25 mai 2006

Catho et pas catho — remarque Juif et pas juif ça aurait pu marcher aussi...

podcast

En fait je réponds ici à Coco-Olivier qui, suite à divers entreblogages me laissait sur sa note Ailleurs sur Carton le commentaire suivant :

l'artiste: pas mal ce que t'y vois! Perso, n'y est pas mis forcément la mer qui s'ouvre, mais finalement, ce n'est pas si loin de ça. A chacun sa grille de lecture, puisque les mythes, contes, religions (en tout cas dans ma façon de voir les choses) sont là pour symboliser ou illustrer nos désirs, nos vies, nos peurs ...etc.

d'ailleurs, j'ai trouvé chez Anisée un bout de discussion dans la quelle avec Kowalsk, vous parlez de "catho et catho". J'avais commencé à écrire un com pour te poser une question, mais finalement, je vais le faire ici. Alors voilà, en gros ce que cela disait:

"si je peux me permettre, je trouve qu'il y en a une de différence entre catho et catho!
catho de conviction ou catho de culture!

de culture: tu bouffes du poisson tous les vendredi à la cantine, mais tu as oublié pourquoi, et d'ailleurs tu t'en fous! (ce que l'on appelle plutot d'ailleurs, le culture judéo chrétienne, l'imprégniation)

de conviction: tu vas à la messe , tu te confesses, tu fais ton signe de croix...ect!

Dis donc l'artiste, tu as l'air super au faite quant à l'histoire biblique! es tu catho ou catho ?
(je pose quand meme la question, meme si tu précise que cela est une "coquille")
attends, j'ai oublié une troisième catégorie:
le catho de culture mais affranchi coté dogme et super cultivé sur toute cette histoire! (je suis claire là? )

Alors, catho, catho, ou catho??

bon mais remarque bien que je n'ai mis de majuscule à aucun "catho", juste parce que je ne mets en avant aucun de ces postulats! (grande curiosité de ma part)

Ecrit par : coco | 18 mai 2006

Alors pour développer un peu la question — et les réponses, bien entendu... — j’ai décidé de publier une note, plutôt que de polluer ses commentaires...

 

Alors, tout d’abord je suis catholique. Que je le veuille ou non, et ce,Je jusqu’à ce que j’offense l’église au point qu’elle publie une bulle d’excommunication à mon égard ce qui, bien entendu me flatterait énormément, mais ne risque à priori pas d’arriver. Je suis catholique parce je suis baptisé. Hé oui, pour faire plaisir à mes grands-parents maternels, mes parents ont accepté que je sois baptisé (je crois à l’âge de neuf mois) en bonne et due forme, dans une cathédrale, et tout et tout. Et comme vous ne le savez peut-être pas, une fois baptisé, tu es catholique pour la vie, à moins bien sur de te faire excommunier ou de demander l’annulation de ton baptême. Mais comme je ne me vois pas devenir procédurier vis-à-vis de ce genre de choses, je ne me lancerais pas dans l’aventure... Bon ceci fait — mon baptême — mes parents n’ont jamais essayé de me pousser vers la religion, et la seule éducation religieuse que j’ai eue est une bible pour enfant, qui expliquait de manière la plus œcuménique possible les principaux textes de l’ancien testament, ainsi que sommairement ceux du nouveau. Tout cela ne me poussa pas vraiment à embrasser l’église, et, mis à part quelques messes de minuit, quelques messes d’enterrements et une ou deux sorties forcées par mes grands-parents, je n’ai jamais fréquenté les églises autrement qu’en touriste. Je ne suis pas croyant, en tout cas c’est ce que je crois. Je ne dirais pas agnostique, d’une part parce que je n’aime pas vraiment ce terme, et d’autre part, parce que ce n’est vraiment pas ça. En fait Je crois que je ne crois pas, mais bon, comme je n’en suis pas si sûr, je me laisse la porte ouverte — à moi-même — dans le cas où...

Donc je suis catho ET pas catho.

 

Alors pourquoi juif et pas juif ?

 

Tout simplement parce que mon père l’est, juif. Mais comme ma mère ne l’est pas, aux yeux d’un rabbin, je ne le suis qu’à moitié, voire pas du tout selon certain... Mais bon comme aux yeux des nazis — ainsi que d’un certain nombre d’antisémites encore actifs aujourd’hui — je l’aurais été, cela fait que je le suis aussi. Cela me fait penser que mon père, aussi, a été baptisé, mais lui c’était pendant la guerre, et c’était pour lui sauver la vie, donc ce n’est forcément pas la même chose...

 

Cela fait que je suis issu des deux cultures, juive par mon père, et catholique par ma mère. Mais bon, cela n’a pas été vraiment une source de conflit, dans le sens où aucun de mes parents — bien qu’ils se soient mariés à l’église — n’a jamais été pratiquant. Et par conséquent nous non plus.

 

Alors Catho par tradition ? Oui, mais pas seulement, je dirais aussi Catho par tradition. Je ne me suis jamais vraiment intéressé à la religion avant peu. En fait avant de me rendre compte que d’une part, étant français, né et élevé et ayant grandi, ici, je ne pouvais pas me dégager de cette culture, et d’autre part que si je voulais comprendre manière un tout petit peu moins superficiellement que je ne le faisais jusqu’ici la littérature et l’art en général de l’occident dans son ensemble, il fallait avoir un certain bagage. En effet, à mon sens, il est impossible de comprendre réellement quoi que ce soit à Bernanos, Claudel, Genet, Bach, Modigliani — ou même Coco-Olivier —si l’on a pas un minimum de culture et d’imprégnation religieuse, et de connaissance du catholicisme. De même que peut-on comprendre à Roth, ou Singer si l’on à pas l’ombre d’une connaissance sur le judaïsme et sur son histoire ? À mon sens rien ou presque. Alors comme je n’avais pas vraiment envie de mourir complètement con, c’est vraiment par ce biais là que j’ai commencé à m’intéresser à la religion, et aux textes religieux. Car enfin, il serait tout à fait idiot de penser qu’en occident, nous ne sommes pas tous forgé — et ce depuis très longtemps, et pour encore très longtemps — par le christianisme, et ce dans la majorité des domaines. Pour moi, comprendre « le fait religieux », est absolument incontournable, ne serait-ce que si l’on prétend vouloir s’en dégager.

 

On parle très souvent de la société judéo-chrétienne dans laquelle nous vivons, pour la fustiger, pour annoncer sa mort, ou pour s’en dégager, et dans le même temps — le plus souvent, hein, je ne voudrais surtout pas généraliser trop... Comment ça c’est ce que je fais ? — on la connaît très mal, cette fameuse « société », ces fameuses « valeurs »... Loin de moi l’idée d’en faire un catalogue, ou bien même de penser que je suis un puit sans fond de connaissance sur le sujet, mais force est de constater, que si tu veux te dégager de quelque chose, tu as plutôt intérêt à le connaître, ne serait-ce qu’un peu, parce que sinon tu prends le
risque de n’être que dégagé en parole.

 

En parlant de parole... Ça c’est un truc de catho, la parole (non je dis ça parce que pour les juifs ce serait plutôt l’écrit, non ?). Bah oui, c’est quand même un truc fascinant que la transsubstantiation. Il suffit qu’un prêtre dise devant des fidèles, « ceci est mon corps, ceci est mon sang » pour que réellement l’hostie et le vin contenu dans le calice deviennent pour de Vrai, le corps et le sang du Christ. C’est par le seul effet de la parole que cela se produit... C’est mieux que de la magie en un sens, puisque le seul truc qu’il y a là-dedans, c’est la parole et la foi en cette parole. Mais bon c’est compliqué la Foi.

 

À ce sujet c’est peut-être là que se situe la vraie différence entre juifs et catholique. En effet, pour moi, il n’y a pas vraiment de sens à être catholique si tu n’as la foi. Cela devient de la bigoterie ou du cirque sinon. Quel sens ça peut avoir de pratiquer — ou même de te revendiquer comme catholique — si tu ne crois pas réellement que le Christ est le fils de Dieu, et qu’il est venu sur terre pour nous sauver ? Alors que bon quand tu es juif, tu sais que le Messie ne viendra jamais, que Dieu t’a abandonné, que ça fait un bout de temps que ça dure, et que c’est pas près de s’arrêter, et pourtant ça t’empêche pas de pratiquer... C’est un catho qui m’a dit cela, et en même temps, je pense que c’est une assez bonne définition du judaïsme : « Mener sa vie comme si l’on croyait vraiment que le messie allait venir — c’est-à-dire se soumettre aux impératifs de la religion — alors même que tu sais très bien qu’il ne viendra jamais » ...

 

Bon il faut bien dire que pour moi « être juif », cela n’a pas grand-chose à voir avec la pratique religieuse. Je peux dire : je suis juif, parce que mon père l’est, et parce que mon histoire est en relation avec cela. Je suis un juif athée, non-pratiquant, non-circoncis, qui ne bouffe pas casher pour un sous. Ce n’est pas là le problème. Je suis juif parce que mes grands-parents ont dû fuir d’Allemagne en 34. Je suis juif, parce qu’ils ont dû se cacher des nazis et des collabos pendant la guerre. Je suis juif, parce que je suis issu de cette histoire. Je suis juif parce que aujourd’hui encore, dans le monde, certains veulent ma peau, parce que je le suis. C’est aussi simple que cela.

 

Tiens, ça me fait penser à un truc que disait un écrivain qui par ailleurs est aussi traducteur. Il me parlait de son travail (de traduction principalement) et le liait à son judaïsme. Ne comprenant pas très bien le lien, je lui demandais de préciser sa pensée. Alors il me dit un truc assez génial. Pour lui traduire, c’est un peu avoir le cul entre deux chaises, entre deux cultures ; à la fois totalement impliqué dans les deux langues (russe et français pour lui) et à la fois ne pouvant pas se sentir d’appartenir totalement aux deux. Et pour lui être juif c’était un peu du même ordre, c’est-à-dire être quelque part, y vivre, s’y impliquer, s’y investir, et dans le même temps, savoir que l’on n’est pas tout à fait issu de là, que son identité ne peut pas se résumer et se résoudre à la terre ou au pays où l’on est né ni même à celui que l’on habite. Être Juif, c’était pour lui, d’une certaine manière, être un éternel apatride, ou — pour l’exprimer autrement — ne pas se sentir prisonnier dans une identité ; une forme de liberté en somme...

 

J’aime assez bien cette idée.

 

Je ne sais pas si je réponds à la question posée, avec tout cela, mais j’ai en tout cas l’impression d’avoir exprimé une partie des contradictions qui m’habite. Et je précise — au cas où, hein, on ne sait jamais ! — que je les aime, ces contradictions. Alors oui, Catho Et pas Cato, Juif ET pas juif, ça me convient bien. Pas croyant, ça non. Mais diverse.

 

Ça me plait bien cette idée là.

02 mai 2006

PourParlers (en cours)

(Propos recueillis à l'orée de La Caverne...)

Je crois que cela va être à nous, maintenant...