’on parle, de manière à ce que — comme dirait l’autre imbécile — Tout le Monde en Parle ! ... C’est navrant à dire, mais en ce moment, je suis bien obligé de faire constat que ce qui m’amuse le plus, ce qui me tient éveillé jusqu’à des heures indues, ce qui m’entraîne à laisser la poussière s’accumuler dans mon appartement, ce qui me retient de régler des tas de problèmes vraiment important dans ma vraie vie à moi, c’est le simple fait de rendre mon avatar — mon Blase, dirait les vieux militants — visible et présent sur la petite orbite blogosphérique que je fréquente...
Bon en même temps, rassurez vous — ou consternez-vous, ou prosternez-vous, ou Jacques-à-dit mettez-vous à genoux, c’est selon — ce n’est pas demain la veille — et non pas la vieille, parce que sinon, ça ne veut plus rien dire du tout — que je m’arrêterais de polluer les commentaires de mes chères et chers correspondants...
Enfin tout ce préambule n’avait pour but que de répondre à la question qui se pose dans le titre de cette note, et dont je dois bien avouer que je n’ai pas la moindre idée de la réponse en ce moment.... Mais en même temps, ce qui me conduisit à poser cette question en forme de titre, n’a rien à voir avec ce que je viens de développer plus haut. En réalité c’est la question qui me fut poser il n’y a pas si longtemps que cela, de manière assez répétitive par une jeune fille, et qui de par même sa répétitivité, me fit perdre tout sentiment concupiscent à son endroit. Alors pour vous la faire courte — ou long, c’est selon — permettez moi de vous plongez dans la situation...
Je suis à Toulouse, il y a quelques moi de cela, en déplacement professionnel, comme souvent durant cette période. Nous venons d’arriver, nous ne travaillons que le lendemain. On s’est fadé le voyage en train — en première certes, mais bon, quand même ça reste environ cinq heures de train... — et qui plus est on venait juste de rentrer de Brest je crois, et la fatigue aidant et s’accumulant de trajet en trajet, on commençait sérieusement à accuser le coup. Enfin je dis « on », je devrai dire « je », parce que pour les autres, je sais pas, moi... Et puis, bon il faut bien dire que le patron, il avait pris l’avion pour venir à Toulouse, et alors forcément, ça créer toujours un peu de ressentiment, les différences de traitements au sein d’une équipe aussi soudée que la notre... Tout ça pour dire que j’étais un peu crevé, et qu’en même temps, étant donné la vie totalement déstructuré — géographiquement parlant — que je menais à cette époque — un seul exemple, à ce moment-là j’avais l’impression bizarre que mon appartement parisien était une sorte de chambre d’hôtel très surchargé au niveau déco, et dont le service était tout à fait déficient, surtout eu égard au prix que cela me coûtait — la perspective d’avoir une « vraie » soirée de libre, même dans cette environnement totalement inconnu pour moi qu’était la métropole rose bonbon, était tout à fait réjouissante et revigorante...
Une fois déballée ma valise à l’hôtel, je me rends en compagnie de mes collègues en direction du restaurant de la place W., où nous avions réservé pour débuter la soirée. Soit dit en passant le « W. » c’est juste une coquetterie de mauvais aloi, puisque n’importe qui connaissant un peu la bonne ville de notre étrange et (pas si) bon ministre des affaires étrangères voit très bien de quelle place je parle... Là, un peu par hasard, nous retrouvons le patron, qui a eu la même idée que nous au niveau du restaurant. Mais qu’à cela ne tienne, plus on est de fou, plus on rit, et nous voilà de nouveau, et une fois de plus — Ouais, je sais, mais qu’est-ce que vous voulez ? j’aime bien être redondant de temps à autre ! — attablé pour manger, boire, et deviser gentiment de sujets passionnants comme, au choix, la comparaison de la taille et des commodités de nos chambres d’hôtels, la pénibilité de notre condition de V.R.P. du moment, la très faible intensité de nos relations extraprofessionnelles, la qualité du vin, l’évaluation du potentiel de rencontres extraconjugales possibles en milieu midi-pyrénéen, l’existence ou non d’un complot international destiné à nous prendre toujours nos réservations de trains dans le wagon de tête à Montparnasse, nous obligeant, par la même, à d’interminables course poursuite sur les quais de gares parisiens, l’incroyable diversité culinaire de notre beau pays, ainsi que de l’état de déliquescence du couple malencontreusement situé à côté de nous. Ceci ayant été dit, ingéré, bu, et commenté abondamment, nous payons chacun notre (pas si) petite part d’addition, et commençons à planifier notre fin de soirée, ou début de nuit, c’est selon.
Mon cher collègue M. — qui par ailleurs m’insupporte au plus haut point, et pour tout vous dire, pas que moi — a eu la bonne idée, une fois n’est pas coutume, d’avoir des amis toulousains, qui lui conseillèrent, d’aller boire un verre à côté de la place W., dans une Taverne appelé « Les Coulisses ». Bon, en fait, il n’a pas vraiment d’amis mon collègue M. qui m’irrite tellement. C’est simplement qu’il a le contact facile avec les gens, et qu’il choppe hyper rapidement des numéros de téléphone, et que du coup il passe son temps à passer des coups de fils absurdes-et-enjoués à quantité de gens qui — trop gentils ou trop cons, ça reste à voir — ont l’amabilité de lui répondre... Donc en réalité, son super meilleur ami de la mort qui tue, était juste une vague connaissance, qui n’a même pas daigné le rejoindre au susmentionné établissement...
Donc — et pour en revenir devant vos yeux ébahies et ébaubies à nos moutons — nous nous dirigeons vers Les Coulisses, en petite bande d’environ une demi-douzaine, et nous nous installons sur la terrasse gardée dudit établissement. Avant toute chose, il faut dire que nous étions le jour de la Saint-Valentin, et que ce jour-là ce merveilleux débit de boisson Toulousain — sorte de Hard Rock Café déclassé de province, repère de la jeunesse au poches bien pleines et au cerveau léger — avait eu la bonne idée d’organiser une soirée Facteur, dans le but de s’attirer la clientèle célibataire, qui, un soir comme celui-là aurait eu, ailleurs, la désagréable impression de ne pas être totalement à sa place. Une soirée Facteur — pour ceux et celles de mes lecteurs attentifs et assidus qui ne seraient pas à la page des derniers concepts markettingo-pourris qui sévissent dans le milieu de la nuit — se déroule de la manière suivante : à l’entrée du bistrot, après s’être fait reluquer de haut en bas par le videur — et plus ou moins consciencieusement selon son sexe ou sa couleur de peau — une charmante hôtesse te colle de manière bien visible, une étiquette avec un numéro, puis, une fois que tu t’es installé à une table, elle vient te filer un bloc-notes pré imprimé et des stylos bille tout pourris. Là tu prends conscience de deux choses. Et d’une, tu n’es pas le seul auquel on a collé de force une étiquette sur le veston, car tout le monde dans le bistrot semble logé à la même enseigne, clients et personnel compris ; et de deux, le but du jeu est d’écrire des petits mots au numéro que tu désires — de préférence graveleux, les petits mots — de la part de ton numéro, et adressé à la personne au numéro de ton choix par l’intermédiaire de deux hôtesses dont le boulot consiste, à récolter les petits papiers et à aller les redistribuer — un vrai boulot de con en résumé... Notre Patron nous ayant rejoint après avoir tout de même eu l’extrême délicatesse d’accompagner ses enfants et ses parents, jusqu’à leur hôtel — pas le nôtre, un palace toulousain avec vue plongeante et panoramique sur la place du Capitole ; c’est le patron tout de même, il est pas là pour se faire chier ! —, et après quelques Mojitos consommés, notre petite bande commence à se laisser prendre au jeu, et à faire des allers-retours entre la terrasse et la salle, pour repérer des cibles, puis pour leur faire de grotesques déclarations enflammées.
Ce petit jeu dure le temps qu’il peut, mais assez vite notre jeune héros — à savoir moi-même pour les cancres (Toujours les mêmes !!!) qui ne suivent plus... — se rend compte que cela l’emmerde profondément, d’autant plus qu’étant donné le nombre de personne présente au seing de l’établissement, ça prend un temps de taré entre le moment où tu files ton papier à la Factrice, et le moment où te reviens la réponse. Tu as très vite fait de comprendre que si tu ne veux pas perdre totalement ta soirée, tu as plutôt intérêt à porter le papier toi même, mais quand tu te retrouve devant la personne, tu te demandes vraiment si la meilleure solution pour l’aborder est de lui donner un papier ridicule, ou bien d’aller lui parler directement. Hein ? Qu’est-ce que tu en penses, lecteur attentif et assidu de mon cœur ? Alors bon, la soirée se poursuit au rythme des Mojitos ingérés, des passes d’armes cordiales et haineuses entre mon collègue M. et moi, et de quelques jolies filles que nous nous disputons, à coup de danses endiablées, de discussions fumeuses, d’échanges de numéros de portable et de concours de chapeau ridicule... Hum...
Ici, le narrateur préfère ne pas expliquer en quoi consiste un concours de chapeau ridicule pour des raisons qui touchent, entre autres, à sa propension à ne pas trop se couvrir de ridicule aux yeux de ses fidèles lecteurs attentifs et assidus...
C’est à peu près au milieu de ce joyeux bordel alcoolisé que notre jeune héros fait la connaissance de Karine, — que nous appellerons Karine car elle s’appelle Karine — jeune toulousaine à peu près du même âge que lui, l’air tout autant amusé et surpris et gêné que lui de se trouver dans un endroit aussi peu en adéquation avec ses fréquentations habituelles. Bah oui, car notre jeune héros — malgré tout le mal que vous pouvez penser de lui — n’a pas l’habitude de fréquenter des bistrots pleins de blondasses décolorées et écervelées trémoussant leurs attributs devant les yeux de jeunes cons pleins de pognons et super méga sympa (cf. la B.M. à papa garé dans la ruelle d’à-côté), dans l’espoir de se faire sauter dans les plus brefs délais et plus si affinités. Après quelques manœuvres d’approches consistant principalement en discussions oiseuses et ironiques accompagnées de quelques gorgées d’alcools variés, notre jeune héros se retrouve plus ou moins flirter avec la dite Karine, qui visiblement ne semble pas du tout s’en offusquer. Jeune, blonde, dotée d’un corps tout à fait au goût de notre jeune héros ainsi que d’un solide sens de l’humour — que nous caractériserons par les mots ironie et dérision — Karine semble charmée par les avances de moins en moins voilées de notre camarade, et sans réellement y répondre avec toute la spontanéité à laquelle ce dernier aurait pu croire
pouvoir prétendre — étant donné l’immensité de son ego démesuré — elle le laisse tout du moins espérer à une issue un peu plus que favorable en ce qui concerne cette soirée. En clair : Y’a moyen de conclure, j’te dis !!!
Avec le recul, J’aurais tout de même dû me méfier dès ce moment-là de sa propension à me faire répéter plusieurs fois mes réponses, mais l’alcool aidant — il a bon dos, celui-là — je penchais volontiers pour une explication mettant plus en cause l’infernal niveau sonore de l’établissement dans lequel nous nous trouvions, plutôt qu’un quelconque désordre psychique, même passager. L’heure de la fermeture approchant, mes avances se faisaient de plus en plus directes et précises à l’égard de Karine, mais — car il faut bien l’avouer — malheureusement pour moi, plus je précisai mes désirs — tout ce qu’il y avait de plus concupiscent, mais cela tu l’avais déjà deviner, mon cher et clairvoyant lecteur attentif et assidu — plus la jeune fille semblait se faire un devoir d’y répondre de manière vague et brumeuse, m’expliquant, par exemple, que l’idée de passer du bon temps avec moi — en clair de niquer — la tentait bien, mais qu’elle n’était pas tout à fait maîtresse de son temps, tout accompagnée d’amis qu’elle était, et que par ailleurs une faim certaine et tenace la tenaillait, et qu’avant toute chose, il était de son intérêt le plus impérieux d’aller se restaurer... Prenant ces propos comme un refus, certes poli mais ferme de sa part, et étant sortit de table depuis peu, je refusais la proposition qu’elle me faisait de l’accompagner, elle et ses amis, au restaurant, ne sentant que trop venir l’issue probable d’une pareille réunion. Je n’avais, en effet, que très moyennement envie de la regarder manger pendant une heure pour m’entendre dire à l’issue du banquet, que cette rencontre était très sympathique, mais qu’elle devait se terminer là, car elle — la jeune fille, pas la rencontre, bandes de cancres irrécupérables que vous êtes ! — avait du travail le lendemain, ou tout autre prétexte du même acabit. Bon je sais, vous allez me dire que je suis un peu adepte du tout ou rien, mais qu’est-ce que vous voulez, d’une part, vous n’auriez pas tort et d’autre part, quand on a un mauvais pressentiment... enfin bref, vous savez ce que c’est. Néanmoins, dans l’hypothèse où tout ceci n’était pas voué à se terminer en eau de boudin, notre jeune héros eu tout de même la présence d’esprit de pratiquer un bon vieil échange de numéros de mobile, parce bon, on ne sait jamais, comme dirait l’autre : Le pire n’est pas toujours certain. Ni le Meilleur d’ailleurs...
Je laissais donc filer la donzelle vers des cieux plus roboratifs, et m’employai à occuper le temps qu’il nous restait — moi et mes collègues encore présents physiquement parlants, parce que au niveau psychique et spirituel, l’alcool ayant largement eu le temps de produire ses effets, on ne peut pas dire que c’était très reluisant... — à tirer dans cet établissement avant sa fermeture, à payer ce que je leur devais, et à ne pas céder à la tentation de fracasser le crâne de mon cher et sympathique collègue M. qui me gavait sérieux à me prendre comme sujet de ses moqueries afin de séduire la blondasse de son choix, ainsi qu’à prétendre en ne rigolant qu’à moitié — tout antisémitisme, même de bas étage et inconscient mis à part bien entendu... — que je n’avais pas du tout payé ce que je devais...
Je l’adore vraiment lui, c’est un poëme à lui tout seul : stupide, prétentieux, inculte et fier de l’être, incapable du moindre effort ni de la moindre remise en question, un sourire d’escroc digne d’un vendeur de voiture d’occasion pourries accroché à sa petite gueule d’amour, menteur mais mauvais, lâche, couard, arriviste comme pas deux, pute au dernier degré, médisant comme une teigne, avide de reconnaissance de contrebande, tellement peu soucieux de la qualité de son travail, se permettant de donner son avis sur tout à tous, irrespectueux jusqu’à l’outrage du travail des petites mains, droitiste convaincue par culture plus que par réflexion, coléreux par bêtise, arrangeant par intérêt, ne supportant pas qu’on ne puisse pas l’apprécier, et fuyant comme la peste toute situation où ses faiblesses pourrait être mis à jour................. Et encore je me contiens.
Je me retrouvais donc sur le trottoir devant le rade, en compagnie de M. et N., tiraillé entre l’envie de rentrer directement à l’hôtel sans me soucier plus avant de l’état dans lequel je les retrouverai, ou pas, le lendemain, ou celle de les corrompre afin de les amener à m’accompagner boire un ultime verre dans un quelconque bistrot de nuit toulousaine. Mais la vie faisant bien les choses, c’est ce moment que choisit mon téléphone pour sonner, me prévenant par là même que Karine avait réellement le vif et ardent désir que je la rejoigne — dans un premier temps... — dans le restau où elle était. Suite à des contingences et autres emmerdements techniques indépendants de notre volonté — rupture de réseau, friture sur la ligne, etc. — il se passa quelques minutes, où je dus subir les relents de mauvaise humeur avinée de mon collègue N. — au bout d’un certain stade, il a l’alcool mauvais... — aussi bien que les avances pressantes d’un jeune garçon gueulard et corpulent, avant que je puisse me rendre dans le restau en question.
Non mais sérieusement, je suis un peu trop crevé pour finir là tout de suite, donc je préfère finir un peu plus tard, et comme en même temps je ne voudrais pas vous priver du plaisir de me lire....
21:25 Publié dans à suivre (ou pas), D'un verre à l'autre, En errance... | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note
08 mai 2006
Au train où vont les choses... (Terminus)
Un aveu pour commencer. Je ne suis pas puceau.
Bon je sais ce n’est pas très original, mais on fait avec ce que l’on a, et en ce moment, moi — comment vous dire ? — je ne roule pas vraiment sur l’or. Un petit résumé s’impose, en tout cas pour ceux qui n’auraient pas eu le bon goût et l’extrême délicatesse de lire les épisodes précédents...
(Pour ceux qui, tout de même, auraient l’heur de s’amender, on peut les retrouver ici et là.)
Alors voilà, je ne m’étais pas vraiment jamais préparé à me retrouver dans des situations comme celle-ci, mais bon — comme On dit — c’est face à l’adversité que l’on se rend compte si on est un petit vermisseau ou bien un super héros.
Reste encore la possibilité d’être juste un type normal, dealant comme il peut avec les évènements, mais cette possibilité n’étant, statistiquement parlant, qu’extrêmement minoritaire, je préfère ne pas m’étendre dessus, d’autant qu’en plus il y a une force que cette possibilité, ce soit moi, le type normal, et je ne voudrais pas me retrouver avec un lumbago ou un épisode psychotique dissociatif sur les bras...
Un tout petit peu échaudé par les évènements des heures précédentes, donc, je me retrouvais ce soir-là dans un taxi parisien en direction d’une fête où, selon toute vraisemblance, j’allai me retrouver en compagnie de jeunes gens de mon espèce, fortement alcoolisés, en proie à des névroses sexuelles diverses mais s’efforçant — ou pas — de les cacher, avec une forte proportion d’individus féminins — des filles, quoi — dont une partie — difficilement estimable, qui plus est à bord du taxi — de ces susnommées individus féminins serait susceptible de ne pas répondre à mes avances et autres sollicitations par un énorme éclat de rire ou une magistrale paire de gifles, réponses fortement jubilatoires pour un hypothétique auditoire, mais rarement narcissiquement bénéfique pour le récipiendaire... (pour les imbéciles, le récipiendaire désigne la puissance invitante — à passer la nuit chez lui, par exemple)
Le taxi, après m’avoir délesté — lui aussi, c’est une manie ici, ou quoi ? — de quelques poignées d’euros, me déposa devant l’immeuble où se déroulait la petite sauterie. Je n’étais pas officiellement invité, j’avais juste reçu un SMS quelques heures auparavant de la part d’un ami, lui-même ami avec le type qui organisait la soirée, mais pas chez lui, chez son ex-petite amie. Le problème, c’est qu’en me retrouvant devant cet immeuble, je me souvins être déjà venu ici quelques mois auparavant. Alors bon, si le fait de venir à une fête où je ne suis pas invité ne me gêne pas plus que ça — à partir du moment où il s’agit d’une grosse fête, je ne suis quand même pas si goujat... — cela devient tout de suite plus délicat à envisager lorsque vous vous rendez compte que les gens que vous ne connaissiez pas, en fait, vous les connaissez…
Mais bon toutes réflexions faites, je me dis qu’il était beaucoup trop tard pour changer d’avis, que de toutes façons le taxi était déjà reparti, et que bon, tant que j’y étais...
Je demanderais au lecteur attentif que tu es de ne pas trop s’appesantir sur le peu de fondement des réflexions précédemment exprimées, ce serait très gentil de ta part, lecteur attentif, d’autant plus que je suis assez grand pour savoir quand je raconte n’importe quoi ! Non mais quand même ! Je vais pas me laisser marcher sur les pieds, hein !
Je franchis donc la porte d’entrée de l’immeuble, et là s’ensuit un dialogue navrant avec un jeune couple passablement éméché que je ne connaissais pas.
Elle : Salut !
Moi : Salut.
Elle : Tu vas à la fête ?
Moi : Bah, euh… Oui.
Elle : Hahahah...
Lui : C’est cool, nous on s’en va.
Moi : Ah bon, bah… euh très bien.
Elle : Hein ?
Moi : Euh...... enfin, je veux dire … bonne soirée...
Elle : Ouais c’est ça bonne soirée...
Moi : bon bah, au revoir.
Lui : Salut, mec. C’est au troisième.
Moi : Oui, oui, je sais déjà...
J’arrive donc dans la soirée, rien d’exceptionnel à vrai dire, c’est tout à fait comme je me le suis imaginé. Je dis bonjour rapidement aux deux ou trois personnes que je ne connais pas stockés contre la porte d’entrée, puis, sans demander mon chemin, me faufile jusqu’à une des chambres pour y déposer mon manteau.
Dans le couloir enfumé s’entassait déjà quatre ou cinq couples potentiels occupés à de diverses activités passionnantes aux nombres desquels on peut distinguer — au choix — l’entremêlement de langues, la comparaison de ses cursus universitaires, l’énumération des derniers films/disques/livres consommés avec en option avis-qui-porte-à-controverse pour alimenter la conversation et tenir son auditeur éveillé, ainsi que la désormais très rituelle question « Mais au fait tu connais qui, ici ? ».
Une fois traversé cette faune caractéristique des couloirs de soirées parisienne, je me dirige vers le bar dans l’espoir de m’y servir un verre d’alcool encore buvable. Peine perdue, car à cette heure déjà avancée, tous les alcools dignes de ce nom ont déjà été liquidé par la faune assez nombreuse — je dois le dire, et en incise s’il vous plait ! — et il ne reste plus qu’une espèce d’amas informe, composé de cadavres de bouteilles diverses, d’amas plus ou moins instable de gobelets reconvertis pour la plupart en cendrier de fortune, ainsi qu’un nombre indéterminé de vins rouges imbuvables, de vodkas bon marché, de sodas éventés et de jus de fruits frelatés... Mais bon, je ne suis pas bégueule, et de toute façon je suis trop énervé pour m’arrêter à de telles considérations. Je me sers une Vodka-quelque-chose, m’allume une je-ne-sais-combientième cigarette de la journée et me dirige vers un petit groupe de gens que j’ai l’heur de fréquenter.
Nous devisons assez passablement, et je m’efforce surtout de ne rien raconter de mes aventures des heures précédentes, trop jaloux de mon énervement. Je savais déjà, que si je me déchargeai sur mes amis de ma colère, il ne m’en resterait à coup sûr pas assez pour me comporter en mauvais garçon, et comme c’était un petit peu plus que beaucoup l’objectif de la soirée...
Tout en faisant semblant de passer une bonne soirée, j’inspecte donc la pièce où nous sommes, non pas tant pour me faire une idée de la décoration dont je n’ai, à cet instant, absolument rien à carrer, mais bien plutôt pour y repérer celles qui seraient susceptibles de faire les frais de mes assauts. Après cette phase indéterminée de matage camouflée et après m’être fait délesté de quelques cigarettes supplémentaires, je me rends compte qu’une amie à moi est déjà en train de danser, et elle-même étant entourée de jeunes filles accortes, je me dirige vers elle, non pas tant pour la saluer — ce que je fis tout de même, parce que bon vous savez ce que c’est... — que pour me faire reconnaître comme un-ami-de-ma-copine par les donzelles susmentionnées. C’est un truc incroyable, ça, de se faire introduire par quelqu’un auprès d’un groupe de gens. Ça facilite les rapports immédiatement. Et non je ne parle pas de gel lubrifiant ou de GHB.
Je me laisse donc bercer par la musique au point de me déhancher en rythme et — dois-je l’avouer ? — d’y trouver un plaisir assez grand et grisant. Oui j’aime me retrouver ainsi en train de danser entouré de jolies minettes, sans que pour autant, ayant été introduit ou tout comme, je ne leur fasse l’effet d’un infâme monstre lubrique et concupiscent qu’en réalité je suis.
Après quelques minutes de ce régime, je remarque plus particulièrement l’une d’entre elles, qui a eu le malheur de me lancer plusieurs regards insistants.
C’est souvent comme ça en fait. Je suis vachement feignant, je ne drague que si je sens qu’il y a déjà de l’intérêt pour moi.
On ne se refait pas.
Et en tout cas pas à deux heures et demie du matin, avec un peu plus d’un gramme d’alcool dans le sang, et avec comme seul objectif de me taper une minette, n’importe laquelle à vrai dire, juste pour me décharger de l’agressivité accumulée tout au long de la journée.
À y réfléchir cela fait peut-être plus longtemps qu’elle s’était accumulée, l’agressivité.
Mais bon, à ce moment précis je réfléchis pas, j’entreprends.
Et pour tout dire c’est assez facile. La jeune fille à un appareil photo entre les mains, et il me suffit de lui faire un doux-sourire-charmeur pour l’intéresser. Elle me prend en photo, puis veut que je pose en compagnie de son amie. Nous rigolons bêtement. Un peu plus tard dans la soirée, je la retrouve accoudée à une bibliothèque sans son appareil photo. Je me propose de lui servir un verre, elle accepte, et me voilà quelques minutes après en train de discuter avec elle. Rien de très palpitant à vrai dire mais peu importe, l’objectif n’est pas là, elle m’a déjà remarqué, l’important maintenant c’est d’occuper le terrain, de me rendre accessible... ce genre de connerie-là.
C’est drôle d’un coup, je me rappelle qu’elle me fait penser à C. Comme elle, c’est une fille plutôt grande, un mètre soixante-quinze au bas mot, avec des épaules solides, très fine, un peu dégingandée, et qui a tendance à cacher son manque de confiance en elle en affectant une audace caractérisée...
Nous finissons ce bout de conversation. Le plus important est fait. Je sais qu’elle m’a remarqué, j’ai vu comme elle m’a regardé, comme elle a épié mes réactions, comme elle a rendu sourire pour sourire, œillade pour œillade. Je l’ai troublé et il ne reste plus qu’à attendre le bon moment pour l’attaquer.
Ce n’est pas que je la prends pour une fille facile, c’est simplement, qu’à ce moment-là je sais que ce sera facile avec moi. Aucune importance pour moi de savoir si elle me plait ou pas, si elle me trouble ou non ; elle ne me fait pas fuir, je suis dans une colère noire, je la veux pour toutes les mauvaises raisons qui font qu’un garçon à envie de coucher avec une fille, et c’est tout ce qui peut compter pour moi.
C’est sur la piste de danse que je l’embrasse pour la première fois. Il faut dire que sans me vanter outre mesure je me démerde pas mal quand je danse. Non que je sois un bon danseur, ce n’est pas du tout ça qui peut compter quand tu es dans une soirée, c’est plus prosaïquement que je suis sensuellement présent. Et, au final, c’est ça qui compte. Je veux dire quand tu danses. Et que tu dragues. Surtout à trois du mat’. En plus c’est bien d’embrasser une fille et de danser en même temps. J’veux dire ça permet de palper plein de trucs que tu oserais pas palper si tu bougeais pas. C’est le mouvement, ça aide c’est sûr.
Alors bon voilà, c’est lancé, on s’embrasse, on se palpe, on se matte, on rigole, on se tripote, on s’explore, on se déhanche. L’alcool aidant, le désir monte très vite, et, en moins de temps qu’on aurait pu l’imaginer — mais quand même un tout petit peu plus qu’il ne faut pour lire cette phrase — nous nous retrouvons allongé dans une chambre, isolés des autres participants de la soirée, en train de se découvrir plein de points communs, mais également en train de faire semblant de découvrir à quels points c’est différent, une fille d’un garçon.
C’est alors que les choses commencent à se compliquer. Nous sommes tous les deux un peu ivres, nous avons tous les deux très envie l’un de l’autre, comme en atteste la présence simultanée d’un de mes doigts sur son clitoris et de plusieurs des siens sur mon sexe, mais, à tout bien considérer, nous ne sommes pas dans les meilleures conditions du monde pour livrer nos corps en pâture l’un à l’autre. Nous ne sommes, ni l’un ni l’autre, chez nous dans cette chambre, qui plus est mal isolée acoustiquement parlant, mais qui a surtout la désastreuse particularité de ne comporter aucun verrou d’aucune sorte.
La logique voudrait dans une telle situation que nous partions le plus vite possible de cette soirée, pour rejoindre un endroit un tant soit peu plus propice à la copulation defoulatoire à laquelle nous étions près à nous livrer, et c’est ce que je lui proposai, quand dans un sourire à demi elle me susurra que c’était justement ça qui l’intéressait. Elle n’en a rien à foutre de la logique. Elle veut que je la prenne là, dans cette chambre, au milieu de cette fête, à quelques centimètres de tous ces gens qui dansent et boivent et ne se doutent de rien...
Je ne suis pas puceau, mais tout de même.
J’essaye de négocier, mais rien n’y fait, c’est ce qu’elle veut, elle n’en démord pas tout en palpant mon sexe à travers mon jean.
Alors bon, la stimulation aidant, je me fais à cette idée, et essaye de trouver une autre idée pour bloquer la porte, car même si à ce moment je suis prêt à baiser cette fille dans cette chambre inconnue, l’idée que n’importe qui puisse entrer dans cette pièce pendant que nous niquons à qui mieux mieux, ne m’excite pas plus que cela. Qu’est ce que vous voulez, on ne se refait pas !
Je regarde, mais ne trouve rien d’assez lourd pour dissuader qui que ce soit d’un tant soit peu déterminé d’ouvrir cette foutue porte de merde. Je m’apprête à essayer de bouger une étagère lorsque elle me demande ce que je fais.
Je lui explique du mieux que je peux, et elle ne trouve rien d’autre à me répondre qu’à se lever du matelas, à s’approcher de la porte, à s’adosser à celle-ci, à m’attirer tout contre elle, à saisir mes fesses à pleines mains, à écarter légèrement les cuisses de manière à ce que malgré l’étoffe de mon jean et du sien réuni nos sexes se retrouvent en étroite concomitance, et à m’expliquer que comme cela, nous ne serions pas dérangés.
Moi qui était venu à cette fête dans l’idée de me comporter comme un mauvais garçon...
Mais un autre problème se posa. Nous n’étions en possession ni l’un ni l’autre de capote, accessoire tout de même indispensable pour cet exercice de coup d’un soir réduit à sa plus simple expression. Je savais que j’en avais dans mon portefeuille qui avait eu la mauvaise idée de rester dans mon blouson, lui-même resté — le petit con ! — dans l’autre chambre...
Je me mets en quête de l’accessoire manquant, laissant l’objet de mon désir seul pour quelques instants, avec la ferme et très lubrique intention de rejoindre aussi vite que possible la minette qui mouillait pour moi.
Je dis ça, ne voyez rien de dégradant pour cette jeune fille dans mon vocabulaire, c’est seulement qu’à ce moment-là c’était tout simplement un fait constable et constaté. Quant à moi, l’expression « bandant comme un âne damné » se prête assez bien à décrire l’état dans lequel je me retrouvai à fouiner dans la chambre d’à côté...
Une fois en possession de mon blouson, et masquant comme je peux l’extrême excitation dans laquelle je suis, je reviens dans la chambre, où contre toute attente je retrouve ma camarade de jeux exploratoires en grande discussion avec son amie... Je pose le blouson sur le matelas, décide de les laisser discuter un moment, avant de poser un regard insistant sur ma proie, histoire de lui faire comprendre que si elle pouvait se débarrasser rapidement de la copine, ce ne serait pas pour me déranger.
Mais bon vous savez ce que c’est, quand une journée est pourrie, il faut la boire jusqu’à la lie.
Je fume une ou deux cigarettes en compagnie d’une parfaite inconnue qui me raconte à quel point elle aime ce que je fais, puis lorsque l’occasion se présente, c’est-à-dire lorsque enfin, je vois l’amie ressortir de la chambre, je me précipite pour m’introduire dans celle-ci — pas dans l’amie, bande d’obsédés, dans la chambre !.
Là, malgré toutes mes tentatives pour enflammer à nouveau son désir, il faut bien me résoudre, assez rapidement d’ailleurs, à cette idée, elle a changé d’avis. Elle ne veut plus. Elle est encore charmé par mes baisers, mais, comment dire ?, ce n’est plus ça. Ça ne fonctionne pas. La machine s’est arrêtée.
J’essaye de parlementer, d’expliquer que si elle veut on peut aller chez moi, de lui dire que moi-même, au départ je n’étais pas très chaud pour la prendre à la hussarde, comme ça, contre la porte de la chambre, et qu’à tout prendre, je préfère encore la prendre chez moi, dans mon petit nid douillet, sans la présence de quelques dizaines de jeunes gens avinés à proximité, mais confusément je sens que je commence à perdre mon temps. Elle fait mine d’accepter ma proposition, et nous nous filons rencard quelques minutes plus tard devant la porte d’entrée, le temps pour elle de retrouver ses affaires et de dire au revoir à quelques personnes.
Au bout de dix minutes à subir les propos inconséquents des cerbères auto désignés qui squattaient devant la porte d’entrée,
C’est cool comme soirée. Tu connais qui toi ? ah ouais ? et sinon tu fais quoi ? T’as pas une clope ? et sinon à part ça tu t’appelle comment déjà ? ......
je me dis qu’à tout prendre, il serait peut-être encore mieux d’aller la chercher, avant qu’elle ne change encore une fois d’avis.
Je la retrouve en grande discussion avec son amie. Je commence à perdre mes moyens, car je comprends que rien n’y fera, elle ne passera pas la nuit chez moi.
Elle viens me voir une seconde pour m’expliquer de vive voix ce que j’avais déjà compris.
La suite se passe de commentaire.
Défait, j’erre encore quelques dizaines de minutes dans la soirée, telle une outre remplie d’amertume et de dégoût jusqu’à la gueule.
J’écluse encore une ou deux Vodkas-machins, suis à deux doigts de me foutre sur la gueule avec un type encore plus saoul que moi, avant de me décider à partir.
Je rentre chez moi.
L’appartement est dans un relatif bordel, eu égard au fait que ma valise est défaite, que le linge sèche et que le courrier est étalé un peu partout.
Je ne pense rien, je me sens vide, je me sens vieux. Je m’en veux de m’être laissé aller à espérer quoi que ce soit. Je me déshabille, mais cela ne change rien car de toute façon cela fait longtemps que je suis nu. Je me lave les dents, me nettoie le visage, pour essayer d’effacer cet air d’incrédulité et d’abattement qui y règne.
Je me couche. Je ne suis plus saoul. À peine triste. Je ne souffre pas. Je suis comme anesthésié. Anéanti. Peut-être je pleure un peu. Non. Même pas ça. J’essaye de m’endormir. Je n’y arrive pas. Je me branle. C’est douloureux, mais cela fait du bien. Je jouis. Sans joie. Sans plaisir.
Tout est fini.
Demain sera un autre jour — C’est ce que je me surprends à me dire.
Je suis seul. Dans à peine plus de vingt-quatre heures, je repars faire le clown à Brest.
Tout cela n’aura pas existé.
02:28 Publié dans D'un verre à l'autre, En errance... | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
03 mai 2006
Au train où vont les choses... (le retour)
Tout d’abord il faut vous dire un truc. Il ne faut pas croire ce que dit homme.masqué et femme.voilée.
Je ne suis pas alcoolique.
Non.
Enfin je crois, je ne suis pas si sûr que ça, mais bon, normalement je ne le suis pas...
La preuve ?
Je me souviens parfaitement bien la dernière fois que j’ai picolé.
Quand ?
Bah… Samedi, je crois… Non. Vendredi ! Samedi, j’avais trop la gueule de bois pour aller boire à nouveau. Enfin, je sais plus bien, mais en général je me souviens très bien !!! Alors faut pas me chercher sur ce terrain-là, parce que sinon... Sinon quoi, d’ailleurs ? — je sais plus bien...
Bon tout ça pour en revenir à cette fameuse journée...
Je revenais de Bourges, et je devais repartir deux jours plus tard à Brest.
Alors autant vous dire qu’après la matinée que je m’étais tapée dans le train, je n'étais pas dans une humeur des plus flamboyantes pour affronter les corvées du passage obligé à Paris.
Mon Père nous attendait sur le quai de la gare, ma mère et moi. Il portait un manteau de fourrure et un chapska... J’ai eu l’impression pendant quelques secondes que nous venions d’arriver à Moscou. Mais non, nous étions bien à Paris. Ma mère et moi nous n’avions pas trop froid, surtout comparé à Bourges, mais lui, il avait décidé qu’il faisait au moins -20°, que la Moskova était gelée, et qu’en tant qu’apparatchik bon mari et bon père de famille, il était de son devoir de braver l’hiver sibérien pour aller chercher son fidèle cheptel de retour de villégiature...
Je vous jure, je ne mens pas, il ne manquait que deux ou trois officiers de sécurité armés de Kalashnikov et le tableau aurait été complet.
Après quelques formalités,
Non, papa, tout va bien. Oui, je peux rentrer tout seul, ce n’est pas la peine que tu me ramènes. Non c’est très gentil, mais je n’ai pas très faim. Si si, je t’assure c’est direct en métro, ne t’inquiète pas pour moi. Mais non ma valise n’est pas trop lourde, je me débrouillerai très bien avec. Merci beaucoup, oui, oui, à bientôt...
J’arrive à me débarrasser d’eux. Je rentre chez moi et me livre aux corvées habituelles suivant mon retour à Paris, et mon prochain départ, à savoir :
— dans l’ordre ou dans le désordre, là tout de suite je ne sais plus très bien —
Monter cette putain de valise qui quand même pèse son poids, chercher mes clés, rangées précautionneusement quelques jours avant dans un endroit bien caché pour ne pas les perdre à Bourges, les trouver au prix d’une lutte acharnée et — dois-je le dire ? — d’un certain foutoir sur mon palier, ouvrir ma porte, ramasser le courrier entassé derrière celle-ci, défaire ma valise, lancer une lessive, arroser les plantes, purger ce putain-de-sa-mère-de-radiateur, vérifier mes e-mails, ouvrir mon courrier, lancer une seconde machine, écouter deux ou trois vieux cd, trier mon courrier, descendre au lavomatique mettre le linge propre-mais-mouillé au sèche linge parce qu’à cause de cette saloperie de radiateur ça n’aurait pas le temps de sécher, remonter les étages avec le linge une fois séché, appeler deux ou trois amis pour voir ce que je fais de ma soirée, mettre à charger mon portable et synchroniser les données, uploader mes photos sur mon ordinateur, descendre les poubelles, remonter en se maudissant d'avoir fait ça maintenant parce bon c'était pas le plus urgent, répondre à mon courrier, qui consiste — comme chacun le sait — à 30% de factures, 69,5% de prospectus divers et variés, et 0,5% de lettres un peu personnelles et intéressantes, chercher des infos sur le net sur ma prochaine destination, me perdre en route sur des sites vachement-trop-top-super-intéressant-que-je-sais-même-plus ce-que-c'était, chercher désespérément un sens à mon existence l'espace d'une bonne minute et demi, commencer un énième bouquin que je n'ai sûrement pas encore fini, me désespérer sur le vide abyssale de mon réfrigérateur et de mon congélateur, être très étonné que A. m'appelle, avant de me rappeler que je lui avait laissé un message un peu plus tôt dans l'après-midi...
Une fois tous ces petits rituels terminés j'étais épuisé, lessivé, affamé, et pour tout dire un peu assoiffé...
Rencard était pris avec A. pour aller dîner au Café d'en Bas.
Une fois arrivé là-bas, nous devisons gentiment de choses et d'autres, autour d'un désormais rituel couscous-brochettes-avec-une-paire-de-merguez-en-plus pour moi et d'un plus occasionnel coucous-poulet pour lui, arrosés d'une bouteille de gris, puis, un petit peu plus tard de quelques Mojitos (soit-dit en passant, ils les font vachement bien les Mojitos, au Café d'en Bas).
J'aime bien dîner avec A. Nous étions à l'école ensemble, et c'est drôle parce que nous pouvons très bien ne pas nous voir pendant vraiment longtemps, lorsque nous nous retrouvons c'est un comme si tout ce temps ne s'était pas écouler, nous reprenons nos discussions au point même où elles s'étaient arrêter. C'est quand même pas mal, l'amitié.
Je lui racontais très certainement les derniers développements de mes déboires sentimentalo-sexuelles, lorsque je remarquai incidemment, la présence à une table voisine de la notre, d'une charmante jeune fille.
Elle me regardait, je lui souris, elle me sourit en retour.
Bon jusqu'ici tout allait bien, nous passions somme toute une très bonne soirée, généreusement arrosée, et une très belle jeune fille, qui plus est seule à sa table, sans pour autant avoir l'air désespérée ou désemparée, me souriait.
Je continuai à discuter avec A. tout en restant vigilant à la donzelle, et ainsi, de loin en loin, nous commencions tout doucement à flirter légèrement, elle me souriant de manière angélique, à peine troublée de son audace, moi lui souriant de mon air le plus charmeur que je me connaisse et assumant totalement les miennes (d'audaces pour les cancres au fond de la classe, et je sais qu'il y en a, ne me la faites pas!!).
Son verre était vide et, entre deux sourires adressés à mon heureuse personne d'être ainsi distingué, elle essayait de héler F., serveur, patron, fêtard infatigable et garant de la douceur de vivre qui règne au Café d'en Bas. F. et moi partageons le même goût pour les rencontres, la tchatche, les filles, et tout en faisant signe à ma presque désormais fiancée, qu'il arrivait, venait me confier ses sentiments, un tout petit peu plus que concupiscent pour cette jeune fille, tout en me faisant remarquer qu'il avait remarqué nos oeillades...
Il partit en quête de son désir, et revenant vers moi avant d'aller la servir, me confia d'une manière un tout petit peu moins que discrète qu'elle était vraiment jolie. J'en profitais pour lui dire que je l'avais déjà remarqué et que pour la peine, le verre qu'elle avait commandé, il n'était pas question que ce soit quelqu'un d'autre que moi qui le paie. A. se marrait et m'encourageait dans mes velléités de dragueur noctambule.
Son verre arrivant fut l'occasion d'aller trinquer directement avec elle, d'apprendre qu'elle s'appelait Audrey, et de fondre, oui, de fondre littéralement, devant son sourire mutin, ses yeux noisettes rieurs en diable, et ce je-ne-sais-quoi qui, ce soir-là, la rendait si différente de toutes les autres jeunes filles à mes yeux. Je revenais à la table, accueilli par les félicitations et moqueries de A. et de notre voisin de table, qui avait tout suivi.
C'est alors qu'il me sembla que le monde se renversa sur son axe (mais je vous rassure tout de suite ce n'était que la première fois de la soirée que cela se produisit). Un garçon rentra dans le Café d'en Bas, et s'assit en face de la future femme de ma vie, qui, visiblement, ne semblait pas s'en offusquer.
Elle n'était pas seule. Elle était maquée.
L'Univers d'un coup s'écroula sur moi, mais comme je suis tout de même un petit peu orgueilleux, je n'en laissai rien paraître. Pire, voulant jouer les garçons dégagés, je convoquai F. à ma table, pour lui faire constater, à très haute et intelligible voix, que notre nouvelle petite amie potentielle était déjà promise à une autre. Et F. de se lamenter, tout aussi peu discrètement que moi, de cette terrible situation. C'est alors que l'incroyable — que dis-je? l'inconcevable! hé oui, ce soir, cher lecteur j'aime le superlatif! — se produisit. Audrey, ayant entendue nos singeries, nous héla, et nous apprit que le garçon qui venait d'arriver n'était en rien un petit ami, ni actuel, ni futur, mais uniquement un vieux copain...
Cher lecteur, — pour ne pas dire Alméria, parce que bon, en dehors de toi... — mesures-tu à sa véritable valeur ce qu'une telle déclaration, proclamé en public à haute voix, après de telles manoeuvres d'approches, peut bien vouloir signifier?
Bon en même temps si, LÀ, tu trouves pas, j'peux pas grand chose pour toi...
Le monde basculait à nouveau, j'en étais le maître, ré-intronisé et autoproclamé, la soirée s'annonçait faste, chaude et féconde, j'aimais Paris, j'aimais la vie, j'aimais cette fille, et pour un peu j'aurais embrassé sur la bouche, goulûment, et avec la langue qui trifouille à l'intérieur —rien que ça! — toute personne à ma portée.
A. décida de me laisser continuer la soirée sans lui, je n'essayai que pour la forme de l'en dissuader, trop content de me retrouver seul à fomenter mes plans d'attaque de ma nouvelle proie toute auto-désignée.
Pour passer un peu le temps je discutai avec mon voisin de table qui n'avait rien manqué de ce qu'il s'était passé. Au moment propice je m'invitai à sa table en compagnie de mon nouveau camarade, et nous commençâmes à faire plus ample connaissance.
Audrey était jeune, Audrey était belle, Audrey était étudiante en droit, Audrey était lyonnaise, Audrey était sophistiquée, Audrey était séduisante, Audrey était délicieuse, Audrey était facétieuse, Audrey était sans peur, Audrey était sans ostentation, Audrey était ravissante, Audrey était élégante, Audrey était un peu mélancolique, Audrey était toutes mes pensées, Audrey était toutes mes audaces, Audrey était tous mes soupirs...
Alors autant vous dire que comme mon nouveau-camarade-de-beuverie s'occupait à discuter avec le vieux copain de celle que je convoitait, il fallut peu de temps pour, qu'oubliant toute pudeur — si tant est que j'en jamais eu — je n'embrasse la jeune fille en face de moi qui, assez peu surprise, me prodigua en retour des dévotions charmantes à base de lèvres-et-langues-et-mains-et-doigts entremêlés...
Nous nous laissions griser par cette idylle naissante; en découvrant les délices entre deux gorgées d'alcool, bercés que nous étions par la musique et nos tendres sentiments. Le monde était beau, léger, aérien; la vie facile, heureuse, secrète et lumineuse; notre amour insondable, insoupçonné, insoupçonnable...
Mais bon, comme tout ne tourne toujours pas aussi bien, Audrey remarqua que son camarade commençait à faire vraiment la gueule, et que le spectacle de ces jeunes gens échangeant avidement leurs sécrétions buccales ne semblait pas — c'est le moins qu'on puisse dire — le remplir d'allégresse et de joie quant à la condition humaine.
Elle se sépara de moi pour un court moment, discutant en anglais avec son vieux camarade, pour revenir m'expliquer que les choses étaient un petit peu compliquées, avant de repartir discuter, maintenant sur le trottoir du Café d'en Bas, avec le jeune homme quelque peu contrit et courroucé...
Je m'inquiétai alors, auprès de l'autre de ce qu'il pouvait bien se passer.
D'après ce qu'il avait pu comprendre — car il faut dire qu'étant donné son alcoolémie à cette heure avancée, sa compréhension de l'anglais s'en trouvait quelque peu altérée — le jeune homme qui accompagnait Audrey avait été, sinon son amoureux, tout du moins son amant, et bien que ne voulant rien en laisser paraître, il était profondément affecté de la voir se livrer ainsi sous ses yeux...
En clair, il lui faisait — et par là même, me faisait — une bonne vieille crise de jalousie casse-couille. Les deux revinrent à la table, et malgré mes efforts ne pussent s'empêcher de continuer leur conversation engagé sur le trottoir. D'après ce que j'en compris —car Audrey me tenait informé, et que moi même je comprends un petit peu l'anglais — le garçon avait vécue une histoire avec Audrey quelques mois auparavant, et pour autant qu'il m'en était permis de juger il ne s'en était toujours pas remis, et loin de là même, puisqu'il expliquait, entre autre, que s'il mourrait ce-soir, là, renversé par un train, happer par une voiture ou se jettant du haut d'un pont, il ne regretterait rien car lui avait vécu, ayant connu l'amour, le vrai, la passion et l'extase en la personne d'Audrey...
À partir de là — je veux dire avec un putain de boulet suicidaire sur les bras — les choses devinrent encore plus compliqués, et je me préparai à ce que la soirée finissent en queue de poisson, en ratage, en naufrage, ce qu'elle ne tarda pas à faire, malgré mes tentatives désespérées pour essayer de la remettre à flots.
Audrey partit avec son camarade, me laissant sur ma faim, en m'expliquant qu'elle ne pouvait pas le laisser décemment seul dans cet état-là, et me fixant un hypothétique rendez-vous pour le lendemain, que bien entendu, elle s'empressa de ne pas honorer.
J'étais comme qui dirait un tout petit peu dépité, énervé, en colère, GRAVE VÉNÈRRRRE!!!!
Mon état à moi ne méritait-il pas un tout petit peu plus d'attention? Non mais bon Dieu de bordel de merde! J'étais sensé faire quoi, moi? Hein?
Et pour ne pas me laisser abattre, je décidai de rejoindre une fête dont on m'avait filé l'adresse un peu plus tôt dans la soirée, non sans auparavant m'être délesté de quelques dizaines d'euros et m'être fait resservir une (ou deux je ne sais plus) rasades d'alcool fort.
Très en colère, un petit peu saoul, et en même temps totalement dégrisé, je me conditionnai à me comporter comme un mauvais garçon, à choper à tout prix, en clair à niquer coûte que coûte!
Je n'allais tout de même pas me laisser sombrer dans la mélancolie la plus profonde, sous le seul prétexte qu'un connard pseudo-suicidaire avait foutu ma soirée, ma nuit — et peut-être ma vie — en l'air!!!
Quant à Audrey, si elle n'était pas assez lucide pour se rendre compte de la manoeuvre, hé bien tant pis pour sa (belle petite) gueule, elle était jeune après tout je ne lui en voulait pas, mais Putain,
Moi je ne me résoudrais pas à cette fin de soirée misérable!!!....................
22:35 Publié dans D'un verre à l'autre, En errance... | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
25 avril 2006
Putain je commence à me faire vieux…
Donc tout s’annonçait pour le mieux même si il restait un petit souci. Je veux dire d’organisation.
Il y avait un thème pour la soirée.
C’était blanc.
BLANC
Bah oui, blanc, quoi…
Il fallait être habillé en blanc de la tête aux pieds, amener de l’alcool blanc, n’être accompagné que de blancs, être fan des bandes blanches et prendre des drogues blanches... (C’est même pas vrai d’abord, il y en avait pas.)
Après avoir retourné mon appartement pour trouver la tenue idoine, m’être mis en quête d’une bonne bouteille de ..., et passer boire un verre au Café d’en bas, je me retrouve enfin devant la porte en compagnie de deux amies affublées toutes deux de perruques blanches du meilleure effet.
Bon au début de la soirée, je ne vous cacherais pas que ça fait un peu bizarre, tous ces gens en blanc, qui ne boivent que des dérivées multiple de TGV, et se trémoussent en banc, sur une piste de danse toute blanche, sous les lumières des black guns…
Autant vous dire qu’il faut être sur de ses dents, et être capable de surmonter l’impression de malaise qui vous saisit à l’idée que cette réunion de jeunes gens charmant tout en blanc a beaucoup plus l’air de ressembler à une soirée d’intégration ou de recrutement pour la scientologie qu’à une paisible sauterie festive de trentenaire parisien. Alors pour chasser cet arrière-goût nauséabond de mon esprit, et pour ne pas fuir toutes jambes dehors de cette fête, je me mis consciencieusement à me saouler à grandes rasades de Cape-Codder.
L’alcool aidant, je commence à me griser gentiment, à danser furieusement, à discuter naïvement, à flirter doucement.
Et puis...
Et puis une chose en amenant souvent une autre — c’est souvent comme cela, non ? — me voilà embarqué dans cette cuisine d’une blancheur relative, malgré l’heure pas si avancé, dans une discussion en tête-à-tête avec une jeune fille. De quoi nous discourions ? Oh je ne sais plus exactement, mais ce dont je me souviens c’est qu’il était beaucoup question de suçons, de suscion, et d’autres explorations intimes-et-buccales que nous nous prodiguions allègrement. Et puis après avoir pendant un long moment explorer les multiples replis de nos chiffons, nous nous posons quelques questions, à commencer par nos noms, que nous n’avions pas pris le temps de nous dire — À quoi bon !
Les présentations faites nous commençons à discuter pour de bon.
Elle me demande mon age et moi, naïvement, je lui réponds que j’ai donc vingt-huit ans, je lui retourne la question. Elle n’a pas encore atteint vingt-et-un ans. Bon jusqu’ici tout va bien nous ne sommes plus dans les années soixante-dix, et par conséquent je ne tombe plus sous le coup de la loi (Merci Giscard !!! — Oh putain, jamais je n’aurais cru pouvoir écrire un truc pareil…)
Nous continuons nos tractations quand je me souviens que nous sommes vendredi, ainsi que d’un truc qui m’avait trotté dans la tête toute une partie de la journée.
Moi : Tu sais quel jour on est ?
Elle : Bah oui, on est Vendredi.
Moi : oui, mais quel jour ?
Elle : Bah, euh.
Moi : le vingt-et-un avril.
Elle : Ah oui ? Oh moi tu sais…
Moi : En tout cas moi je sais que je me souviendrais toute ma vie de ce jour-là.
Elle (minaudant) : Pourquoi ? Parce ce qu’on s’est rencontré aujourd’hui ?
Moi : Euh...
Elle : À cause de cette fête ?
Moi : Bah non, c’est pas vraiment ça, quoique maintenant que tu le dis...
Elle : Bah alors ?
Moi : Ca ne te dit vraiment rien le 21 Avril ?
Elle : Euh, non.
Moi : Le 21 Avril 2002 ???
Elle : ...
Moi : Mais tu as quel âge ?
Elle : Bah 21 ans, je te l’ai déjà dit. Enfin pas tout à fait encore.
Et moi de calculer dans ma tête qu’elle n’avait que dix-sept ans, il y a quatre ans, le 21 avril 2002. Elle ne s’en souvient pas, ça ne l’a pas marqué plus que ça, cela ne fait pas parti de ses souvenirs immédiat…
Et moi d’un coup je me mets à penser à l’age qu’elle avait le jour de la finale de la coupe du monde 1998......
C’est ça en fait l’age qui arrive, ce que l’on croyait être connu de tous ne l’est pas. Nos souvenirs collectifs c’est ce qui nous permet de nous reconnaître, de nous constituer en tant que generation. Je parle de ceux dont, quoiqu’il arrive on sait que d’une part on s’en souviendra, et que d’autre part à peu près n’importe qui d’autre s’en souviendra également. Ça agit comme un jalon, une borne. Et quand on se rend compte que l’on commence à ne pas les partager avec des gens plus jeunes…
Putain, qu’est-ce qu’on se prend comme coup de vieux !
22:20 Publié dans D'un verre à l'autre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note



